De rien en particulier

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Message par Varg le Ven 15 Aoû - 15:38

O campanile de Céreste ! Campanile, bulbe non amplifiable, soufflet de fer aux joues du vent d’équarisseur.
René Char Chants de la Balandrane

Nous connaissons ceux que l'Histoire a bien voulu retenir comme bouleversements mais nous ne savons pas ceux que l'Histoire n'a pas retenu, peut-être sont-ils plus nombreux qu'un Tzara, un Picabia ou un Duchamp ? Comme pour la religion, nous ne les connaissons que par leur forme, leur mise à l'existence, sacrificielle... Quid de l'invisible, en tant que non retenu/non su ? Le Temps retient dans son épuisette petit gravillons et algues odorantes, jamais sable, jamais eau, jamais mouvement des choses qui ne s'arrêtent pas à la contemplation d'elles-mêmes.

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Re: De rien en particulier

Message par stalker le Ven 15 Aoû - 23:31

Oui, mais difficile de parler des grains de sables qui n'ont pas été retenus. C'est parler dans le vide, non ? Nous, pauvres vivants héritiers de traces sélectionnées de l'Histoire, il faut bien qu'on s'appuie sur le connu pour pouvoir défendre ce qui, de nos jours, pourrait être, ou ne pas être, retenu d'ici un siècle.
Une chose me semble assez certaine, c'est que les critères permettant de retenir ou non une oeuvre ne seront pas les mêmes à l'avenir que ceux qui étaient valides il y a un siècle. Ils ne sont déjà sans doute plus les mêmes. Et le nombre n'y est certainement pas pour rien. Cela dit, je pense qu'il y a plusieurs modes sélecteurs.

Je pense à un exemple sur l'instant : le deuxième long métrage (son premier s'intitule Sombre) de Philippe Grandrieux : La vie nouvelle. Le flop total en salle, la ruine pour le producteur ; la BO passée au pilon ; bref, l'échec commercial et le fait que presque personne n'ait vu ce film.
Quelques temps après le flop, un bouquin a vu le jour, consacré à Grandrieux, en grande partie suite à la faillite de La vie nouvelle. Une quarantaine de critiques ont contribué à son contenu, à l'initiative de Nicole Brenez de la Cinémathèque française. Je me dis que ce travail va rester dans des mémoires grâce à cette démarche, parce qu'une minorité de personnes a estimé nécessaire d'en faire état, de laisser des traces conséquentes (il est aussi sorti en DVD).
Cela dit, c'est un ovni. C'est une oeuvre dont on va retenir avant tout la forme plastique (l'origine du flop, à coup sûr), bien qu'elle ne soit pas dissociable du fond ; de cette histoire de trafic de femme dans les pays de l'Est, puis d'une de ces femmes en particulier (incarnée par Anna Mouglalis).



Je disais ça comme ça, entre parenthèses.

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Re: De rien en particulier

Message par Varg le Sam 16 Aoû - 12:27

stalker a écrit:Oui, mais difficile de parler des grains de sables qui n'ont pas été retenus. C'est parler dans le vide, non ?
Non, je ne pense pas. Tenir compte de l'absent, c'est relativiser le présent, savoir que nous parlons toujours depuis l'intérieur du connu accepté. L'écart semble infime, mais c'est là que se joue le ou les possibles parce que c'est là que niche aussi l'imaginaire et l'autonomie de l'homme.

Nous, pauvres vivants héritiers de traces sélectionnées de l'Histoire, il faut bien qu'on s'appuie sur le connu...
Oui. Nous ne pouvons pas faire autrement. Tout en sachant pourquoi et quelles raisons elles sont ces traces, afin d'en questionner à chaque instant la légitimité.

...pour pouvoir défendre ce qui, de nos jours, pourrait être, ou ne pas être, retenu d'ici un siècle.
Non. Car nous risquons alors de ne jamais voir ce qui est en vraie rupture avec le passé (par définition, en vraie rupture signifie sans solution de continuité) et que nous avons peut-être d'urgence besoin de cette rupture, pas simplement en matière d'art.

Ce qui me gêne le plus dans cette démarche de "retenir d'ici un siècle" est qu'elle ne fait que valider le Passé, elle n'enfante jamais l'avenir.

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Re: De rien en particulier

Message par stalker le Sam 16 Aoû - 13:21

Ce devrait être un des rôles premiers d'une création, quelle qu'elle soit, d'enfanter l'avenir, on est bien d'accord là-dessus. Je n'entends pas uniquement "valider le passé" dans mon expression, mais bien agir au présent afin de tenter, de façon infime (grain de sable ou goutte d'eau), de déterminer des fragments de présent et donc de futur. C'est la part d'engagement. L'expression "valider le passé" me paraît trop muséale : on le valide, puis on le place dans une vitrine pour le conserver, mais en y touchant surtout pas. Ce n'est pas le sens de ma remarque.

Par ailleurs, agir sur le présent peut consister à en témoigner, à rapporter ce qu'on voit, constate, entend, puis le consigner dans des pages ou à l'écran, par la fiction ou pas - mais plutôt par la fiction dans le registre qui nous préoccupe ici. Fabriquer des fictions à partir d'ingrédients de réalité, directement issus d'elle, au présent.

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Re: De rien en particulier

Message par Varg le Sam 16 Aoû - 15:08

Enfanter l'avenir, c'est une mission politique, ce n'est donc pas seulement le rôle de la création "artistique", sûrement pas son rôle diront certains, elle n'en est pas capable diront d'autres...

Par ailleurs, agir sur le présent peut consister à en témoigner, à rapporter ce qu'on voit, constate, entend, puis le consigner dans des pages ou à l'écran, par la fiction ou pas - mais plutôt par la fiction dans le registre qui nous préoccupe ici. Fabriquer des fictions à partir d'ingrédients de réalité, directement issus d'elle, au présent.
Là encore, et je reviens sur l'une de mes premières remarques sur le Bazar, il faut savoir d'où parle celui qui témoigne sur le présent et dans quel sens parce que 999 fois sur mille, ce présent n'est que du passé remâché (car déterminé par icelui). D'où mon expression de "valider le passé" et non enfanter l'avenir...

Ecco.

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Message par stalker le Sam 16 Aoû - 18:24

No comment sur le premier point de ton post, Varg.

Sur le second, quel que soit le "lieu" où l'on se situe, je pense qu'on est toujours en mesure de témoigner, de critiquer, de s'engager, à moins que des facteurs lourds ou juste extérieurs interviennent et l'empêchent. Quoi qu'il en soit, ce sera toujours depuis une caverne, qu'il s'agisse d'une grande caverne avec plein de monde dedans ou d'une petite avec un ermite qui parle tout seul au fond.
Alors autant de cavernes que de témoignages, sans doute.

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Re: De rien en particulier

Message par Varg le Sam 16 Aoû - 19:06

stalker a écrit:No comment sur le premier point de ton post, Varg.
C'est dommage parce qu'à mon sens c'est la seule chose intéressante à commenter dans tout ce que j'ai pu raconter dans ce thread. Je comprends ta réticence à n'en pas parler parce que "politique" c'est toujours un peu sale (même si chez moi, cela doit toujours être entendu comme "au service de la polis" et pas politicienne pour deux ronds).

Sur le second, quel que soit le "lieu" où l'on se situe, je pense qu'on est toujours en mesure de témoigner, de critiquer, de s'engager, à moins que des facteurs lourds ou juste extérieurs interviennent et l'empêchent.
Je n'ai jamais dit le contraire. Ce que je tente de préciser depuis quelque temps maintenant c'est qu'il y a différence entre papoter sur le présent, faculté incontestable des bipèdes hominiens (et même papoter sur l'avenir, tiens, ...) et changer l'avenir. Cet engagement, s'il ne produit rien quant à l'avenir, ou au bonheur des espèces vivantes, à quoi sert-il, outre la bonne conscience qu'il donne (attention je ne fais pas la leçon à qui que ce soit, je pose le problème c'est tout... Je suis pas meilleur que quiconque ici...) ?

Quoi qu'il en soit, ce sera toujours depuis une caverne, qu'il s'agisse d'une grande caverne avec plein de monde dedans ou d'une petite avec un ermite qui parle tout seul au fond. Alors autant de cavernes que de témoignages, sans doute.
Cette vision de la caverne est typique d'un enfermement et d'un ressassement (tiens, le dico intégré ne connait pas ce terme, heureusement que le TLF est là). L'enjeu d'une philosophie de l'avenir, d'une philosophie de l'homme autonome (voir Cornelius Castoriadis), c'est justement de se construire comme projet d'homme libérant ET étant libéré par les autres hommes, le ET étant simultané car impliquant en permanence de mettre en cause sa propre position dans le processus (afin que l'autonomie de tous continuent d'être respectée).

Le projet philosophique de l'autonomie est complexe, pas de recette miracle, mais c'est mieux de l'inscrire comme possible plutôt que de se peler les fesses dans la grotte hégémonique platonicienne. :-)

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Re: De rien en particulier

Message par stalker le Sam 16 Aoû - 19:13

Je vais méditer sur ce que tu viens d'écrire.

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Re: De rien en particulier

Message par stalker le Sam 16 Aoû - 23:45

Varg a écrit:
C'est dommage parce qu'à mon sens c'est la seule chose intéressante à commenter dans tout ce que j'ai pu raconter dans ce thread. Je comprends ta réticence à n'en pas parler parce que "politique" c'est toujours un peu sale (même si chez moi, cela doit toujours être entendu comme "au service de la polis" et pas politicienne pour deux ronds).

Sujet sensible...
Mais ce qui m'a incité à ne rien dire se situe dans les allusions à la "création artistique" dans ton message. Je pense que le terme "culture" convient d'ailleurs mieux. Cela dit, la culture, aujourd'hui, se réduit à des champs d'activité, des petits secteurs délimités et subventionnés, alors que initialement la culture relevait de l'Histoire des civilisations, des traditions qui leurs étaient propres, de leur évolution au fil des siècles.

Ce qu'on pourrait déplorer, peut-être, c'est la séparation qui s'est opérée entre les champs culturels et le social. Bien sûr, de la culture on en croise un peu partout ; disons que les effets qu'elle produit peuvent être visibles pour qui sait les capter et y accorder une importance, même relative. Mais cette culture, et notamment ce qu'elle est en mesure, parfois (je dis bien parfois), de véhiculer, est remisée dans ses sphères respectives, cloisonnées, souvent hermétiques, c'est à dire séparée de la réalité. La plupart du temps, elle relève du divertissement, du programme touristique, de l'option de luxe je dirais même, en fonction des registres d'activité. On peut le déplorer dans le sens où bien des productions (ben oui...) culturelles s'attachent à poser un regard sur cette réalité ; à en retirer la sève afin de la travailler, de la questionner, de la formuler, puis de la réinjecter dans la réalité.
Désolé si je ne suis pas clair.

Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais je pense que le rôle de la culture consiste en grande partie à porter la réalité à bout de bras, non pas pour la soutenir, mais pour la dire simplement ; en particulier par le biais critique. Mais la culture, c'est marginal. Puis la production marchande l'a investie de toute part, de sorte à ce que le champ culturel aujourd'hui n'ait plus l'air que d'un énorme sac de noeuds gavé de parasites périssables et nocifs pour l'esprit.

Alors ces passages de ton message, Varg : Enfanter l'avenir, c'est une mission politique, ce n'est donc pas seulement le rôle de la création "artistique", sûrement pas son rôle diront certains, elle n'en est pas capable diront d'autres..., je préfère ne rien en dire, mais seulement le penser. Ou bien je me contenterais de dire que si on n'est pas en mesure de percevoir la culture comme un moyen possible d'action au sein du corps social, et bien tant pis. Il y aura toujours des intellectuels (voir Petit Larousse) pour la maintenir en vie et la nourrir.
Le simple terme "intellectuel" fait déjà bondir du monde. Il est quasi péjoratif. Donc, à partir de là, il ne s'agit évidemment pas de baisser les bras et de mettre son cerveau en veilleuse devant TF1 ou M6, mais tout simplement de continuer dans son coin, et point barre. Puis de croiser de temps en temps quelques poignées d'individus encore en mesure de parler de la réalité sans se servir des béquilles politiques ou simplement télévisuelles.

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