Trois carrés rouges sur fond noir - Tonino Benacquista (1990)

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Trois carrés rouges sur fond noir - Tonino Benacquista (1990)

Message par stalker le Mar 1 Sep - 16:38

- Vous savez, on peut mêler l’histoire de la criminalité à celle de la peinture. Au début, on peignait comme on tue, à main nue. L’art brut, on pourrait dire… L’instinct avant la technique. Ensuite est intervenu l’outil, le bâton, le pinceau. Un beau jour, on s’est mis à peindre au couteau. Regardez le travail d’un Jack l’Eventreur… Et puis on a inventé le pistolet. Peindre au pistolet apportait quelque chose de définitif et radical. Et maintenant, à l’ère terroriste, on peint à la bombe, dans la ville, dans le métro. Le graffiti anonyme qui saute au coin de la rue…



Il est manchot.
A cause d’une toile jaune.
Invraisemblable, n’est-ce pas. Un tableau jaune réalisé au début des années 60, c’est une certitude. Un jaune qui jurait parmi les tableaux noirs, ce jour-là, c’est un fait. Fort délicate à disposer sur un mur, la toile, par ailleurs. Fort délicate à dérober, aussi. Et pourtant, voilà qu’un inconnu s’amène et repart avec la toile jaune. Cruel coup du sort pour notre personnage qui perdit sa main en tentant d’enrayer l’événement, d’autant que son boulot à lui ne consistait pas à garder la galerie, mais bien à y faire les accrochages.

Enfin bref, il est dorénavant manchot. Et c’est très ennuyeux pour jouer au billard.
Et puisque les flics n’ont pas l’air de crouler sous les indices, autant prendre soi-même l’affaire en main, si je puis dire. Et ce ne sera pas une mince affaire, car accrocher des expos n’implique pas forcément une connaissance de l’histoire de l’art sur le bout des doigts. Alors il faut creuser, parcourir les catalogues, remonter le temps, fouiller dans les collections de l’Etat ; mettre la main à la pâte – se cultiver un peu, tant qu’à faire.

Même si le sort s’acharne, ou plutôt si l’histoire vous poursuit, il faut continuer puisqu’on n’a plus grand-chose d’autre à faire. Croiser des têtes et en regarder tomber, tiens, nous sommes en plein polar, à remiser les flics dans leurs bureaux pleins de paperasses et de pièces à conviction gelées, puis à vadrouiller à leur place entre les fesses d’une journaliste vicieuse et les cimaises de Beaubourg.
« Trois carrés rouges sur fond noir », c’est comme un jeu d’ombre et de lumière, ou bien de références qui résonnent tout le long des pages, entre Malevitch et Kandinsky, Mondrian et Soulages, un jeu de couleurs, et regardez bien celles qui ornent la réédition du roman chez Folio Policier : deux boules rouges et une boule blanche sur fond… vert.

Un monde à part, le monde de l’art. Champagne, tchin-tchin, tenez-vous correctement je vous prie, ici, on ne rigole pas, puis on nous observe du coin de l’œil, mais allez donc savoir quels secrets se terrent derrière les masques mondains qu’on rencontre, en admettant bien sûr qu’on détienne l’invitation à l’inauguration de l’expo de ce jeune artiste en vogue : Linnel.
Linnel qui pourrait bien être en mesure de filer un coup de main à notre manchot obstiné, à la longue, en creusant bien, en tournant les pages et en traquant les sculptures poussiéreuses. Un monde à part que Tonino Benacquista semble avoir approché de près pour parvenir à le retranscrire aussi brillamment, avec style et critique à l’appui. Un roman coloré ? Oui oui, des nuances à vous étourdir, à vous ravir ou à vous dégoûter, quoi qu’il en soit des nuances sur fond noir.
Ma main au feu.



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