L'échange - Clint Eastwood (2008)

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L'échange - Clint Eastwood (2008)

Message par stalker le Dim 2 Aoû - 5:06

Los Angeles, 1928 : un samedi matin, dans une banlieue ouvrière, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, Walter a disparu. Une recherche effrénée s’ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Désorientée par l’avalanche de policiers et de reporters et par ses propres émotions, Christine ramène le garçon à la maison. Mais au fond de son cœur elle sait qu’il n’est pas son fils. Alors qu’elle essaie de convaincre les autorités de continuer à chercher, elle réalise que dans le contexte d’un Los Angeles en pleine prohibition, il n’est pas question pour une femme de remettre en cause le système et se faire entendre. Accusée d’être délirante et irresponsable, Christine s’allie au très engagé Révérend Briegleb qui l’aide à combattre les autorités de la ville et à chercher son fils disparu. Tiré de faits réels qui ont ébranlé le système judiciaire californien, le film raconte la quête d’une mère pour son fils et met à jour ceux prêts à tout pour la faire taire.



Le film s’ouvre sur un plan large d’une rue vue en hauteur. L’image est noir et blanc. La caméra entreprend ensuite de regagner le sol, synchro avec l’approche d’un petit tacot qui sort du plan une fois la caméra stabilisée. Au cours de la descente, l’image s’est colorée.
Le même principe, mais inversé, est repris à la fin : couleur, puis noir et blanc, tandis que la caméra s’est élevée au-dessus d’une avenue où plein de petits tacots circulent, se croisent, ainsi que des tramways et des piétons – contrairement au premier tacot qui venait vers nous, un personnage nous tourne le dos et disparaît dans la circulation.
Presque sans commentaire.
Un simple jeu de corps, d’espace, de temps et de mouvement. Eastwood fait du cinéma, même s’il aurait pu, sur le coup, s’épargner l’angle mélodramatique qui colle au film, procuré par le choix de la musique. Cet aspect relève du fardeau à se coltiner du début à la fin. J’y reviens plus loin.

Cela dit, une foule d’ingrédients vient combler la faiblesse. Entre autres le sens de la mise en scène propre à Eastwood. Son sens des décors, des cadrages et du traitement de la lumière. Sa façon de coller à la peau des personnages, tout en sachant s’en éloigner pour les laisser se perdre, ou s’enfuir, ou se débattre, ou seulement peupler un espace, qu’il soit chargé ou désertique. C’est du beau travail, même si certains mouvements de caméra sont un peu convenus et auraient mérité fixité, au lieu de pivoter ou de glisser sans raison de gauche à droite. Deux ou trois ralentis sont de trop, également.

En somme, je dirais que ce film est une réussite formelle que les choix intimes et les convictions d’un réalisateur digne de ce nom viennent contrarier. Là encore, je pense que la musique n’est pas innocente et qu’elle influence une grande part du rythme du film – ou serait-ce l’inverse ? Il doit s’agir d’un tout, empreint d’une certaine langueur. Eastwood joue sur le tableau émotionnel et c’est à prendre ou à laisser. Une chose est certaine, c’est que cet ensemble de choix est en accord avec la direction du personnage central, Christine Collins, incarnée par Angelina Jolie – et son histoire : le film raconte la quête d’une mère pour son fils et met à jour ceux prêts à tout pour la faire taire.

Les autorités en vigueur et leurs méthodes en prennent pour leur grade. Tout l’enjeu se situe là. Christine Collins devra franchir un véritable parcours du combattant pour ressortir vive de cette histoire. Un champ de mines activées par des hommes qui, au nom de la loi, finissent par se tenir et par agir au-dessus d’elle, en dépit de toutes valeurs humaines et de toute morale. En dépit des évidences, aussi. Le corps policier de ces années 20/30 dans la cité des anges apparaît ici sous la forme d’une machine à broyer des vies au nom du pouvoir et d’un ordre à rétablir coûte que coûte.
En dépit des violons, on nous restitue bien l’enfer.
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