les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

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les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par edmond Gropl le Sam 25 Avr - 18:18

André Schiffrin, éditeur franco-américain ( éditeur de Chomsky, Bourdieu mais aussi des "Simpsons") a écrit trois livres sur l'édition " l'édition sans éditeurs", "le contrôle de la parole" et "Allers retours". Les deux premiers sont édités à "la Fabrique", "Allers retours" chez Liana Levi. Je n'ai pas lu les deux premiers.

"Allers-retours" sont les mémoires "professionnelles" et "politiques" d'A. Schiffrin.

J'apprend tout d'abord qu'il est le fils de jacques Schiffrin qui fut, avant guerre, "l'inventeur" de la collection la Pléïade. (certains diraient peut-être que si à 50 ans on a pas l'intégrale de la Pléïade, on a raté sa vie). Mais il faut savoir que cette collection emblématique de l'édition française fût donc concéptualisée par Jacques Schiffrin qui travaillait chez Gallimard, était un des deux juifs de la maison et qu'il fût licencié lors le la promulagation des lois juives et qu'il dût son salut à l'aide D'André Gide qui lui fournit l'aide logistique et materielle pour fuir la France (par le réseau Varian Fry) et émigrer vers les états unis.

J'apprends aussi , à travers l'éducation intellectuelle d'un jeune et pauvre émigré dans le N.Y. d'après guerre, beaucoup de choses sur le Maccarthysme, sur le fait que la croisade anticommuniste du sénateur ne touchait pas seulement l'univers intellectuel et les gens de la culture, mais tout le monde du travail américain ( voir par ex. "les grands prêtres de Californie" de Willeford)
Très interessant également l'occultation de la guerre de Corée. Alors que celle du Viet-nam a donné lieu à de nombreuses oeuvres critiques, celle de Corée, fut completement passée sous silence.

Enfin une importante partie sur l'arrivée du néo libéralisme Reaganien dans le monde de la culture ou comment fût imposé aux éditeurs, par le système des concentrations d'entreprises, un taux de rentabilité de 20% alors que la norme était 3%. L'auteur analyse tres bien ce phénomène, mais il s'y attarde certainement plus sur ses autres ouvrages.

Et pour finir, les derniers châpitres sont consacrés à son retour en France où après s'être émerveillé de la vie à la française, il tient un discours très critiques sur le consensus mou de la presse française et sur son peu d'engagement.

Une lecture, certes peu polardeuse, bien qu'il y ait quelques lignes sur Dashiell Hammett, mais très instructive.


Dernière édition par edmond Gropl le Ven 8 Mai - 18:32, édité 1 fois

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Re: les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par txoa le Dim 26 Avr - 15:59

Je trouve admirable que le fils d'un juif chassé par les lois antijuives françaises puisse revenir y vivre surtout s'il a réussi sa vie ailleurs.

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Re: les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par limbes le Ven 8 Mai - 17:48

Les deux premiers livres de Schiffrin parus à La fabrique sont passionnants (on peut les lire comme des polars). Dans L’édition sans éditeurs, il retrace le parcours de la maison d’édition fondée par son père (Jacques et pas Pierre, je crois) après son exil aux Etats-Unis, Pantheon books, et notamment les effets ravageurs du rachat par de grands groupes du divertissement. Ce qui m’a frappé, c’est :
- le fait qu’une petite maison d’édition a parfois interêt à rester « petite », car elle est parfois déséquilibrée et conduite à se vendre ou s’allier en cas de gros succès commercial (c’est ce qui s’est passé pour Pantheon books, qui publie à la fin des an.50 un ouvrage plutôt exigeant qui aurait dû rester plutôt confidentiel, a priori, à 4000 ex comme d’habitude… Mais l’auteur obtient le Nobel, les commandes affluent… C’était Le docteur Jivago de Pasternak, plus d’un million d’ex vendus en version reliée, 5 millions en poche). PB est racheté par Random House, qui sera lui-même racheté par la SI Newhouse;
- le fait également que c’est la politique ultra-commerciale de Newhouse (et non l’exigence intellectuelle que revendiquait PB) qui va les mener dans le mur (ils vont se faire racheter dans les an. 90), notamment par les énormes à-valoir versés à des auteurs de bests-sellers (suivez mon regard), une pression pour une rentabilité à deux chiffres mais titre par titre, des dépenses énormes de promotion, la disparition de certains domaines, etc.

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Re: les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par edmond Gropl le Ven 8 Mai - 18:31

limbes a écrit:(Jacques et pas Pierre, je crois) .

Ah oui, exact. je corrige.

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Re: les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par Manuel le Ven 8 Mai - 19:09

limbes a écrit:
- le fait qu’une petite maison d’édition a parfois interêt à rester « petite », car elle est parfois déséquilibrée et conduite à se vendre ou s’allier en cas de gros succès commercial
Alors, là, ça ne m'étonne pas, car c'est le même phénomène qu'on retrouve dans le cinéma américain. Par exemple, dans les années 30 et 40, il y avait le petit studio RKO qui faisait des choses formidables, originales et risquées : Orson Welles, Jacques Tourneur, Robert Mitchum, Robert Ryan, Kirk Douglas. Dans les années 50, il fut absorbé par la puissante MGM et n'a plus produit que des séries B sans intérêt.

D'une façon générale, dès qu'un petit studio est absorbé par un grand, il perd sa capacité de création. C'est pourquoi Clint Eastwood est toujours resté indépendant : s'il s'était vendu à un grand studio, il n'aurait pas fait la longue carrière que nous connaissons.

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Re: les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par Varg le Ven 8 Mai - 20:03

Manuel a écrit:Alors, là, ça ne m'étonne pas, car c'est le même phénomène qu'on retrouve dans le cinéma américain. Par exemple, dans les années 30 et 40, il y avait le petit studio RKO qui faisait des choses formidables, originales et risquées : Orson Welles, Jacques Tourneur, Robert Mitchum, Robert Ryan, Kirk Douglas. Dans les années 50, il fut absorbé par la puissante MGM et n'a plus produit que des séries B sans intérêt.

RKO n'était pas un petit studio, c'était le premier des indépendants. Dans les années 30, RKO c'est l'âge d'or de la comédie musicale puisqu'ils ont sous contrat Astaire et Rogers et qu'il dame le pion à la MGM tout en tenant tête aux frères Warner. Dans les années 40, la RKO se spécialise effectivement dans le noir et le drame horrifique et stratégiquement choisissent de produire beaucoup de films à petit budget, ce que l'on appelera les séries B, parce qu'ils étaient beaucoup plus profitables. Mais c'est le format plus que le studio qui fera que ces films auront un intérêt artistique majeur par la suite, les réalisateurs et les directeurs de la photo ayant là des coudées plus franches que dans des séries A qui coûtaient le triple ou le quadruple. Le studio continuera quand même à faire de la série A (les deux premiers grands Welles, Citizen Kane, La splendeur des Ambersons, Kitty Foyle qui permettra à Ginger Rogers de décrocher son Oscar, des Hitch, etc.)

RKO est racheté à la fin des années 40 par Howard Hugues, qui se mêlait souvent de tout comme producteur. Le film The Racket avec Ryan et Mitchum a été proprement massacré par l'Aviateur qui a utilisé six ou sept directeurs sur le tournage et usé autant de monteurs. Le studio est rattaché ensuite (fin des années 50) à Desilu puis, fin des années 60, il est définitivement absorbé par Paramount.

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Re: les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par Manuel le Sam 9 Mai - 0:04

Ah oui, la Paramount et non la MGM. Autant pour moi.

Quand je disais "petit studio", c'était évidemment par rapport à ses puissants concurrents. Un film de la RKO dépassait rarement 200 000$. Presque tous les films de la MGM ou de la Warner dépassaient 500 000$. C'est miraculeux que la RKO ait pu lutter aussi longtemps avec un tel déséquilibre.

Rappelons que Fred Astaire et Ginger Rogers étaient quasiment inconnus quand ils signèrent à la RKO. Rappelons aussi que les films de Welles étaient presque toujours des échecs financiers. La RKO devait toujours se battre avec des armes inférieures à celles des concurrents.

Et elle eut le mérite de relancer la carrière de John Ford après la guerre, avec Le Massacre de Fort Apache. Et de révéler Robert Wise. Mais il y aurait tant à dire...

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Re: les livres d'André Schiffrin. "allers retours"

Message par Varg le Sam 9 Mai - 0:25

Manuel a écrit:Rappelons que Fred Astaire et Ginger Rogers étaient quasiment inconnus quand ils signèrent à la RKO.
Fred était au contraire une très grande vedette de Broadway et Ginger avait été remarquée dans les neuf films tournés par elle en 1933, dont bien sûr le Flying down to Rio où ils étaient en supporting role tous les deux. Mais dès 1934, avec The Gay Divorcee, ce sont d'immenses vedettes.

En fait beaucoup des comédiens qui "signaient" depuis 1928-29 (généralisation du parlant) étaient des inconnus au cinéma. Et comme le musical venait juste de renaître de ses cendres avec les trois films majeurs de la Warner, c'est aussi une des raisons pour laquelle Astaire ne fut contacté qu'en 33.

Rappelons enfin l'anecdote du recruteur de la RKO devant qui Fred Astaire avait fait un essai : « Ne sait pas chanter, ne sait pas danser, peut à peine jouer la comédie...»

Manuel a écrit:Rappelons aussi que les films de Welles étaient presque toujours des échecs financiers.
En fait, il n'en a tourné que deux ou trois pour la RKO et je ne crois pas que Citizen Kane n'ait pas rapporté d'argent, surtout qu'il bénéficia de l'effet Hearst et aussi du prestige des nominations à l'Oscar (puisqu'il n'obtint rien ou presque comme breloque).

Citizen Kane a coûté USD 686,033 à produire. On ne connait pas les sommes qu'il rapporta dans sa première exploitation en 1941. On connait par contre les sommes rapportées lors de sa re-sortie en 1991 aux USA : USD 1,585,634.
The Magnificent Ambersons, deuxième Welles à la RKO, a coûté USD 850,000

Manuel a écrit:La RKO devait toujours se battre avec des armes inférieures à celles des concurrents.
Je ne le conteste pas puisque l'une de ses armes était, comme je l'ai signalé initialement, la production de films à petits budget.

Manuel a écrit:Et elle eut le mérite de relancer la carrière de John Ford après la guerre, avec Le Massacre de Fort Apache. Et de révéler Robert Wise. Mais il y aurait tant à dire...
Absolument...

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