Martyrs - Pascal Laugier (2008)

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Martyrs - Pascal Laugier (2008)

Message par stalker le Jeu 26 Mar - 6:44

France, début des années 70.
Lucie, une petite fille de dix ans, disparue quelques mois plus tôt, est retrouvée errant sur la route. Son corps maltraité ne porte aucune trace d'agression sexuelle. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses.
Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d'amitié avec Anna, une fille de son âge.
Quinze ans passent
.



C’est le deuxième long métrage de Pascal Laugier, après Saint-Ange, réalisé en 2004.
Engagé dans le film de genre, le jeune réalisateur évite de peu l’interdiction aux moins de 18 ans à la sortie de Martyrs. On peut aisément comprendre pourquoi quand on l’a vu et on a envie de savoir quand on ne l’a pas encore vu.

Ce film laisse un étrange sentiment, paradoxal, ou plutôt confus. Tout ça pour ça, peut-on se dire à la fin, et, en même temps, une ombre demeure. Tout ça pour quoi, exactement ? Pour cette réponse qu’on nous livre à la fin, oui, d’accord, mais encore ? Car la réponse ne suffit pas ; elle ne fait pas le poids. Disons qu’elle ne justifie pas toute cette histoire, cette succession de scènes violentes, cette abondance de corps meurtris et de sang.

La tension s’installe de façon efficace et elle est accentuée à chaque minute, dès la deuxième, d’abord par l’effet produit par la caméra à l’épaule qui colle aux personnages en détresse, puis par un bouleversement de la méthode qui nous expédie des séquences fixes, mais toujours sur le même principe de plans coupés, rapides, expéditifs, qui font qu’on a peu de temps pour souffler. Et on ne souffle pas vraiment. Ça fonctionne, dans le genre.

Les derniers plans, qui s’enchaînent très vite, en huis-clos, évoquent Old boy. Un peu trop, à mon sens, même si la référence vaut son pesant d’or. On a envie de revoir le film. On y pense très fort. Je parle de Old boy ; pas de Martyrs. Bien qu’il soit encore un peu tôt pour dire que je ne souhaite pas revoir Martyrs. Enfin, tout de même, à la sortie de Old boy, je sentais bien qu’il faudrait que je le revois.

Le scénario, sa fin, semble nous fournir des raisons d’accorder une importance historique à son contenu. Mais ça ne prend pas. Toute cette violence pour une poignée d’arguments concentrés sur une minute trente, non. Il aurait sans doute fallu épargner au film vingt minutes d’hémoglobine, au bénéfice de dix d’argumentation. Au moins. Ou réaliser un moyen métrage. Là, on nous déverse de la violence pour de la violence, de la frayeur pour de la frayeur. Même si la photographie tient la route (beaucoup de films médiocres se fardent ces derniers temps d’une bonne photographie, cela dit), ça ne fait pas tout. Et la caméra turbulente, tout comme les plans fixes à la fin, ne compense pas la médiocrité des interprétations. Il n’y a quasiment pas de jeu d’acteurs, mais simplement une caméra excitée qui poursuit des acteurs et un bruitage qui colmate du début à la fin les défaillances.

Un seul point positif me reste en mémoire : le rapport que le film peut nous pousser à entretenir avec les corps en scène. Il est malsain, mais ce n’est pas un hasard. On peut se demander si la censure a davantage visé le sang et les hurlements que la manière de traiter les corps. Le tout dernier, en l’occurrence, mais pas seulement. Trois corps apparaissent distinctement dans le film et organisent un jeu dangereux qui peut pousser le spectateur à éprouver simultanément de la répugnance et de l’attirance pour les martyrs.
Il se peut que le réalisateur nous ait attendu là, sur cette ligne rouge tendue et inadmissible.
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