Jérôme - Jean-Pierre Martinet

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Jérôme - Jean-Pierre Martinet

Message par limbes le Ven 27 Mar - 23:39

"Jérôme a été achevé d'imprimer en août deux mille huit sur les presses de Lussaud à Fontenay-le-Comte (85), trente ans après sa première apparition. Rendez-vous dans trente ans pour la prochaine."

Comment parler de ce bouquin ?...

D’abord peut-être remercier les éditions Finitude qui l’ont fait ressortir du néant (1ère édition aux éditions du Sagittaire en 1978, flop intégral).
Puis dire que si un livre a bien sa place dans un bazar noir, c’est celui-là.
Ce serait comme une sorte de torrent boueux qui nous entraînerait dans une ville qui serait Paris mais ce n’est pas certain, une ville qui dérive vers Saint- Pétersbourg, de cafés sordides en passages tortueux, dans la tête d’un type, Jérôme Bauche.

Il pourrait ressembler à ça:

(Ron Mueck, 2000)

Au milieu de ça:

(Jérôme Bosch, Le portement de croix avec Sainte-Véronique, détail)

449 pages presque en apnée, si ce n’est la brève respiration permise à chaque changement de chapitre (17, version finale). Parce que le reste, sous l’apparence du bloc compact de l’écriture (presque aucun saut à la ligne, aucune aération salvatrice), ce sont les méandres, les peurs, les obsessions, les frénésies de ce type pachydermique, Jérôme, entremêlés aux voix des gens qu’ils croisent. L’immersion dans la ville est plus qu’un écho à l’intrusion dans ses pensées, elle en est presque la traduction géographique, comme si se dépliait sous nos yeux non seulement des rues, des antres sordides, des rails dans le brouillard, mais son cerveau dans ses moindres replis et impasses, son corps, ses tripes.
C’est l’histoire, le cri, la quête, la haine et le désespoir d’un humilié, d’un honteux, d’un type peut-être trop vivant pour les déjà morts, ou déjà mort pour les vivants.

Alors soit on le déteste, Jérôme, c’est vrai qu’il est dégueulasse, répugnant, il pousse sa mère dans les escaliers, il cloue les pieds de Monsieur Cloret, il tue, il croit que la terre entière lui en veut, il a peur de son ombre, il soudoie des toutes jeunes filles pour pouvoir les toucher, soit ce qu’on voit à travers lui, c’est une sorte de prisme radical sur un monde dans lequel il est parfois impossible de vivre.

C’est noir parce qu’il n’y a aucun espoir, aucun salut, aucune rédemption possible car ce serait le monde tout entier qu’il faudrait changer. La souffrance ne sert à rien, on n’apprend rien, on jouit pour rien, on râle pour rien.

Dans un auto-portrait, Jean-Pierre Martinet (1944-1993) disait de lui : « Parti de rien, Martinet a accompli une trajectoire exemplaire : il n’est arrivé nulle part. »

Absolument formidable
(1. qui inspire une grande crainte
2. dont la taille, la force, la puissance est très grande
3. épatant, extra, fabuleux, fantastique, fumant, etc. cf.Le petit Robert).

limbes

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Re: Jérôme - Jean-Pierre Martinet

Message par novi le Ven 27 Mar - 23:59

Pour une fois n'étant pas coutume : je m'en vais saluer bas un éditeur pour cette résurrection d'un ouvrage et donc cet hommage posthume à un auteur tombé probablement au champ d'honneur de l'écriture...

novi

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