Massacre à la tronçonneuse - Tobe Hooper (1974)

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Massacre à la tronçonneuse - Tobe Hooper (1974)

Message par Varg le Lun 20 Juil - 9:02




Des tombes ont été profanées dans un petit village du Texas. Franklin et sa sœur Sally, accompagnés de trois de leurs copains, vont vérifier que celle du grand-père est restée intacte. Après le cimetière, le van des jeunes gens passe non loin de l'ancien abattoir puis croise le chemin d'un auto-stoppeur plutôt effrayant. Dans l'impossibilité de faire de l'essence, la dernière pompe du coin étant à sec, ils se rabattent vers la maison abandonnée de la famille de Franklin et Sally.

Ayant évoqué récemment Halloween, il paraissait difficile de faire l'impasse sur cet autre grand classique qui, avant le film de Carpenter, fut à l'origine du renouveau du film d'horreur et du déploiement du genre slasher, c'est-à-dire des tueurs plus ou moins fous détruisant des groupes de personnes innocentes, si possible en courant après des jeunes femmes plus ou moins habillées et toujours totalement hurlantes et terrorisées. Massacre à la tronçonneuse et La nuit des masques (le nom sous lequel chacun fut exploité en France) possèdent pas mal de ressemblances et, donc, de qualités

Tourné avec un budget ridicule (moins de 100 000 USD), Massacre à la tronçonneuse rapporta 36 millions USD rien qu'en exploitation sur le sol américain. Il fut interdit cinq ans en France, parfois vingt-cinq ans dans d'autres pays, ce qui contribua à forger sa réputation de film absolu d'horreur, ou film absolu d'horreur absolue, que certains peinent à retrouver aujourd'hui après tous les excès des films qui lui succédèrent.

Massacre possède de très grandes qualités. D'abord il replace l'horreur dans le quotidien des gens ordinaires, bon évidemment un peu chtarbés ici, mais les seuls monstres sont humains. Le message que porte le film est que finalement, aujourd'hui aux États-Unis, tout peut arriver, même le pire (nous sortions à peine du Watergate) et l'introduction – qui rappelle le fait divers dont est plus ou moins inspiré le film (le tueur de masse Ed Gein) – permet d'ancrer un peu plus l'expérience dans le réel. Ensuite, contrairement à Psychose d'Hitchcock, inspiré du même fait divers, et à toute la filmographie d'horreur précédente, Massacre à la tronçonneuse ne donne aucune explication à ce qui se passe. Ce behaviorisme absolu permet de laisser le spectateur dans le malaise le plus complet pendant et après le film. On sait que, quatre ans plus tard pour Halloween, Carpenter en fera autant et les zones d'ombre de notre compréhension accentuent bien entendu notre frayeur.

Le film de Hooper, enfin, joue sur la suggestion, comme le fera celui de Carpenter. Tout commence là aussi par la séquence introductive. Des images indistinctes intervenant comme des flashs, suivies de fondus au noir assez longs jusqu'à ce que l'on commence à comprendre la nature de ce que l'on nous montre, des vues sur des morceaux de cadavres en décomposition. Puis, l'image se fixe tandis que la voix d'un journaliste raconte la profanation des sépultures et la construction d'une sorte de sculpture avec l'un des cadavres. C'est l'image que nous voyons et comprenons alors...

Massacre a, chez ceux qui ne l'ont pas vu, une réputation de film gore qu'il n'est absolument pas. On ne voit du sang qu'à deux occasions: l'estafilade au rasoir sur le bras de Franklin dans le van et la coupure au bout du doigt de Sally quand elle est présentée au grand-père c'est-à-dire rien, nada. La terreur du spectateur est pourtant là, permanente et elle tient d'abord à la folie et à la débilité suggérée des autochtones, celle de l'auto-stoppeur tout d'abord, puis de l'apprenti de la station-service et ira crescendo (la longue scène de Pam dans la pièce dont la décoration et le mobilier sont constitués d'ossements, de peaux humaines, ..) pour connaitre son climax lors de la fameuse scène du repas familial. Ensuite, l'utilisation exclusive d'armes blanches par les protagonistes (couteau, rasoir, croc de boucher, tronçonneuse) qui sont bien plus terrifiantes, dans notre imaginaire et nos peurs, que n'importe quelle arme à feu (sans doute parce qu'elles autorisent une espèce d'acharnement auquel on associe une plus grande douleur) accentue, je crois, l'angoisse que nous éprouvons.

Même si nous ne voyons pas l'effet de ces armes (par exemple quand Leatherface suspend Pam au croc de boucher) notre cerveau complète immédiatement les informations manquantes. Et la grande efficacité du film tient à cette sollicitation permanente du spectateur à aller, seul, bien plus loin que ce qu'on lui montre. Pour cela, Hooper joue énormément sur sa bande son – omniprésente – qui lui permet de donner à entendre toutes les choses qu'il laisse hors-champ et que les films suivants finiront par montrer. Cette bande-son est un véritable chef d'œuvre de manipulation mentale et elle accompagne ou devance une image assez sale (gros grain dû au passage 16/35 mm) , souvent réalisée en caméra portée (ce qui lui donne un look "reportage", le Projet Blairwitch n'a rien inventé) qui renforce le sentiment de proximité/réalité et qui abuse des plongées et contre-plongées et des très gros plans pour renforcer la terreur. Les deux courses (l'une nocturne, l'autre diurne) où l'on voir Leatherface armée de sa tronçonneuse poursuivre Sally sont tout à fait cauchemardesques (via des écrasements de distance par un jeu sur la profondeur de champ), soutenues par les seuls hurlements de Marylin Burns (une des grandes screaming queens avec Jamie Lee Curtis), le vrombissement de la machine, les grognements du tueur et ce sentiment que l'on ne peut jamais échapper à notre poursuivant.

A partir d'un scénario tenant sur un timbre poste, avec des acteurs pas toujours très bons, avec quelques maladresses mais en utilisant au mieux le peu de ressources dont il disposait, Tobe Hooper a créé un film de terreur qu'aucun débordement ultérieur ne permettra réellement de dépasser.
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Re: Massacre à la tronçonneuse - Tobe Hooper (1974)

Message par stalker le Mar 21 Juil - 2:17

Le terme "film culte" perd de son sens, au fil du temps, mais celui-ci doit en être.
Plusieurs vies que je ne l'ai pas vu.

La caméra portée, ou caméra à l'épaule, n'est pas le propre de Blair witch. Il y s'agit d'un camescope avant tout. La notion "amateur" l'emporte sur la caméra elle-même. Pas de pellicule, mais juste une bande numérique à deux balles, qu'on possède tous. Je ne pense pas qu'on puisse comparer les deux de ce point de vue-là. Il y a un monde entre les deux, même si les intentions, au fond, se ressemblent beaucoup.
Blair witch n'est pas concevable en 16mm.

Inversement, Massacre à la tronçonneuse n'est pas filmé au camescope, mais en caméra subjective (d'où l'implication du spectateur, que tu soulignes à juste titre - en plan fixe, tout l'impact du film s'en serait trouvé aboli.

Il y a un point sur lequel je n'ai pas envie de te rejoindre : après ça, plus rien n'a eu lieu (histoire de le dire de façon tranchante). J'ai envie de croire qu'il y a eu d'autres choses (que je n'ai pas encore vues), ou que des choses différentes, non moins efficaces, ont été ou vont être réalisées.
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Re: Massacre à la tronçonneuse - Tobe Hooper (1974)

Message par Varg le Mar 21 Juil - 4:57

stalker a écrit:Il y a un point sur lequel je n'ai pas envie de te rejoindre : après ça, plus rien n'a eu lieu (histoire de le dire de façon tranchante). J'ai envie de croire qu'il y a eu d'autres choses (que je n'ai pas encore vues), ou que des choses différentes, non moins efficaces, ont été ou vont être réalisées.

Ce que j'ai exactement dit, c'est que les débordements suivants n'ont rien ajouté à la terreur de base mise en place ici et qui étaient novatrice, dans sa simplicité même. Pas qu'il n'y a rien eu.

N'étant pas créateur moi-même, je n'attache pas autant d'importance à un devenir ou un ailleurs qui transcenderait l'existant mais je comprends ton point de vue et accepterais volontiers de reconnaître ce dépassement ou cette différence s'ils advenaient où si, advenus, ils étaient portés à ma connaissance.
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