Le truc - Mat Messager (1996)

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Le truc - Mat Messager (1996)

Message par stalker le Mar 22 Sep - 18:09

J'avais pourtant décidé de ne plus m'occuper des affaires du monde.
Perdu dans mon désert mexicain, bien tranquille, j'essayais de soulever les pierres rien qu'en les regardant dans les yeux comme mon maître tibétain me l'avait appris. Et puis le monde m'a rattrapé. Le monde et ses tueurs cinglés. Le monde et le corps de cette femme qui ferait oublier les pierres au plus endurci des lamas.




Lecture en cours, critique en devenir :

La narration à la première personne et à l’imparfait nous projette dans la tête du personnage principal. Nous palpons ses pensées, ses perceptions ; nous assistons à ses gestes en direct ; nous sommes confortablement installés dans une salle crânienne pourvue de deux ouvertures nommées « yeux ». Procédé courant, pas toujours convaincant. Je lis simultanément Charles Willeford et Mat Messager qui, précisément, utilisent ce procédé.

Convaincant chez Willeford qui s’abandonne, comme une offrande, à l’histoire et au lecteur : corps et âme, il n’est rien moins qu’un humain faillible, de chair, meurtri, mais aussi lucide (et fou), dont les intentions sont davantage de parler de la nature humaine que le narrateur de lui-même. Ce n’est pas le cas de Messager qui, lui, envisage plutôt de régler des comptes, d’émettre jugements et opinions (principalement au sujet des américains), et de démontrer au passage qu’il a du vécu, et que celui des autres, en comparaison, c’est du pipi de chat.

Le chapitre 2 nous offre une scène de baston dans un bar restaurant. Le narrateur y a ses amis – presque sa famille. Ce soir-là, une équipe de tournage d’un film se trouve dans le lieu. Parmi ces clients-là se trouve une femme blonde et belle et troublante, à laquelle notre narrateur n’est pas indifférent du tout (on sent venir la scène, mais aussi la suite de l’histoire – on va recroiser Brigitte Bardot par la suite). Quatre gaillards costauds font soudain irruption dans le lieu et cherchent querelles à un couple ; ridiculisant l’homme et provoquant la femme. En résumé, Brigitte Bardot se tourne vers notre narrateur et lui demande si, par hasard, il ne serait pas souhaitable d’intervenir.
Notre narrateur se lève alors et règle leur compte aux quatre brutes épaisses, en deux temps, trois mouvements, et se rassied (juste à côté de BB) pour replonger dans la lecture d’un ouvrage de philo.
Nous comprenons ici que nous avons affaire à un être exceptionnel, qui tient autant du sage oriental que de l’intellectuel, mais aussi du guerrier zen et de l’homme séduisant. Georges Clooney mixé avec Jean-Paul Belmondo.

Le truc est une méthode de combat qu’on a enseigné à notre narrateur, là-bas, sur le toit du monde : le Tibet. Les américains n’ont qu’à bien se tenir et les lecteurs se tiennent prêts à écouter notre narrateur se cirer les pompes à longueurs de pages.
Ou bien ils referment le livre.
Je l’ai refermé cette nuit, mais je vais y revenir néanmoins.

Refermé en cours de chapitre 3, lorsque, le lendemain de la démonstration de force, BB se pointe chez notre narrateur – animée d’envies de philosophie orientale. Texto.
C’est alors que notre narrateur ne lui en laisse pas placer une et débute un long monologue (le récit de sa vie), à peine ponctué d’approbations de la belle Miss. D’interminables paragraphes bondés de références, d’expériences vécues, de noms de cultures lointaines et de pratiques de méditation, tout ceci formulé de sorte à ce que BB tombe aux pieds de cet être venu d’ailleurs, qui tire à l’arc les yeux fermés.
Pas très galant, vous avouerez.
Et surtout épuisant.

A suivre…

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