Watchmen - Zack Snyder (2009)

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Watchmen - Zack Snyder (2009)

Message par Varg le Jeu 30 Juil - 20:32



Quatrième mandat de Richard Nixon. Les super héros costumés sont tous à la retraite forcée depuis quelques années. Seuls Adrian Veidt et celui que l'on nomme désormais le Dr Manhattan ont fait leur coming-out. Veidt dirige l'un des principaux conglomérats mondiaux tandis que Manhattan met les pouvoirs qui sont les siens (obtenus lors d'un accident dans un laboratoire) au service de la défense de l'Amérique. Alors que la menace d'une troisième guerre mondiale nucléaire se fait plus précise, un homme assassine un ancien vengeur costumé, le Comédien, puis un homme de main tente de tuer Veidt. Qui s'en prend ainsi à ces héros costumés que tout le monde a oublié ?

Je ne suis pas un fanatique du monde des super-héros, sans doute pour une question de génération (car mon frère cadet s'avalait une quantité effroyable de Marvel et autres DC) qui n'avait pas encore accès ou goût aux comics anglo-saxons. Du coup, les films tirés de ces personnages ont eu bien du mal à attirer mon attention. Bien sûr, j'ai pris plaisir aux deux Batman de Burton ainsi qu'au dernier de Chris Nolan The dark knight et j'ai sans doute dû jeter un oeil sans mémoire sur les balivernes Fantastic four ou X-men et consorts, voyant surtout dans ces derniers des films de baston où les responsables d'effets spéciaux pouvaient s'en donner à cœur joie.

Une amie très chère, qui m'a certifié que j'allais trouver du grain à moudre pour l'un de mes autres centres d'intérêt (la question de la violence et du sacrifice), m'a récemment fait lire la BD de Moore et Gibbons (sortie en 1986) et à peu près dans la foulée, j'ai vu le film de Zack Snyder qui en est une adaptation.

The Watchmen est une uchronie dans laquelle Richard Nixon est toujours, en 1985, président des États-Unis. Les Amerlocains ont gagné la guerre du Vietnam, grâce à l'intervention de l'être qu'on appelle le Dr Manhattan et qui n'est autre que le scientifique Jon Osterman, victime en 1959 d'un accident dans un laboratoire. Après une désintrégration complète de son corps, celui-ci s'est recomposé doté de nombreux pouvoirs, notamment d'omniscience et d'omnipotence s'agissant de lui-même, ainsi que des capacités de métamorphose, ubiquité, transmutation, etc. Après avoir été un temps aux côtés des justiciers costumés qu'il n'a jamais réellement pris au sérieux, il est devenu l'arme fatale des Amérlocains, celui capable de les protéger de la menace des 55 000 ogives nucléaires soviétiques, celui aussi capable de produire une énergie renouvelable permanente qui permettrait à la société civile de ne plus dépendre des pétroliers et autres marchands.

Manhattan est le seul a posséder des pouvoirs. Tous les autres super-héros, mis au chomage par la Loi Keene qui leur interdit d'intervenir dans les affaires publiques, sont des gens ordinaires vêtus de costumes plutôt ridicules et dont la légitimité à faire justice est plus que douteuse. Le Comédien est un homme violent, un fasciste qui continua d'œuvrer pour le gouvernement après l'interdiction, exécuteur des basses œuvres du régime (il tua Kennedy et les deux journalistes du Watergate) et surtout de Nixon qui en fut le commanditaire. Rorschach, qui sera le narrateur hard-boiled du film, est un esprit perturbé, violent et probablement fou, dont l'idée de justice est très personnelle et surtout expéditive. etc.

Alors donc que le monde est au bord du gouffre nucléaire, quelqu'un commence à tuer les anciens Gardiens costumés. Cela commence par Le Comédien, défenestré par un inconnu, puis continue par la tentative de meurtre d'Adrian Veidt, le seul a avoir fait son coming-out après la loi Keene et qui est devenu, depuis, un businessman richissime. Dans la BD, le meurtre est raconté du point de vue des enquêteurs et à rebours, à mesure de leurs hypothèses et de la reconstitution, depuis la tache de sang sur le trottoir jusqu'aux traces de lutte dans l'appartement. Moore multiplie ainsi les expériences stylistiques qui ne se limitent pas aux nombreux flashbacks peuplant le récit et destiné à nous resituer la trajectoire personnelle de certains de ces personnages. Il y a par exemple utilisation de BD dans la BD où une histoire de pirate psychotique, en contrepoint de l'histoire principale, joue sur l'allégorie et permet une expression subjective des sentiments (histoire qui disparait dans l'adaptation). Le volume 5 Fearful Symmetry, qui parle de l'enquête que mène Rorschach, est construite en symétrie inverse (certains parlent même de palindrome) autour d'une page centrale dont la mise en page s'écarte violemment des 9 cases classiques adoptées par Gibbons, comme les tests psychologiques éponymes en forme de taches.



Première page du volume 5 - Pages centrales - Page 23

Outre des procédés narratifs innovants, Moore aborde de façon très réaliste le destin de ces justiciers, leurs motivations, la résignation de certains, la paranoïa d'autres, le côté finalement assez misérable de leur condition. C'est trés noir, fouillé et porté à notre connaissance progressivement. Moore pose, en même temps que la question de leur légitimité à rendre la justice celle, essentielle : « Who watches the watchmen ? ».

Les attaques contre les anciens Gardiens auront eu une conséquence terrible pour l'Amérique nixonienne. Le Dr Manhattan, qui ne conservait avec l'espèce humaine qu'un lien ténu grâce à son amour pour l'héroïne Le Spectre Soyeux, abandonne la Terre, son destin nucléaire et leur propre violence aux hommes. La divinité, ou son ersatz, s'est retirée du monde et les hommes sont bien seuls face à eux-mêmes et à leur hubris, et bien dérisoires les actions de ceux qui croyaient pouvoir encore les aider à propager la justice...

Il me faut bien évidemment taire la fin de l'histoire dans laquelle beaucoup ont vu un retournement paradoxal mais où je vois encore (et Marina également qui me recommanda l'ouvrage) la régulation de la violence par une victime émissaire – ici à la fois la part de l'humanité sacrifiée pour unir le reste mais également le Dr Manhattan, cette fois-ci totalement déifié dans son double rôle sacré de porteur de violence et de guérisseur de violence.

L'intelligence du propos va beaucoup plus loin puisque Rorschach, crispé sur ses propres notions de justice, entend dire au monde entier la vérité sur ce qui a provoqué la catharsis mondiale et l'alliance des peuples et qui est évidemment différent de la perception qu'ils en ont. Or, comme le rapporte si bien les auteurs qui se sont penchés sur la question du sacrifice, celui-ci ne peut être efficace que si les participants ne connaissent surtout pas la vérité s'agissant de leur propre violence. Tous doivent être convaincus que la violence était celle de l'Autre que tous accusent. Or, « Qu'est-ce qu'un mort de plus sous les fondations ? (One more body amongst fondations makes little difference) » déclare Rorschach en parlant de sa propre mort (ce qui est très proche d'une des paroles de Jésus reprochant à la société pharisienne d'avoir construit sa prospérité sur les cadavres de ces boucs émissaires, les prophètes de l'Ancien Testament) qu'il appelle de ses cris (et que l'ersatz de Dieu qui bientôt disparaîtra de la vie des hommes) lui accorde.

Le film est une adaptation au plus près de ce formidable scénario, épousant graphiquement le monde créé par Gibbons. Snyder a retiré du comics ce qu'il fallait pour ne pas perdre en intelligibilité mais il a ajouté ou développé quelques éléments qui montrent peut-être qu'il a aussi pensé au grand public et à ses attentes en matière de super-héros (par exemple, scènes de baston). Certains passages sont clairement plats, voire mauvais. La mise en scène est plus conventionnelle que les procédés narratifs de Moore mais le réalisateur réussit quand même à construire une ambiance, avec des plans et des cadres intéressants, souvent identiques à ceux de Gibbons. Les questionnements philosophiques de l'œuvre restent tout à fait présents alors que l'on suit l'enquête menée en voix-off par Rorschach, à la manière des vieux films noirs. Distribution en adéquation avec le projet, générique superbe et long qui prend subtilement la place des éléments de dossier reconstitué dont Moore adore truffer ses œuvres, bande son et utilisation de morceaux connus parfaitement judicieuses...

Un très bon film adulte pour adultes, crépusculaire avant une nouvelle aurore (radieuse ?) loin des niaiseries hollywoodiennes. Si vous pouvez aussi lire le comics, tant mieux.

C'était un peu long, désolé.


Dernière édition par Varg le Jeu 30 Juil - 21:55, édité 2 fois
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Re: Watchmen - Zack Snyder (2009)

Message par stalker le Jeu 30 Juil - 20:53

Il ne manquerait plus qu'on se sente obligé de s'excuser quand on écrit des tartines argumentées sur des oeuvres.

De la BD Watchmen, on m'a récemment dit le plus grand bien, et bien mieux que ça encore. On m'a surtout parlé du "personnage" Alan Moore, en fait. J'ai trouvé les propos intrigants : descriptions, anecdotes. Je me suis promis de découvrir ce travail sans trop tarder. Tu me devances, Varg. Merci pour tes lumières.



Quelques éléments : Alan Moore
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Re: Watchmen - Zack Snyder (2009)

Message par Varg le Jeu 30 Juil - 21:10

Alan Moore est également le créateur de la BD fleuve From Hell, graphismes d'Eddie Campbell dont fut tiré le film du même nom par les frères Hugues et dont je dis le plus grand mal ici From Hell.

La BD était très bien par contre.

Également V for Vendetta qu'il me faudra également trouver et lire.
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Re: Watchmen - Zack Snyder (2009)

Message par Varg le Jeu 30 Juil - 21:39

Je découvre également en fouillant que l'une des versions françaises des Gardiens est due à... Jean-Patrick Manchette, chez Zenda. Sa traduction semble avoir été reprise également dans l'intégrale Delcourt

Ces versions semblent de toute façon introuvable ou hors de prix.

La version anglo est tout à fait lisible pour un niveau moyen.
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Re: Watchmen - Zack Snyder (2009)

Message par stalker le Ven 31 Juil - 0:35

Varg a écrit:Alan Moore est également le créateur de la BD fleuve From Hell, graphismes d'Eddie Campbell dont fut tiré le film du même nom par les frères Hugues et dont je dis le plus grand mal ici From Hell.

La BD était très bien par contre.
D'aucun te répondraient (je ne sais jamais si d'aucun est pluriel ou pas...) que c'est trop barré comme trip.
Un beau pavé et une belle expérience, non seulement du point de vue du scénario, mais aussi graphique.

Quant à Manchette, pour les gardiens, je ne savais pas.
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Re: Watchmen - Zack Snyder (2009)

Message par Varg le Ven 31 Juil - 6:56

Apparemment, Tristan travaillait pour Zenda. Ceci expliquerait cela...
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