Blake, James Carlos - Un monde de voleurs (2002 - Rivages 2005)

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Blake, James Carlos - Un monde de voleurs (2002 - Rivages 2005)

Message par Varg le Lun 1 Juin - 9:24



Orphelin ayant rejoint ses deux oncles dans le braquage de banques, Sonny LaSalle est arrêté au volant de la voiture qui devait leur permettre de fuir après un coup. Dans la prison paroissiale, il tue accidentellement le fils unique d'une des légendes de la Louisiane, le flic John McCabe, dit John Macabre. Emprisonné à Angola, Sonny parvient à se faire la belle et à retrouver ses oncles. John Macabre se lance à sa poursuite.

Ce livre est assez déroutant. Plutôt bien écrit, il retrace les tribulations d'un jeune homme qui – durant la Prohibition – choisit la vie trépidante et incertaine d'outlaw au détriment d'une existence ordinaire. Entre Louisiane et Texas, nous allons donc suivre son initiation mouvementée, son incarcération au terrible pénitencier d'Angola, son évasion et, enfin, l'espèce de fuite en avant du trio, inconscient de la menace que représente la mise en mouvement d'un père vengeur. Celui-ci n'apparait finalement que très partiellement dans l'histoire et toujours sous la forme d'une violence implacable.

Tout à la fois road movie et western, le livre possède un rythme certain, avec de jolies scènes comme l'évasion d'Angola ou le guet-apens pendant lequel le trio tentent de piéger le bootlegger. Pourtant, je ne l'ai pas trouvé passionnant non plus, tant tout ceci avait un goût de déjà lu ou déjà vu. Les scènes du pénitencier d'Angola m'évoquaient Burke ou surtout le I am a fugitive from a chain gang le film de Mervyn LeRoy de 1932, avec Paul Muni. La virée sauvage du gang, son insouciance sur la route, la liaison tumultueuse entre Sonny et Belle, l'excitation sexuelle des amants lors de l'accomplissement de leurs forfaits les rattachent tout aussi bien au Gun Crazy de Lewis (1949), Bonnie and Clyde de Penn (1967) ou l'ambiance du Boxcar Bertha de Scorcese. Et même, pourquoi pas, au Butch Cassidy and the Sundance Kid de Hill (1969) pour ce qui est de la relation affectueuse entre les comparses. Quant aux irruptions de Macabre en irrésistible fatum, avec sa pince mécanique en guise de bras, elles m'ont plus fait penser à de la série Z d'épouvante qu'à du Peckinpah, sous la protection duquel pourtant l'auteur s'est placé (ainsi que celle de Shakespeare et de McCarthy).

Le sentiment donc qu'Un monde de voleurs, malgré quelques qualités – notamment dans l'écriture –, manque de personnalité et d'originalité si l'on a quelques références livresques et cinématographiques.


On ne sait rien ou pas grand chose de James Carlos Blake, sinon qu'il est né et a grandi dans le Nord du Mexique, qu'il a écrit 9 romans dont trois ou quatre déjà publiés chez Rivages et qu'il vit en Arizona.
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Re: Blake, James Carlos - Un monde de voleurs (2002 - Rivages 2005)

Message par txoa le Dim 10 Jan - 0:37

James Carlos Blake a quitté le XIX° siècle et le Western pour nous compter les années vingt. Mais, au fond, qu'est ce qui a changé ? Evidemment, les voitures ont remplacé les chevaux, le pétrole a envahi le Texas amenant richesse et tentation. Si l'environnement social semble moins soumis à la loi de la jungle que cinquante ans auparavant, c'est souvent au profit des mêmes et règne toujours corruption et violence. La vie humaine ne semble avoir que peu de valeurs. On suit donc le parcours de Sonny LaSalle, tout juste sorti de l'adolescence, qui, avec ses deux oncles, frères jumeaux, va monter une petite entreprise de vol et compagnie. Sonny ne sait pas que John MacCabe, authentique psychopathe, est à ses trousses, semant la mort où qu'il passe. Il profite de la vie, découvre les émotions liées au vol et à la délinquance mais aussi celles de l'amour.
C'est un récit très enlevé, vivant, servi par un style direct. On y croise une multitude de personnages étonnants dont on aimerait parfois en savoir plus mais il est comme ça, Sonny, il passe des uns aux autres sans se poser plus de questions. Par moment, le roman nous fait sourire, même si la mort est omniprésente et que l'on pressent que, à force de jouer avec le feu, les choses risquent de mal tourner.
Blake a ce don pour nous immerger complètement dans une ambiance. On passe de la touffeur du carré français de la Nouvelle Orléans aux villes champignons et pétrolifères texanes (pensons à "There will be blood") avec un réel bonheur. On sent l'auteur très documenté.

Quelques questions me viennent à la lecture de ce roman: ce monde, cette époque, pas si lointaine, étaient ils tels que Blake nous le décrit ? La vie humaine avait elle aussi peu d'importance ? Sonny est un garçon attachant, téméraire, au bon coeur, découvrant l'amour et la sexualité. Il est charitable et a le sens de la famille. Mais il découvre la mort aussi, la donne, et ça ne lui fait rien. D'un certain côté et au regard de nos critères contemporains, c'est un véritable sociopathe, comme ses oncles, comme tous les gens qu'ils croisent. Cet aspect là est, à mon sens, le bémol du roman même si ça contribue au mythe de l'histoire Etats-unienne.
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