Halloween - John Carpenter (1978)

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Halloween - John Carpenter (1978)

Message par Varg le Dim 5 Juil - 12:38




1963, dans une ville moyenne du Midwest. C'est la nuit d'Halloween et Michael Myers assassine sa sœur qui venait de coucher avec son petit ami. 1978, après 15 années d'hôpital psychiatrique, Michael doit comparaître devant la justice. Alors que son médecin psychiatre vient le chercher, il s'échappe. Le médecin est persuadé qu'il va rejoindre la ville de ses anciens exploits.

Voici un film qui commence dès son étrange générique, un plan large sur une lanterne d'Halloween suivi d'un lent travelling avant – pendant lequel les noms et fonctions s'affichent à l'écran – qui se termine sur l'œil devenu incompréhensible, informe mais néanmoins terrifiant de la citrouille. Aussitôt, la séquence d'ouverture, en vue subjective nous replace en l'année 1963, pendant la nuit d'Halloween, durant laquelle Michael Myers poignardera sa sœur. En nous obligeant à nous mettre à la place de l'assassin, Carpenter installe immédiatement le spectateur dans le malaise. Il va désormais jouer avec celui-ci durant une bonne heure, campant ses principaux personnages (les trois jeunes amies qui vont se retrouver le soir, à la faveur de séances de baby-sitting) et instillant progressivement la menace qui va peser sur elles.

Cette lente heure d'exposition – qui contrastera rétrospectivement avec la violence permanente des films slashers qui suivront – est loin d'être inintéressante et vide. Carpenter installe ses personnages, à la fois avec une économie de moyens et un sens très raffiné du détail. Lynda (P.J. Soles) est la blonde cheerleader qui ne pense qu'à son petit ami et à la partie de jambes en l'air qui les attend le soir et Annie (Nancy Kyes) est la fille du sheriff local, moins délurée que sa copine mais appréciant les pétards et les boyfriends. Enfin Laurie (Jamie Lee Curtis) est la bonne élève, plutôt coincée et totalement rationnelle... Ajoutons encore le personnage du Dr Loomis (Donald Pleasence), le seul à connaître la vérité sur le monstre qui est désormais dans la nature, dont il dit « qu'il est le Mal absolu ».

En face, le personnage de Myers reste une ombre, un insaisissable, un indéfini qui peu à peu s'impose dans l'environnement immédiat des filles et la conscience du spectateur. Il faut noter là l'intelligence de Carpenter qui claqua la moitié de son pauvre budget (300 000 $ de coût total) pour adopter un format 2.35. Dans cette impressionnante largeur, il pourra faire apparaître la menace de son tueur à la périphérie de son cadre, parfois juste un reflet dans une vitre ou une lueur dans l'ombre, apparitions toujours soutenues par une musique leitmotivée qu'il a lui même composée. Quand il entend le leitmotiv, l'oeil du spectateur cherche alors dans le cadre très travaillé, avec une photo superbe, la présence du boogeyman et cette recherche même est anxiogène.

Car toute la force de Halloween tient dans la suggestion et la montée croissante de la terreur pour déboucher sur la dernière demi-heure qui, elle concrétisera cette tension. Toutefois, Halloween reste un film bloodless qui repose totalement sur une vraie mise en scène, échelle de plan rigoureuse, profondeur de champ d'où nait l'angoisse (par exemple la scène du fantôme quand Lynda est au téléphone), une alliance patiente entre l'image et le son...

Parce que le tueur s'attaquait à des jeunes filles à la sexualité plutôt libre et au comportement relâché, certains ont vu dans le film une volonté moralisante dont Carpenter s'est toujours défendu. Je ne crois pas que le message du film, si message il y a, soit celui-ci. D'abord parce Myers va tuer d'autres personnes que les adolescentes pour arriver à ses fins (fins que l'on ne connaît pas d'ailleurs, pas plus que n'est expliquée la façon dont il a pu se libérer de la surveillance à l'hôpital psychiatrique...). Ensuite parce que Laurie est un bas bleu, sérieuse, à la fois rationnelle ET impressionnable. Elle n'a en fait pas encore basculé du côté des adultes et elle semble n'être plus non plus une enfant. Disons que Carpenter va nous la montrer, dans les dix dernières minutes, comme un être qui – sous l'effet de la terreur – va régresser à un état totalement infantile (la scène du placard) tout en se défendant avec une certaine efficacité (adulte) des assauts de Myers. Dès lors, Halloween pourrait surtout se lire comme un rite de passage, la perte de l'innocence d'une jeune fille devenant femme, ayant découvert (dans la pire des situations) la nature et l'étendue du Mal.

C'est la seule explication qui me soit jamais venue pour expliquer la dernière scène, que je ne dévoilerai pas, mais qui a été mal interprétée, à mon sens, par tous les films qui ont suivi, faisant de leurs monstres des êtres increvables. Michael Myers était l'épiphanie du Mal et celui-ci, désormais, sera dans chaque parcelle et chaque seconde de la vie de Laurie.

Un chef d'œuvre, l'un des très grands films du dernier quart du XXème siècle.

Note : dans la mesure du possible, j'ai essayé de préserver les moments clés du film afin de ne rien vous dévoiler d'essentiel si vous ne l'avez jamais vu encore.
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Varg

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