L’homme au boulet rouge - Jean-Patrick Manchette & Barth Jules Sussman (1972)

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L’homme au boulet rouge - Jean-Patrick Manchette & Barth Jules Sussman (1972)

Message par stalker le Jeu 23 Juil - 12:51



La plupart des romans de Manchette finissent par un carnage, mais commençons par le début. L’écriture de L’homme au boulet rouge lui a été confiée par Robert Soulat, en novembre 1971, alors Directeur adjoint de la Série noire. Confiée, car le roman sera l’adaptation d’un scénario de long métrage, dont l’auteur se nomme Barth Jules Sussman.
Manchette acceptera la proposition, certainement parce qu’il affectionne les westerns et que la tache lui paraît suffisamment rentable. Car c’est un western. Mais ne vous attendez pas à croiser Clint Eastwood ou Charles Bronson au détour des pages.

Manchette rend son manuscrit à son commanditaire le 7 mars 1972, et le film, initialement intitulé The red ball gang, ne sera jamais réalisé. Il subsistera donc du projet ce livre de Manchette qui, de part sa nature de commande et d’adaptation, reposera dans l’ombre portée du reste de son œuvre, notamment de Nada qu’il écrira juste après L’homme au boulet rouge, en avril 1972.

Un western, donc. Des cabanons en bois plantés sur le désert qui file à perte de vue. Des chevaux, beaucoup de poussière et un soleil écrasant. Puis des hommes. Des hommes au milieu d’une vaste plantation de coton. Certains astiquent leur révolver et d’autres traînent leur boulet, mais tous vivent dans le coton, qu’il s’agisse de l’appliquer sur ses propres plaies ou d’en jouir, il y a du coton, à perte de vue.
Il y a Greene. Il y a Potts.
Il y en a d’autres, encore, mais il y a surtout Greene et Potts, car le boulet de Greene est très encombrant. Et si Potts acceptait d’y mettre un peu plus de bonne volonté, il pourrait bien résoudre le problème. Seulement, Potts est propriétaire de la plantation et aveuglé par les dollars éjaculés du capitalisme en pleine croissance.

Greene est là pour purger sa peine et remplir des sacs de cotons. Et difficile d’espérer s’en sortir quand on a constamment des flingues braqués sur soi, surtout celui de Pruitt, un peu trop nerveux et impulsif. Difficile d’espérer en ressortir vivant quand on a la conviction de n’être plus qu’une bête au service de l’homme et que ce sentiment l’emporte un peu plus à chaque mouvement, chaque parole, chaque seconde qui s’écoule dans le désert du Texas.

Mais il y a Callie. Une femme. Et une femme, dans un roman de Manchette, ça se soigne. Même quand c’est une catin, ça se soigne. Surtout quand c’est une catin, en 1871, Callie, c’est la fleur qui s’agite sur la ligne d’horizon pour Greene, là-bas, bien au-delà de la plantation. Greene ne pense peut-être qu’à elle, à la fleur, et peu importe alors les tortures que Pruitt lui infligera tout au long du roman. Peu importe le prix à payer. Et la plupart des romans de Manchette finissent par un carnage.



Série noire, 1972
Folio policier, 2006

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