Oppel, Jean-Hugues - Six-Pack (1996)

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Oppel, Jean-Hugues - Six-Pack (1996)

Message par stalker le Lun 15 Juin - 3:04

Brunes, blondes ou rousses, cinq victimes toutes différentes, massacrées en autant de lieux différents. Cinq victimes dépareillées que rien ne relie en apparence, sinon le même maniaque assassin au processus meurtrier salement répétitif. Pas de témoins, jamais. Dix millions de suspects au bas mot - peut-être même plus en comptant large... Enquête poisseuse aux frontières crépusculaires de l'âme inhumaine pour l'inspecteur Saverne, mis au pied du mur de ses fantasmes au risque de se perdre, corps et âme. Et, variante de chercher une aiguille dans une meule de foin : traquer un sale tueur en évitant les miroirs, et peut-être le trouver au fond d'un verre de bourbon. On the rocks.



Six-pack.
Cette allégorie dérange.
Elle fait grimacer et serrer les fesses des décideurs, des donneurs d’ordres, des sanctionneurs ; de ceux qui, généralement, ne traitent les affaires délicates que depuis leurs bureaux climatisés, surplombés par d’autres bureaux de plus en plus climatisés, et n’envisagent de telles affaires qu’avec des pincettes, des gants (blancs) et des filtres, d’autant lorsqu’une affaire menace de bousculer les relations établies entre un Etat et une ambassade – pas n’importe laquelle.
Six-pack.
L’index vrillé dans un orifice, et le pouce dans un autre. Les prises d’un pack de bières ou bien les voies intimes d’une cinquième victime sur la liste. Naturellement, l’image dérange. Mais il est des situations où il faut bien appeler un chat un chat.
Et il les aime, Oppel, les chats.

Les félins, même pas prétexte à détourner l’attention dans une affaire de crimes en série, mais plutôt là pour permettre de canaliser des énergies, des comportements, de l’affect (tout simplement), et dire des choses que les affaires humaines n’autorisent pas.
Je sortais tout juste de Chaton : trilogie, lorsque Six-pack m’est parvenu (merci Txoa). Et pas moyen de reporter sa lecture, après Chaton. Pas moyen.

Mais revenons à notre affaire humaine. Compliquée. Truquée. Dégoûtante. Bref : humaine.
Des meurtres en série, dans la capitale hexagonale (jamais citée dans le roman), juste après la sortie de Seven (4 mois), adaptés au cinéma (catastrophiquement) quatre ans plus tard, sous le même titre, et écrits – j’entends par là, pas seulement racontés, étalés, spectacularisés pour le plaisir, mais écrit par un type qui sait de quoi il parle et qui souligne, à chaque page, les raisons pour lesquelles il a décidé de prendre le profil d’un tueur en série pour en parler.
J’en connais qui se sont vautrés dans cette voie, dans le sang pour le sang et le suspens pour le suspens. J’en connais qui font gloire avec ces recettes-là, et n’en sont pas peu fiers, et sont toujours prêts à recommencer si l’affaire se vend bien et rassasie la curiosité morbide d’une civilisation brillante, immaculée, à la pointe du civilisé et de tant d’autres choses qu’on ne nommera même pas, tellement ça finirait par nous faire dégueuler.

Oppel le sait. Il l’écrit et nous régale avec ses mots. Il expédie des flèches empoisonnées où il l’a décidé, et c’est ici que la fiction et le polar prennent tout leur sens. Un engagement vis-à-vis de la réalité – ces accessoires médiatiques de guimauve qu’on nous enfonce dans le pack, histoire de garder le contrôle du troupeau.

Mon prochain Jean-Hugues Oppel s’intitule Ambernave.
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