L'antre de la folie - John Carpenter (1995)

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L'antre de la folie - John Carpenter (1995)

Message par stalker le Mer 17 Juin - 11:45

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John Trent est enquêteur pour les assurances. Il est chargé par Jackson Harglow, le directeur de la maison d'édition « Arcane », de retrouver Sutter Cane, un écrivain à succès qui a disparu. Durant ses investigations, John se rend compte que le monde d'épouvante apparemment fictif créé par Sutter Cane serait en fait bien réel.



Inversement, l’enquêteur pour les assurances se rend compte que le monde apparemment réel dans lequel il vit pourrait n’être qu’un monde d’épouvante, contrôlé par un écrivain dément.

Sur une route (presque) déserte, la nuit, dans une voiture. Dialogue entre John Trent et Linda Styles, responsable de l’œuvre de Sutter Cane aux éditions Arcane :

- J’adore me faire peur, dit-elle, et les livres de Cane me font peur.
- Mais de quoi voulez-vous avoir peur ? Ça n’a aucun rapport avec la réalité.
- Ce n’est pas réel selon votre point de vue, tant que la réalité s’accorde à votre point de vue, mais justement, ce qui est terrifiant dans son œuvre, c’est ce qui pourrait arriver si la réalité changeait de point de vue.
- Attendez une minute. Tout cela n’a rien à voir avec la réalité. Nous sommes en train de parler de fiction, c’est différent.
- La réalité n’est que la convergence de nos points de vue. La raison et la folie peuvent facilement basculer. Si la folie devenait tout à coup majoritaire, c’est vous qu’on jetterait dans la cellule capitonnée d’un asile. Et vous vous demanderiez si le monde n’est pas devenu fou.

S’en suit une scène qui n’a rien à envier aux plus traumatisantes d’un Lynch (deux ans avant Lost Highway, en l’occurrence). Puis une autre où Carpenter nous ramène à son antre, à mi-chemin entre le mythe de Cthulhu et Le prisonnier.
Le sas, instable, dressé entre réalité et fiction prendra l’aspect d’une route interminable aux pointillés hypnotiques et d’un pont couvert peu engageant, tendu au dessus d’une rivière sans nom. Bienvenue à Hobb’s end, étrange village dont on ne semble plus pouvoir sortir une fois qu’on y est entré. Les références de Carpenter revendiquent bien l’angle lovecraftien de ce film d’épouvante, ainsi que Stephen King dont l’œuvre comprend nombre de personnages d’écrivains pris au piège de leur propre univers.

Carpenter questionne la frontière entre fiction et réalité. Il l’envisage par le cinéma de genre, à sa sauce, et use sans cesse de métaphores nourries de croustillantes parodies ; truffées de formules qui, touillées dans une telle atmosphère de folie, brillent néanmoins et nous rappellent qu’on n’est pas juste ici pour s’envoyer des pop-corns (la scène finale dans une salle de cinéma déserte, où John Trent assiste à la projection de ses dernières 24 heures vécues, et au film auquel les spectateurs que nous sommes viennent d’assister).
Cette frontière apparaît ici sous la forme d’une séquence échantillonnée qui tournerait en boucle et pourrait bien nous rendre dingues, à moins qu’elle parvienne entre temps à nous faire douter : « Si la folie devenait tout à coup majoritaire, c’est vous qu’on jetterait dans la cellule capitonnée d’un asile. »

Carpenter fait partie de ces auteurs qui n’envisagent pas seulement de nous faire peur, mais nous suggère aussi de nous situer – de rester debout et de pivoter sur soi-même, à 360°, lentement, et de remettre en question sans cesse les éléments qui nous cernent et permettent qu’on se représente le monde. A notre sauce aussi.
En cela, pointer nos peurs profondes est périlleux : ou bien on se contente de se ficher la trouille et ça ne dure qu’une heure trente-cinq, ou bien on considère que notre soif de fiction ne consiste pas uniquement à nous détendre, mais bien à satisfaire notre besoin de rêve et de cauchemar (de plaisir et de peur). En admettant qu’on accepte de donner sens à ce besoin et de vivre avec une fois le livre refermé ou le film terminé.

*

L’antre de la folie clôt la Trilogie de l’Apocalypse dans l’œuvre de Carpenter, après The thing et Prince des ténèbres. La première projection en salle du film a eu lieu aux Pays-Bas, en 1994, six mois avant sa première américaine.
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