New-York 1997 - John Carpenter (1981)

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New-York 1997 - John Carpenter (1981)

Message par stalker le Lun 1 Juin - 1:06

En 1988, suite à une explosion de criminalité aux États-Unis, l'île de Manhattan est devenue une ville-prison. En 1997, alors que le président des États-Unis se rend à une importante conférence, son avion Air Force One est détourné par des terroristes. Le président parvient à s'enfuir en s'éjectant à bord d'une capsule de survie qui s'écrase au cœur de Manhattan. Il est aussitôt retenu en otage par les prisonniers de l'île.



Carpenter à initialement écrit le film dans le milieu des années 1970 en réaction au scandale du Watergate, mais aucun studio ne voulait le faire car Carpenter a révélé qu'il était incapable d'exprimer à quel point ce film pourrait porter sur le scandale du Watergate. Après le succès de Halloween, La Nuit des masques, il a suffisamment d'influence pour obtenir le film.

*

« En 1988, le taux du crime aux Etats-Unis augmente de 400%.
Ce qui fut la grande métropole de New-York devient la prison la mieux gardée d’Amérique. Un mur de quinze mètres de haut est élevé tout le long des côtes du New-Jersey. Il traverse le fleuve Harlem et se prolonge le long de la côte de Brooklyn. Il encercle complètement l’île de Manhattan. Tous les ponts et toutes les voies navigables sont minés.
La police américaine, telle une armée, campe tout autour de l’île. Il n’y a pas de gardiens dans l’enceinte de la prison. Il n’y a que les prisonniers et le monde qu’ils ont créé.
Le règlement est simple : une fois qu’on y est entré, on n’en ressort plus. »

Le film débute par un crash d’avion contre un immeuble de Manhattan.
L’événement coïncide avec l’arrivée d’un nouveau détenu : le hors-la-loi Plissken, qui souhaite qu’on l’appelle Snake. Le chef de la police lui propose la mission suivante : récupérer le président retenu dans la prison et le ramener en vie. Il aura 24 heures pour l’accomplir, pas une minute de plus. S’il réussit, il sera relâché. S’il échoue, il mourra.

Sur Manhattan, se sont formées des tribus. Certaines occupent Central Park et d’autres les réseaux souterrains. D’autres encore se réfugient dans des quartiers précis qui deviennent leur territoire, tandis que Le Duc règne en maître dans la métropole devenue champ de bâtiments abandonnés, de locaux ravagés, semée de carcasses de voitures retournées et de vestiges de l’île aux tours jumelles toutes puissantes. C’est sur le toit de l’une d’elle que le planeur de Snake atterrira.

Et c’est dans la bibliothèque que Snake trouvera les premières traces du président, grâce à un gadget qui émet des pulsations et le guide. Une bibliothèque où subsistent encore les milliers d’ouvrages témoins de l’Histoire de l’humanité, et d’où l’on puise aussi le pétrole qui permet à quelques véhicules de se déplacer dans la prison gigantesque, comme si la connaissance, ici devenue inutile, s’était métamorphosée en or noir.

Le président – insignifiant individu de chair dans cet enfer – est entre les mains du Duc, un grand Noir entouré d’une véritable armée, redoutée et sanguinaire. Snake va l’affronter. Il n’a pas le choix. Mais il le fera contre son gré et ses convictions, pour survivre. Carpenter terminera le film sur un pied de nez à l’attention du pouvoir américain, via son précieux président, et enfin tous les Etats de la planète par le biais d’une misérable petite bande analogique, dont la survie de l’humanité dépend, paraît-il.

La bande originale est signée John Carpenter. C’est le cas de la plupart de ses films, sinon de la totalité. La musique dit l’époque, mais elle nourrit aussi l’œuvre du réalisateur, comme un tampon supplémentaire, kitch-synthétique, indissociable de l’image.
Nous ne sommes pas loin de Romero dans cette façon d’offrir une version possible de la fin de l’humanité, ou plutôt, dans ce cas, du péril des valeurs et des richesses qui la caractérisent, ici et maintenant. Nous ne sommes pas loin de l’œuvre de Neil Gaiman, Je suis une légende, récemment remixée en version spectaculaire et divertissante ; rendue quasi inoffensive par là-même.
Pas très loin de Mad Max.

Et Carpenter ne divertit pas, même s’il reprend tous les codes d’un genre déterminé, combinant la science-fiction et l’action ; offrant ainsi un habillage de surface à son œuvre ; un petit air de rien qui peut faire dire de Carpenter qu’il fait des films violents et point barre.
A chacun son rapport à l’écran et sa représentation du monde.

Deux aspects particuliers de ce film semblent chers à Carpenter, et me captivent tout particulièrement, qu’on retrouve dans d’autres de ses films : l’importance des huis-clos, ou plutôt des lieux délimités. Ici, une prison gigantesque, comme dans Assaut, un commissariat de police, ou dans Vampires des demeures nocturnes étouffantes. Il nous enferme, ou bien nous suggère qu’on est enfermé.
Le second aspect, c’est les ruines. Son intérêt pour les endroits désaffectés, désuets. Des villes ou des villages fantômes où ne subsistent que des débris, des murs décatis, des vécus partis en fumée et des gravas d’Histoire, et d’où surgissent des « monstres ».
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Re: New-York 1997 - John Carpenter (1981)

Message par limbes le Mer 24 Juin - 16:23

Le fait que l’extérieur, le reste des Etats-Unis et du monde ne soit pas montré est intéressant, car on se demande comment les gens vivent, comment est cette société qui parque les criminels dans Manhattan-prison (on l’imagine, mais il n’y a peut-être pas à imaginer). C’est-à-dire, finalement, qu’est-ce qu’une société qui se prétend civilisée, en quoi elle se constitue et perdure sur le dos de ce qu’elle décrète comme étant la barbarie, en quoi elle a peut-être même intérêt à la faire prospérer pour s’auto-justifier, ou justifier ses propres déviances.
La désagrégation de Manhattan – peut-être le symbole ultime de ce qu’on considère comme La civilisation – est particulièrement symbolique de ces questionnements
On peut peut-être ainsi penser civilisation et barbarie non pas en terme d’oppositions tranchées et limpides, mais bien comme l’envers et l’endroit d’une même pièce, endroit et envers qui s'interrogent et s'utilisent réciproquement.

Le parallèle entre le président des Etats-Unis (le plus fort dans la société organisée et démocratique) et le Duc (le plus fort dans la société primitive de hordes) est saisissant, puisqu’il renvoie aux deux modes de violence qui permettent un contrôle des individus, l’une reconnue comme légitime et portée par un pouvoir élu, l’autre, anarchique, basée sur la loi du plus fort (qui ne reconnaît de pouvoir qu’à celui-là). La scène du Président ridiculisé par une perruque blonde, dans l’enclave, et celle à la fin où on s’empresse auprès de lui pour le raser, le coiffer, le rendre beau pour son allocution télévisée illustre à mon sens le fait que le pouvoir qu’il possède ne tient qu’à un fil, fil constitué par une croyance et une acceptation de l’ensemble ou d'une majorité des individus, pouvoir éminemment fragile qu’il est ainsi nécessaire de renforcer en se posant comme le garant de la sécurité et de la civilisation face aux barbares.

Sous couvert d’un film d’action et d’anticipation, il me semble que Carpenter dans ce film détruit pas mal de mythes américains, en interrogeant non seulement l’histoire américaine mais aussi la société occidentale toute entière. Sa pertinence reste entière aujourd’hui, à mon avis.

(J’ai peut-être rêvé, mais il me semble que deux personnages du film s’appellent Romero et Cronenberg…)
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