Zombie (Dawn of the dead) - George Romero (1978)

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Zombie (Dawn of the dead) - George Romero (1978)

Message par txoa le Dim 17 Mai - 17:04


Dix ans après le premier opus, Romero remet ça. Maintenant, il ne s'agit plus d'un cas isolé; les morts reviennent sur terre et il est clairement établi que lorsqu'un zombie mord quelqu'un, celui se transforme en zombie dans les heures qui suivent. Le seul moyen de les vaincre est de leur tirer dans la tête.
Roger et Peter, militaires, se rencontrent lors d'une opération qui vise à détruire des zombies dans un immeuble gardé par des rebelles fanatiques érigés en protecteur des morts. L'opération tourne au carnage. Ils décident de s'enfuir en hélicoptère accompagnés du pilote et de sa fiancée. Ils trouvent protection dans l'enceinte d'un mall, un de ces énormes supermarchés états-uniens. Ils s'y barricadent et parviennent à trouver vivres et carburants. Un semblant de vie s'ébauche jusqu'au moment où le mall est attaqué par une horde de Hell's angels.

Il y a des similitudes avec le premier opus: le lieu clos attaqué (qui deviendra une constante et contaminera le cinéma de Carpenter), le noir et la femme comme héros, un militantisme appuyé. Cette fois, c'est à la société de consommation que s'attaque Romero. Ainsi, les zombies, créatures au cerveau ralenti, ont su garder des réflexes de consommateurs invétérés qu'ils furent de leur vivant et investissent le supermarché comme s'ils faisaient leurs courses. Même les héros, pas trop bêtes pourtant, s'oublient et amassent de manière frénétique, des objets dont ils n'ont nul besoin, vu les circonstances. A ce moment, ils ressemblent aux zombies.
L'arrivée des Hell's angels et les scènes de combat qui en découlent, donne au film un air de western trash jamais dénué d'humour.
Romero a gardé l'esprit série B, avec des maquillages et des effets spéciaux (de Tom Savini, le king à l'époque) toujours imparfaits mais qui contribuent à donner au film une distance, voire une certaine poésie. "Zombie" est plus gore que "la nuit des morts vivants".
On peut noter qu'il existe deux versions du film: une montée par Romero pour les USA, l'autre par Dario Argento pour l'Europe. C'est celle ci que j'ai vu, paraît il meilleure que celle de l'auteur, trop démonstrative dans l'aspect militant. A voir...
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Re: Zombie (Dawn of the dead) - George Romero (1978)

Message par Varg le Mar 19 Mai - 15:15

C'est un film profondément pessimiste, noir, inquiétant et il ne faut pas se laisser abuser par les zones d'humour qui le traversent ici et là. Critique de la consommation mais aussi critique du capitalisme dans son stade ultime, c'est-à-dire la violence – de celle qui sert à la production des objets à celle qu'il faut déployer pour se les approprier – The Dawn of the Dead (j'ai la version Romero de la chose) confronte en permanence le spectateur à une humanité déshumanisée déjà ou en voie de l'être.

«What the hell are they ?»
«They're us, that's all...»


La société de la marchandise s'adresse au plus bas de ce que nous sommes, cette zone de pulsions archaïques qui sont les seuls attributs des morts-vivants. Ce n'est pas la morsure ou la mort qui fait le monstre, c'est le matérialisme, la surconsommation, cette addiction à ne satisfaire que les plus bas besoins (il y a gros à parier d'ailleurs que, dans le monde tel qu'il est désormais envahi par les goules, les centres commerciaux, les bars ou les casinos soient infestés de leur présence au contraire des bibliothèques ou lieux de culte).

Au delà leur frénésie d'amasser plus que ce dont ils ont besoin, Romero montre très bien comment cette réification gagne les réfugiés. Cette société d'abondance totale est sans reliefs : que vaut l'engagement de Steven quand il offre la bague de fiançailles à Fran, bague qu'il a simplement prise dans la vitrine d'une bijouterie (et, à l'inverse, est-ce qu'engloutir deux ou trois mois de salaire dans une telle bague a une signification quant à la valeur de l'engagement qu'elle symbolise ?). Que dire de l'imposture de Fran jouant à Bonnie Parker pour tromper son ennui et se voyant rappeler par une voix publicitaire venant de nulle part qu'elle n'est que dans un magasin qui offre un paquet de bonbons pour tout achat de 5$. Ou encore quand le couple qu'elle forme avec Steven s'effondre, s'affrontant mutiquement autour d'une télévision ne produisant aucune image mais qu'elle veut éteinte alors que lui la souhaite allumée. Le climax est atteint dans la mort de Roger, au motif sans aucune noblesse de préserver leur main mise sur l'amas d'objets sous leurs pieds ou quand Steven – pathétique petit propriétaire – entend sauver le centre commercial du pillage des bikers parce que ce dernier «leur appartient»

En s'enfermant dans le centre commercial, les réfugiés ont recréé la société qu'ils venaient de quitter, une société gangrénée par la marchandise et par la violence et il est donc facile de suivre sa lente décomposition, que le début abrupt du film (à ce moment l'invasion a déjà commencé depuis longtemps) avait esquivé. On comprend alors que l'humanité n'a guère de possibilités pour s'en sortir, sauf à sombrer dans une violence perpétuelle qui, jamais ne lui permettra le repos (ou alors, comme le scientifique borgne le propose à la télévision, passer par le sacrifice d'une partie de la population vivante pour l'offrir comme nourriture aux morts). Une fois encore, Debord ou Girard peuvent être d'un grand secours pour interpréter toutes ces propositions de Romero. Ne voulant pas supporter les insipides posts de l'invisible, je vous laisse faire les rapprochements dans votre petit chez vous.

Cinématographiquement, cela reste redoutable d'efficacité. Romero utilise parfaitement les grands vides, intérieurs ou extérieurs du centre commercial et la minuscule zone dans laquelle tente de survivre les réfugiés, d'abord austère puis, au fil du temps, absurdement munie de tout le confort moderne. La chevauchée des bikers – ces cavaliers de l'apocalypse de la société marchande – est un moment d'action parfaitement maîtrisé et plutôt jouissif. Les quatre acteurs principaux sont épatants. L'amitié entre Roger et Peter, profonde, sincère – ils agissent comme des jumeaux – est très étonnante et assez neuve dans le cinéma américain et a dû faire alors grincer quelques dents. Moins sans doute que la dernière scène du film, consacrant le couple interracial Fran-Peter qui dû paraître totalement scandaleux.

Il y aurait encore beaucoup à dire (racisme, sexisme) car ce film est le plus complexe et le plus abouti, à mon sens, de l'œuvre de Romero.


«La société de l’abondance trouve sa réponse naturelle dans le pillage, mais elle n’était aucunement abondance naturelle et humaine, elle était abondance de marchandises. Et le pillage, qui fait instantanément s’effondrer la marchandise en tant que telle, montre aussi l’ultima ratio de la marchandise : la force, la police et les autres détachements spécialisés qui possèdent dans l’Etat le monopole de la violence armée.»

« Par le vol et le cadeau, ils retrouvent un usage qui, aussitôt, dément la rationalité oppressive de la marchandise, qui fait apparaître ses relations et sa fabrication même comme arbitraires et non nécessaires »
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