Fatale - Jean-Patrick Manchette (1977)

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Fatale - Jean-Patrick Manchette (1977)

Message par stalker le Lun 15 Juin - 15:43



Une petite ville portuaire coincée dans une cuvette, bordée par une mer « stupide » et des chalutiers qui empestent la friture et le mazout : tous les chemins mènent à Bléville.
Là, une brochette de personnalités semble tenir les raines de la cité : toubibs, notaires, avocats et pire encore. Là, les façades, les entrepôts, les panneaux de chantiers et les rubans bleu-blanc-rouge exhalent des relents de fric poisseux, tout comme les articles de presses ne cessent d’astiquer la population à coup de slogans et de grandes messes en grandes pompes, à l’insu paradoxal des citoyens qui se feront bien discrets tout au long du roman, comme si d’obscures et inavouables règles les avaient priés de se tenir à carreau dans la marge, jusqu’à nouvel ordre.
Soyez les bienvenus à Bléville où les huiles et les autorités, entrepreneurs et élus politiques, bourgeois de tous calibres ne font qu’un seul et même corps confus, impeccable, organisé et impénétrable.
A moins qu’un grain de sable ne parvienne à se glisser dans les rouages de la machine. A moins qu’un trouble-fête averti ne décide de tirer profit du bel engrenage vernis.
A moins qu’il ne s’agisse d’une femme, mais pas n’importe laquelle. Loin des illustrations ultra fardées à fourrures, systématiquement incrustées dans le sillage de la brochette sus-décrite. Bien étrangère à elles, mais subtile au point de s’introduire sans peine dans leurs rangs, histoire d’approcher la faune de très près, de l’épier, puis de percer les masques pour en débusquer la vermine, comme on le ferait des points noirs sur un visage qui transpire de trouille.
Prénom : Aimée.
Profession : tueuse.
Signe particulier : perspicace et beaucoup trop sensible – question de point de vue.
Un roman concis et limpide, où sang chaud et poésie glacée fusionnent pour offrir un alliage redoutable ; une écriture qui s’attaque sans préavis à la chair de Bléville et nous dit à quel point la cité impeccable est en mesure d’exhaler aussi des relents de corps avariés, pour un oui ou pour un non.

*


Archive tirée du site Rayon du polar

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