Hillerman, Tony - Porteurs-de-peau (1986 - Rivages 1989)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Hillerman, Tony - Porteurs-de-peau (1986 - Rivages 1989)

Message par Varg le Lun 27 Juil - 10:53



Trois meurtres sans aucun lien apparent occupent l'esprit du lieutenant Leaphorn lorsqu'il apprend que quelqu'un a tiré sur la caravane du sergent Jim Chee, cet étrange policier de Shiprock qui se prétend hataali. Par un concours de circonstances, les chemins des deux policiers se croisent et une délicate collaboration s'engage, faite de méfiance et d'incompréhension.

La première association des deux policiers navajos imaginés par Tony Hillerman se fait autour d'une histoire de sorciers, motif déjà rencontré dans le premier roman La voie de l'ennemi et l'un des plus importants de la vie quotidienne de la Grande Rèze. Les porteurs-de-peau ou loups navajos sont les membres de la communauté qui ont choisi, sciemment, de s'écarter des enseignements traditionnels du Diné. La métaphysique navajo repose sur la notion d'équilibre et de recherche de l'harmonie et, comme beaucoup de peuples «dits» primitifs, elle comporte un certain nombre d'interdits, paraissant parfois obscurs, qu'il est nécessaire de respecter. Les précédents romans nous ont montré que la violation involontaire de certains de ces interdits mettait en péril la «santé» du contrevenant et donc de la communauté entière et que celle-ci pouvait recouvrer son intégrité en participant à des chants de guérison, pouvant durer plusieurs jours, durant lesquels l'ordre initial était restauré par répétition de la cosmogonie.

Mais il existe des gens qui violent les préceptes donnés au Peuple par la Femme-Changeante (le seul personnage entièrement bon de la cosmogonie navajo) parce que la dualité est au cœur de l'homme comme au cœur des yei, ces esprits qui présidèrent à l'émergence et à l'installation des Navajos entre les 4 montagnes sacrées. Cœur double est d'ailleurs une autre appellation de ces «sorciers» qui, en violant les règles, acquièrent des pouvoirs supra-normaux pour exercer leur malfaisance, devenant notamment métamorphes.

Pour Leaphorn qui, dans la nouvelle répartition des tâches, sera un esprit totalement rationnel, les histoires de sorciers relèvent de la pire des superstitions mais elles cachent surtout des phénomènes violents de type bouc émissaire : rien de plus facile que d'accuser son voisin d'être un sorcier pour lui tirer après une balle de 30/30 dans la tête (la sorcellerie étant la seule circonstance où l'exercice de la violence serait – non pas excusable, elle ne l'est jamais –, compréhensible. Pour Chee, dont la pensée traditionnaliste est encore renforcée ici par Hillerman, le sorcier est le Mal, composante indispensable de l'équilibre dans lequel doit vivre le peuple.

Sur cette opposition de pensée, Hillerman développe une astucieuse opposition de style entre les deux policiers, contraints de travailler un moment ensemble. Leaphorn ne fait pas vraiment confiance à un jeune flic qui croit à ces sornettes superstitieuses, Chee quant à lui est tétanisé devant le principe d'autorité que représente le lieutenant, auquel il n'a jamais été réellement soumis dans la vie (société matriarcale ou la seule figure «paternelle» est le frère de la mère). C'est tout à fait passionnant, d'autant qu'Hillerman raconte une histoire où les repères de chacun sont brouillés et qui ne pourra être résolue que par une participation des deux et donc une évolution de leur propre position.

Biographie de l'auteur
avatar
Varg

Messages : 1263
Date d'inscription : 15/06/2008
Localisation : Paris

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum