Storytelling - Todd Solondz (2001)

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Storytelling - Todd Solondz (2001)

Message par Varg le Sam 16 Mai - 10:13



FICTION
Dans les années 80, un couple d'étudiants participe à une classe d'écriture dirigée par Mr Scott, un auteur Noir lauréat du Pulitzer. Le garçon, handicapé, lit la nouvelle larmoyante inspirée de sa vie et est félicité par les autres participants qui confondent pitié et sens critique, jusqu'à l'avis du professeur qui déclare la nullité de l'ouvrage. Cela induit une crise dans le couple, dont la femme se retrouve à errer dans les bars où elle croise le professeur et le suit dans sa chambre. Elle tire de cette expérience sa nouvelle suivante.

NONFICTION
De nos jours, un documentariste raté qui gagne sa vie en vendant des chaussures entreprend un reportage sur la vie adolescente dans les
suburbs du New Jersey. Il rencontre Scooby, aîné d'une famille juive de la uppermiddle class qui rêve de devenir présentateur à la télé et en fait, avec la famille dysfonctionnelle de celui-ci, le sujet principal de son film.

Dans Happiness, le précédent film de Solondz, on voyait Helen, la romancière à succès imbue d'elle-même se plaindre de n'avoir jamais connu de vrais traumatismes pour donner plus de corps à ses écrits... «Que n'ai-je été violée dans mon adolescence !» se lamentait-elle avant de répondre aux avances de son pervers, harceleur téléphonique. Le premier volet de Storytelling, nommé FICTION, semble prolonger le questionnement entamé alors par Solondz : qu'est-ce qui fait l'intérêt d'une œuvre ? L'expérience ? La réception par le public ? Par deux fois, la sanction de Mr Scott sera implacable. Marcus a beau raconter la sienne, tentant de sublimer médiocrement son handicap via son histoire d'amour avec Vi, il a beau être soutenu – pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la qualité de son travail –, la sanction est immédiate, «c'est de la merde». Quant à Vi, qui se contente de raconter son viol par Scott, elle est totalement rejetée par le public – qui ne souhaite pas entendre(lire) une vérité aussi crue, autant contre-nature – et encore plus par Scott, qui semble dire qu'une seule souffrance/expérience, même la plus traumatique, est totalement insuffisante : «Au moins cette fois-ci votre travail a-t-il un début, un milieu et une fin...»

C'est Catherine, la seule élève à avoir du talent et qui possède un sens critique d'une rare violence parmi ce petit groupe unanime (en bien ou en mal), qui semble porter le regard et les opinions de Solondz sur cette question de la création (qu'il prend soin de ne pas conclure). Ces quinze minutes sont évidemment d'une méchanceté et d'une causticité qui sont la marque de fabrique du cinéaste mais le questionnement qui les accompagne est vraiment passionnant et n'a pas toujours été perçu par les spectateurs.

Le deuxième volet, beaucoup plus long puisqu'il dure 1h15, semble n'avoir aucun rapport avec le premier. Solondz demande d'ailleurs à ne pas tenter de chercher de liens ni de résonnance entre les deux épisodes. Toby Oxman, le documentariste raté (dans le sens où il se voyait faire une carrière de grand vedette à Hollywood lorsqu'il était lycéen – c'est le sens de la première scène où il entre en contact avec une ancienne condisciple qui devait se pâmer devant lui à l'époque et qui a par contre, elle, réussi comme productrice) sera l'avatar de Solondz. C'est par lui que le réalisateur va tenter de répondre à ses détracteurs sur la méchanceté et le cynisme de sa vision du monde.

La famille de Scooby est, comme dans les deux précédents opus, dysfonctionnelle, tarée, normalement monstrueuse (ce que traduit bien l'affiche française du film). Oxman s'en lêche les babines d'aise, filmant avec bonheur la crétinerie de la mère, l'absolutisme aberrant du père, le côté ordinaire bon américain du cadet. Mais le vrai pied se trouve dans le dialogue entre le benjamin de la famille, sorte de petit "génie" d'une douzaine d'années, au discours méprisant et déjà fascisant, et Consuelo, la bonne salvadorienne âgée et épuisée par le travail de toute une vie. Présentant ses rushes à sa productrice, Oxman s'entend reprocher sa méchanceté, cette façon sadique qu'il aurait à ne pas chercher le bon côté des gens, à se repaître de leurs tares. Il tente donc d'infléchir son discours et sa façon de filmer pour saisir l'humanité de ses personnages. La deuxième session avec sa productrice porte ses fruits, elle constate et apprécie cette inflexion qui donne une plus grande crédibilité au reportage mais Oxman insiste désormais pour prendre l'opinion d'un panel. La projection a lieu, à laquelle assiste Scooby sans qu'il y ait été invité, et le public est plié en deux devant le ridicule de ces gens, et le public en redemande.

A l'image des films précédents, on rit évidemment beaucoup en regardant ce segment NONFICTION mais, là, Solondz nous demande de nous interroger sur la nature de notre rire. Pas sûr qu'en répartissant ainsi la charge de la responsabilité entre le créateur et son public, il fasse taire tous ses détracteurs. Mais c'est en se posant la question qu'on rejoint celles sans réponses du premier segment.

Le film comportait un volet intermédiaire d'environ une heure qui fut abandonné à la demande de son acteur principal, qui se rendit compte après l'avoir tourné qu'elle nuirait à son image. Le film dure donc seulement 1h28 au lieu de 2h30. Il trouve son réel intérêt comme prolongement d'au moins l'un des deux précédents et il n'est que méchamment amusant vu seul.
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Varg

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