L'état de l'édition et de la critique

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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 5:04

Varg a écrit:
edmond Gropl a écrit:
Pour une fois, je suis entièrement d'accord et c'est vrai que très peu de polars français s'emparent de ce qu'il se passe vraiment en France, de la misère qui s'installe et de toutes les marginalités.

1) Alors là, je suis entièrement d'accord sur le fait qu'il serait indécent que quelqu'un d'autre ne vivant pas cela puisse en parler... Mais il n'est pas sûr que quelqu'un vivant cela sache en parler...

2) Je ne suis pas sûr non plus que la fiction soit le moyen idéal, non pour montrer - mais peut-être le documentaire, un journalisme honnête sont-ils des moyens plus adaptés ? - mais pour faire comprendre, mobiliser et faire passer à l'action. Dès lors, l'intérêt du 1) est peut-être marginal.

3) Au début des années 80, K.C. Constantine avait dit : Pour dire la vérité dans ce pays, il faut écrire de la fiction.... Il n'empêche qu'il rendait compte de la mort d'un bassin ouvrier amerlocain - la Pennsylvanie - et c'était donc une littérature d'engagement, sans être entraîné à décrire la réalité, ou alors une réalité transfigurée de tous les instants et de tous les pays, visant à l'universel et à l'a-temporel. C'est cela pour moi écrire...

Points 1 et 3 : Il me semble que l'universel et l'a-temporel sont assez opposés à la nécessité que tu sembles (que vous semblez) ressentir à exprimer ce qui se passe ici et maintenant (la misère qui s'installe et toutes les marginalités). Je pense que cette notion et cette quête d'universel tendraient plutôt vers une indifférence ou une insensibilité à l'égard de ce qui peut se passer ici et maintenant, au bénéfice d'éléments durables.
Et je pense que le fait de s'en tenir éloigné (au sens insensible, ou détaché) permet de mieux le saisir, à défaut de le subir et de s'imaginer que c'est une question fondamentale. Il y a toujours eu de la misère et de la marginalité, et plus nous serons nombreux, plus il y en aura. Proportionnellement.

Sur le point 2, je suis assez d'accord avec vous. La fiction est certainement en mesure de montrer, voire de démontrer, mais ne constitue probablement pas un moyen ou un prétexte suffisant pour "passer à l'action". Il n'y a qu'à lire ce qui s'écrit (ici et là) pour le vérifier. La fiction n'est qu'un divertissement capable d'éloigner pour un temps de ce qui se passe autour de nous, la plupart du temps. C'est une réalité déformée ou formatée afin de satisfaire une audience. J'ai dû entendre deux fois dans ma vie quelqu'un me dire qu'une oeuvre de fiction l'avait incité à agir, ou ne serait-ce que réagir - à modifier un tant soit peu l'orientation de certaines de ses pensées, de ses opinions, de ses choix, de ses gestes. Il n'y a que les fous qui se fient à la fiction pour s'articuler un mode de vie, et prendre conscience que la vie est trop courte pour s'en priver.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Sam 21 Mar - 8:54

stalker a écrit:Points 1 et 3 : Il me semble que l'universel et l'a-temporel sont assez opposés à la nécessité que tu sembles (que vous semblez) ressentir à exprimer ce qui se passe ici et maintenant (la misère qui s'installe et toutes les marginalités). Je pense que cette notion et cette quête d'universel tendraient plutôt vers une indifférence ou une insensibilité à l'égard de ce qui peut se passer ici et maintenant, au bénéfice d'éléments durables. Et je pense que le fait de s'en tenir éloigné (au sens insensible, ou détaché) permet de mieux le saisir, à défaut de le subir et de s'imaginer que c'est une question fondamentale. Il y a toujours eu de la misère et de la marginalité, et plus nous serons nombreux, plus il y en aura. Proportionnellement.

Je n'exprimais pas la nécessité de ce témoignage fictionnel du ici et maintenant. Je disais que, s'il devait l'être, il serait indécent qu'il le soit par d'autres que ceux qui le vivent mais que cela ne ferait pas forcément un bon livre (et à destination de qui surtout ?).

Et, c'était le sens de mes trois points, je ne lis pas de la fiction pour sa valeur testimoniale sur le réel qui me semble particulièrement faible. Il y a d'autres types de livres pour cela et puis la vue, l'écoute et la parole du réel valent tous les filtres fictionnels.

Sinon, je suis d'accord avec le reste de ton intervention qui dit être d'accord avec mon intervention. :-)
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par novi le Sam 21 Mar - 11:53

K.C. Constantine avait dit : Pour dire la vérité dans ce pays, il faut écrire de la fiction....

Absolument à mon sens. C'est même dans l'absolu justement, d'écrire des documentaires ou des ouvrages autobiographiques qui n'a plus de sens lorsque la réalité dépasse la fiction.

D'une part pragmatiquement, écrire de la bio-doc ( ce qui vient d'arriver à Rousseau , l'ex-legionnaire et son livre sur Kolwezi ), c'est tendre des batons pour se faire battre vu qu'il sera facile aux détracteurs dérangés par ces vérités, de hurler tel des hyénes à la mythomanie - l'accusation qui permet de noyer tous les poissons.

D'avoir ferrailler politiquement sur des forums avant d'écrire véritablement m'a permis de bien comprendre, assimiler les enjeux des effets de meutes, la pensée formatée et ses effets directs.

D'autre part, précisément en ce moment d'hystérie sécuritaire, parlez de délinquance autrement qu'en tant que délinquance, mais en fouillant les ressorts qui l'anime dans sa dimension sociale, ne peut amener si le filtre de la fiction justement n'est pas là en garde-fou - à tendre les batons quant à l'apologie de la délinquance ( d'où interdiction de biblio-nationale, vérrouillage des éditeurs et auto-censure des médias ).

La fiction n'est qu'un divertissement capable d'éloigner pour un temps de ce qui se passe autour de nous, la plupart du temps. C'est une réalité déformée ou formatée afin de satisfaire une audience. J'ai dû entendre deux fois dans ma vie quelqu'un me dire qu'une oeuvre de fiction l'avait incité à agir, ou ne serait-ce que réagir - à modifier un tant soit peu l'orientati

On touche du doigt avec cette reflexion, une sorte de Graal !

Qui m'améne immédiatement à penser au film de Loach ""It's a free world", qui n'est pas la premiére fiction engagée de ce cinéaste, mais celle ou le niveau d'aboutissement Graaalique est magistral. ( La Zona : même prétention, mais par son aspect trop fictionnel dans l'intemporalité des lieux et des personnages, y arrive moins ).
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par edmond Gropl le Sam 21 Mar - 11:56

Gardez à l'esprit quand même que plus un texte est impliqué dans le réel, plus il sera possible qu'il le transcende.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par novi le Sam 21 Mar - 12:12

edmond Gropl a écrit:Gardez à l'esprit quand même que plus un texte est impliqué dans le réel, plus il sera possible qu'il le transcende.

Magistral !

PS: pourquoi ai-je argumenté sur deux paragraphes, moi ! Quand Edmond transcende le probléme en une phrase......
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Sam 21 Mar - 14:37

edmond Gropl a écrit:Gardez à l'esprit quand même que plus un texte est impliqué dans le réel, plus il sera possible qu'il le transcende.

Oui, mais il y a un glissement sémantique ici dont je suis en partie responsable. Novi parlait de livres branchés sur l'actualité et nous en sommes maintenant à parler de textes impliqués dans le réel.

novi a écrit:D'une part pragmatiquement, écrire de la bio-doc ( ce qui vient d'arriver à Rousseau , l'ex-legionnaire et son livre sur Kolwezi ), c'est tendre des batons pour se faire battre vu qu'il sera facile aux détracteurs dérangés par ces vérités, de hurler tel des hyénes à la mythomanie - l'accusation qui permet de noyer tous les poissons.

Phrase qui me semble totalement bio-doc parce que c'est de cela que l'on semble t'accuser dans tous les fora où tu passes. L'accusation permettant de noyer tous les poissons actuellement est plutôt celle d'antisémitisme.

novi a écrit:D'avoir ferrailler politiquement sur des forums avant d'écrire véritablement m'a permis de bien comprendre, assimiler les enjeux des effets de meutes, la pensée formatée et ses effets directs.
On ne ferraille pas "politiquement" sur des fora, on débat à distance et sans conséquences de choses et d'autres. Disons différemment que le combat politique ne se situe pas chez Madame Monolecte ou à lire régulièrement les communiqués EZLN.

novi a écrit:D'autre part, précisément en ce moment d'hystérie sécuritaire, parlez de délinquance autrement qu'en tant que délinquance, mais en fouillant les ressorts qui l'anime dans sa dimension sociale, ne peut amener si le filtre de la fiction justement n'est pas là en garde-fou - à tendre les batons quant à l'apologie de la délinquance ( d'où interdiction de biblio-nationale, vérrouillage des éditeurs et auto-censure des médias ).
Il existe évidemment des ouvrages qui permettent d'aborder la délinquance dans sa dimension sociale - ils existaient du temps de mes études y'a pas de raison qu'on ait cessé d'en publier - mais ils ne sont pas dans le champ fictionnel (ni sur les étagères des romans chez le libraire) et ne traitent pas forcément de la seule délinquance. Ils ne sont pas mis sous clé dans les bibliothèques publiques, on peut donc les emprunter sans voir débarquer la force publique et ils mènent, la plupart du temps, vers d'autres livres tout aussi explosifs dans leur contenu.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 17:47

Varg a écrit:(...)
L'accusation permettant de noyer tous les poissons actuellement est plutôt celle d'antisémitisme.
(...)

D'accord sur ce point.
Et le phénomène se retrouve dans toutes les couches sociales.
Mais le phénomène se décline de multiples façons. Si tu as le malheur, dans un ensemble de propos, d'émettre une idée qui va contre les idées reçues, et je dirais la morale des idées, c'est tout ton discours qui se trouve condamné, quel qu'en soit le contenu, juste à cause d'une idée dérangeante. Je ne vais pas citer d'exemples, on en connait tous suffisamment.

Le simple fait d'avoir des idées, ou de pousser une pensée, de l'explorer, de la développer pour vérifier jusqu'où sa source nous mène, implique forcément des propos qui vont sortir du champ admissible. C'est une évidence. C'est le doute qui s'active et se pose sur tout ce qu'on rencontre dans notre cheminement, sans exception.
Si on devait s'arrêter dès qu'une pensée dérangeante se présente à nous dans notre réflexion, on tournerait en rond dans un enclos délimité par d'autres ; on ne remuerait que des idées tièdes, refroidies, inutiles.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 18:01

novi a écrit:J'ai eu un peu de peine à suivre ce colloque, trés confus à mon sens et d"'ou l'on sent mal les vrais enjeux, les vrais non-dits.....


Je n'ai pas trouvé du tout confus ce débat.
L'un des enjeux qui ressort, à mon sens, est le doute posé sur la démocratisation de la culture, ainsi que la simplification de la littérature, conjuguées au fait que sur la toile virtuelle, tous les avis semblent se valoir, ou devoir se valoir, quelles que soient les compétences et l'expérience de ceux qui les émettent.

Enfin, je vais lire la suite de vos posts...
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Sam 21 Mar - 18:24

stalker a écrit:Et le phénomène se retrouve dans toutes les couches sociales. Mais le phénomène se décline de multiples façons. Si tu as le malheur, dans un ensemble de propos, d'émettre une idée qui va contre les idées reçues, et je dirais la morale des idées, c'est tout ton discours qui se trouve condamné, quel qu'en soit le contenu, juste à cause d'une idée dérangeante.
Je suis d'accord bien que je reste persuadé que l'on ne peut avoir, à présent, une seule idée dérangeante dans un océan d'idées acceptées. La violence qui nous est faite et à ce monde oblige quand même à réactiver le vieux slogan " Choisis ton camp camarade ! " et l'idée dérangeante alors n'est jamais orpheline.

stalker a écrit:Le simple fait d'avoir des idées, ou de pousser une pensée, de l'explorer, de la développer pour vérifier jusqu'où sa source nous mène, implique forcément des propos qui vont sortir du champ admissible. C'est une évidence. C'est le doute qui s'active et se pose sur tout ce qu'on rencontre dans notre cheminement, sans exception.
Enfin, cela reste quand même possible de formuler du différent dans le domaine des idées.
Il y a encore - accessibles - des auteurs dérangeant le grand flot des idées reçues.
Il est toujours possible de dénoncer la médiocrité ou l'eau tiède des idées établies.
Nous disposons toujours de capacités d'évitement et de dissimulation pour entretenir ce feu, non ?
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 18:29

Varg a écrit:
(...)
Ce qui énerve les "critiques officiels" c'est évidemment qu'on puisse mettre au même niveau leur parole et celles d'anonymes - c'est-à-dire là encore rogner sur les différences - alors que, pour les maisons d'édition, ce n'est que du business.

Partons du fait que ce n'est que du business, de façon plus ou moins affichée, selon les éditeurs et les genres.
Ce qui me semble se faire rare aujourd'hui, c'est l'espèce d'éditeur capable de prendre un risque (financièrement parlant) en éditant un livre à perte, pour la seule raison qu'il estime nécessaire de l'éditer ; pour son contenu littéraire et critique, et non pour les ventes qu'il promet ou ne promet pas.

J'espère que les critiques officiels ne sont pas les seuls à être énervés par ce nivellement dont il est question. Des exemples sont cités, qui prêtent à rire sur l'instant, mais qui révèlent les raisons de l'énervement : trois pépètes (ou 300) s'expriment sur un film en disant qu'elles l'ont trouvé trop trop cool ou trop trop sympa ; tandis qu'un critique, à l'opposé, va écrire un article de 15000 caractères au sujet de ce même film, précisément pour en souligner le sens, en terme de contenu ou de forme filmique ; pointer le rapport étroit, ou lointain, que ce film entretient avec un aspect de notre époque, avec des questions importantes qu'il pose, etc.

On va me répondre que c'est élitiste et que chacun a bien le droit de dire ce qu'il pense.
D'accord, mais allons au bout dans ce cas-là : acceptons que la soi-disant élite puisse estimer déplorable ce phénomène de démocratisation de la culture, de nivellement vers le bas, et qu'elle précise une chose : il y a des personnes qui ont accompli des recherches pendant des années sur un sujet, dans un domaine particulier, dont il ressort donc une certaine connaissance et faculté d'analyse.
Ce travail, par cette mise à égalité des avis, se retrouve anéanti, d'une certaine manière, ou nié. La plupart du temps, on trouvera même que ces personnes qui ont travaillé avec passion et acharnement, et qui semblent en savoir plus que le premier lecteur anonyme, sont prétentieuses.

A un moment donné, l'éditeur sollicité indique que son activité n'est pas un métier, mais un mode de vie. C'est toute la différence avec un anonyme qui considère un film ou un bouquin comme objet de divertissement, qu'il va trouver le moyen de dire qu'il est trop trop sympa, ou nul (la plupart du temps parce qu'il ne l'aura pas compris). Idem pour la position du critique dans ce débat.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 18:34

Varg a écrit:La violence qui nous est faite et à ce monde oblige quand même à réactiver le vieux slogan " Choisis ton camp camarade ! " et l'idée dérangeante alors n'est jamais orpheline.

Un camp ? Quel camp ?
Le domaine des idées dont je parle ne devrait pas intégrer la notion de camp. Les camps rendent borgnes, à partir du moment où la moindre idée en provenance du camp opposé est refusée, quelle qu'en soit la consistance et la pertinence. C'est réducteur. C'est des barrières qu'on impose aux idées dès le départ. Tout ceci fausse la réflexion. Si on veut aller au bout, mieux vaut oublier la notion de camp, ou de parti. Des idées pertinentes, il y en a dans tous les camps.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Sam 21 Mar - 19:16

stalker a écrit:Partons du fait que ce n'est que du business, de façon plus ou moins affichée, selon les éditeurs et les genres.
Ce qui me semble se faire rare aujourd'hui, c'est l'espèce d'éditeur capable de prendre un risque (financièrement parlant) en éditant un livre à perte, pour la seule raison qu'il estime nécessaire de l'éditer ; pour son contenu littéraire et critique, et non pour les ventes qu'il promet ou ne promet pas.
Nous sommes d'accord (rappelons toutefois que Minuit et Jérôme Lindon purent avoir l'une des plus belles politiques éditoriales de la seconde partie du siècle dernier uniquement parce que Beckett mettait du beurre dans les épinards).

stalker a écrit:J'espère que les critiques officiels ne sont pas les seuls à être énervés par ce nivellement dont il est question. Des exemples sont cités, qui prêtent à rire sur l'instant, mais qui révèlent les raisons de l'énervement : trois pépètes (ou 300) s'expriment sur un film en disant qu'elles l'ont trouvé trop trop cool ou trop trop sympa ; tandis qu'un critique, à l'opposé, va écrire un article de 15000 caractères au sujet de ce même film, précisément pour en souligner le sens, en terme de contenu ou de forme filmique ; pointer le rapport étroit, ou lointain, que ce film entretient avec un aspect de notre époque, avec des questions importantes qu'il pose, etc.

Ce que tu oublies de rappeler c'est la démission de la critique dont parle Naulleau, qui ne ferait plus que de la promotion. Donc elle-même, cette critique "officielle" a délaissé son rôle de médiateur pour celui, très complaisant, de passeur de dossier de presse. Pas tous mais beaucoup (peut-être pour ne pas être le vilain petit canard et continuer de recevoir les livres, être invité aux cocktails, au restaurant, etc.). A ce stade là, pour un éditeur, le critique officiel ou la pépette de ton exemple, qui tous les deux recopient servilement la quatrième de couverture, c'est du kif.

Ces critiques démissionnaires sont les premiers visés par Naulleau mais aussitôt pour dire - "moi, je ne suis pas comme eux, il n'est donc pas juste que je sois mis dans le même panier et que je sois victime de ce nivellement" ce qui le fait percevoir comme quelqu'un défendant ses privilèges alors que je crois qu'il a parfaitement raison s'agissant de la nécessaire transcendance du critique (ce que tu dis plus loin dans ton post rappelant les années de recherche ou de savoir-dire). Maintenant, cette transcendance doit pouvoir dire d'où elle vient et être remise en cause à chaque instant, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Concernant la médiocrité de cette critique démocratique sur le web, je ne peux que m'affliger aussi.

C'est vrai, il y a encore des critiques qui font leur travail (en ce qui concerne la critique filmique, je ne vais pas insister dans ce fuseau parce que je voudrais ouvrir un nouveau front sur une quête de sens qui m'a passionné suite à la sortie de Gran Torino - le film étant moins intéressant que la polémique sur le rôle du critique de film qui a suivi dans la blogosphère) avec des textes de 15000 signes mais c'est pas très web 2.0 ça coco. Ce n'est même pas très Le point ou L'express et de tels textes, cela concerne une minorité de personnes, dans des revues ou des sites spécialisés.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 19:19

Varg a écrit:
edmond Gropl a écrit:Gardez à l'esprit quand même que plus un texte est impliqué dans le réel, plus il sera possible qu'il le transcende.

Oui, mais il y a un glissement sémantique ici dont je suis en partie responsable. Novi parlait de livres branchés sur l'actualité et nous en sommes maintenant à parler de textes impliqués dans le réel.

C'est une vieille histoire, ce glissement entre actualité et réalité...
Ce qui est réel (je n'ai pas dit "vrai") figure-t-il dans l'actualité ?
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Sam 21 Mar - 19:24

stalker a écrit:Un camp ? Quel camp ? Le domaine des idées dont je parle ne devrait pas intégrer la notion de camp.

Je ne crois pas plus à l'idée pure de toute attache qu'à la neutralité de la science.

stalker a écrit:Les camps rendent borgnes, à partir du moment où la moindre idée en provenance du camp opposé est refusée, quelle qu'en soit la consistance et la pertinence. C'est réducteur. C'est des barrières qu'on impose aux idées dès le départ. Tout ceci fausse la réflexion. Si on veut aller au bout, mieux vaut oublier la notion de camp, ou de parti. Des idées pertinentes, il y en a dans tous les camps.
Savoir que les camps rendent borgnes est important et cela n'implique bien évidemment pas que tu refuses ce qui vient d'en face, puisqu'il te reste un oeil, celui de la sagacité, pour procéder à son analyse ;-)

Ce qui fausse la réflexion, c'est de ne pas tenir compte de la réduction que l'on fait de son champ d'étude pour pouvoir l'intégrer dans cette réflexion. Parce que sauf à être omniscient, nul humain ne peut appréhender tout le champ des possibles et il impose forcément des barrières au déploiement de sa compréhension. C'est le B.A. BA de la recherche, le plus dur étant effectivement ensuite de faire évoluer cette position ou de se sortir de son provisoire acquis.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Sam 21 Mar - 19:26

stalker a écrit:C'est une vieille histoire, ce glissement entre actualité et réalité...
Ce qui est réel (je n'ai pas dit "vrai") figure-t-il dans l'actualité ?
Prolégomènes : Qu'est ce que l'actualité ?






Nous ne sommes pas couchés...
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 19:31

Varg a écrit:

Ce que tu oublies de rappeler c'est la démission de la critique dont parle Naulleau, qui ne ferait plus que de la promotion. Donc elle-même, cette critique "officielle" a délaissé son rôle de médiateur pour celui, très complaisant, de passeur de dossier de presse. Pas tous mais beaucoup (peut-être pour ne pas être le vilain petit canard et continuer de recevoir les livres, être invité aux cocktails, au restaurant, etc.). A ce stade là, pour un éditeur, le critique officiel ou la pépette de ton exemple, qui tous les deux recopient servilement la quatrième de couverture, c'est du kif.

Dans ce sens-là, oui, c'est du kif.
(l'exemple de la pépette provient de la table ronde).

Peu de différences entre un journaliste qui fait du copié-collé et du lèche-cul, et un pseudo-critique du web qui consacre 80% de son texte à dérouler un synopsis à sa sauce, et les 20 autres % à employer des formules passe-partout, de type : intrigue bien ficelée, personnages bien fouillés, chute bien menée, etc.

C'est la petite nuance indiquée au cours de la table ronde, entre "livre" et "littérature".


Dernière édition par stalker le Sam 21 Mar - 19:44, édité 1 fois
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 19:43

Varg a écrit:

Je ne crois pas plus à l'idée pure de toute attache qu'à la neutralité de la science.

Je n'entendais pas "idée pure" dans mon post, mais plutôt : savoir emprunter les idées de toutes provenances.

Bien entendu, nul n'est à même d'appréhender tout le champ des possibles (suite de ton post). Si on s'aventure sur cette voie de la réflexion, de la critique, de la création, on est toujours dans une part de connaissance, mais surtout dans une grande part d'ignorance. D'où la quête sans fin.

Le tout consiste à savoir admettre qu'on ignore, mais aussi à reconnaître que d'autres savent parfois mieux que nous. Et ce phénomène de nivellement condamne ceci, d'une certaine façon. On a tout à y perdre.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Sam 21 Mar - 19:45

Non, on n'est pas couché...
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par novi le Sam 21 Mar - 20:53

On ne ferraille pas "politiquement" sur des fora, on débat à distance et sans conséquences de choses et d'autres. Disons différemment que le combat politique ne se situe pas chez Madame Monolecte ou à lire régulièrement les communiqués EZLN.

Sic, juste une précision vu qu'il est bien évident que dès que l'on parle de gens que l'on ne connait pas physiquement, l'on peut se tromper.

Mdame Monolecte existe dans la vraie vie , si si ! Je l'ai même rencontré en compagnie d'Etienne Chouard et de Mona Cholet et devinez où ? Et bien au congrés sur l'internet de Nantes ( un vrai débat avec de vrais micros et de vrais gens ).

Elle milite donc réellement à des tas de niveaux dont certains vous étonnerait ( sur le Mono ,je suis Chris, une vieille histoire de pseudo ).

on débat à distance et sans conséquences

Humh, la seule différence, c'est que nous autres, ne sommes pas des pseudos anonymes mais débattons sous nos véritables identités ( vous me direz, les RG apprécient la démarche, c'est moins d'investigation ).

Phrase qui me semble totalement bio-doc parce que c'est de cela que l'on semble t'accuser dans tous les fora où tu passes.

J'ai dû ces dernieres années sévir sur plus de 25 foreux dont un tiers d'hostiles, ce qui relativise nettement ce genre de jugement à l'emporte-piéce. C'est aussi le pourquoi de l'absence des auteurs sur les forums, le risque est grand de s'opposer à des lecteurs-clients possibles.

Apparté disgressante refermée.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Sam 21 Mar - 23:06

novi a écrit:Sic, juste une précision vu qu'il est bien évident que dès que l'on parle de gens que l'on ne connait pas physiquement, l'on peut se tromper.

Mdame Monolecte existe dans la vraie vie , si si ! Je l'ai même rencontré en compagnie d'Etienne Chouard et de Mona Cholet et devinez où ? Et bien au congrés sur l'internet de Nantes ( un vrai débat avec de vrais micros et de vrais gens ).

Elle milite donc réellement à des tas de niveaux dont certains vous étonnerait ( sur le Mono ,je suis Chris, une vieille histoire de pseudo ).

Que Madame Monolecte existe réellement (on peut même voir ses photos de famille sur flickr, je ne suis pas demeuré non plus) et soit engagée IRL, c'est une évidence à la lecture de son blog souvent intéressant. Je ne peux en aucun cas préjuger de l'engagement des personnes qui commentent ses textes bien sûr. Maintenant, l'anecdote people de votre rencontre au sommet ne remet pas en cause le fait que - dans ces lieux que sont les blogs ou les fora - on retrouve beaucoup de "mêmes" qui pensent comme soi ou pas loin et que le ferraillement politique qui s'y passerait est un leurre. C'est le cas sur le forum qui nous réunit, justement parce qu'il nous réunit : nous avons tous plus en commun que de points de désaccords...

novi a écrit:Humh, la seule différence, c'est que nous autres, ne sommes pas des pseudos anonymes mais débattons sous nos véritables identités ( vous me direz, les RG apprécient la démarche, c'est moins d'investigation ).
Brrr... Le grand capital doit avoir les jetons, c'est sûr... Heureusement que vous avez aussi vos identités secrètes pour le jour où vous passerez à l'action. ;-)

novi a écrit:J'ai dû ces dernieres années sévir sur plus de 25 foreux dont un tiers d'hostiles, ce qui relativise nettement ce genre de jugement à l'emporte-piéce. C'est aussi le pourquoi de l'absence des auteurs sur les forums, le risque est grand de s'opposer à des lecteurs-clients possibles.
Pas un jugement de ma part mais comme cela tombait comme un cheveu sur la soupe dans ton argumentaire et que, la plupart du temps, c'est que cela a un rapport avec toi ou la façon dont tu crois que les gens te perçoivent, j'ai pensé que tu relayais ici ce que dans certains fora (par curiosité, j'en ai parcouru quelques uns... visites qui montrent que tu es un auteur qui aime beaucoup aller sur les fora) disaient de toi. Si ce n'est pas le cas, pardonne-moi.


Dernière édition par Varg le Dim 22 Mar - 12:03, édité 1 fois
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par novi le Sam 21 Mar - 23:54

Maintenant, l'anecdote people de votre rencontre au sommet

Non, c'était plutôt un truc censé donner (rendre) la parole aux internautes, Mais est-ce le trac du micro, trés peu l'ont pris la parole ! Tentative avortée de faire sortir le web de l'anonymat d'où l'idée était que temps que les gens s'exprimeront de façon anonyme, aucune crédibilité ne sera possible en tant que média ou relais d'opinion. On fut trés loin de la pipolisation et plus prés de la parole anonyme du coup.

J'ai bien connu le mouvement chomeur ; idem. Au moment de sortir de l'anonymat, plus personne sur des centaines d'intervenants, sinon une dizaine de courageux.

visites qui montrent que tu es un auteur qui aime beaucoup aller sur les fora

C'est mieux que d'aller chez Ruquier, non ?

D'autant qu'avant d'étre un auteur, j'ai étè un intervenant et c'est peut étre cela l'erreur, d'avoir pas compris ou surtout pas voulu comprendre qu'il y avait les auteurs et les lecteurs. ( un auteur sympa me l'a soufflé discrétement un jour, que j'allais m"'y bruler les ailes de jouer avec ce feu-là ; trop tard ). Puis surtout, je ne crois pas qu'on puisse étre un auteur avec un seul bouquin réalisé, au bout de trois, on peut prétendre - avant me parait prématuré.

Brrr... Le grand capital doit avoir les jetons, c'est sûr... Heureusement que vous avez aussi vos identités secrètes pour le jour où vous passerez à l'action. ;-)

Ca, c'est le débat de notre époque, cela devrait étre le sujet du polar, notre role, notre mission, au lieu d'écrire sur de vagues historiettes de serial killers pour distraire avec de faux frissons, nos concitoyens ( Adjani a rempli sa mission ; elle, hier soir ).
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par txoa le Dim 22 Mar - 1:23

Novi, t'as une mission ? Tu nous refais le coup de l'oracle ?
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Dim 22 Mar - 1:41

novi a écrit:Non, c'était plutôt un truc censé donner (rendre) la parole aux internautes, Mais est-ce le trac du micro, trés peu l'ont pris la parole ! Tentative avortée de faire sortir le web de l'anonymat d'où l'idée était que temps que les gens s'exprimeront de façon anonyme, aucune crédibilité ne sera possible en tant que média ou relais d'opinion. On fut trés loin de la pipolisation et plus prés de la parole anonyme du coup.
C'est l'anecdote qui était people bien entendu, pas le sommet...

novi a écrit:C'est mieux que d'aller chez Ruquier, non ?
C'est-à-dire surtout c'est mieux d'être cohérent avec soi-même. Ne pas dire, je ne vais pas sur les fora en tant qu'auteur parce que la relation avec de possibles lecteurs serait ingérable et passer son temps à quémander de l'attention sur ces mêmes fora. Idem, ne pas dire que tu as fait le choix de l'auto-édition et cracher sur les éditeurs qui n'auraient pas pris ton bouquin parce qu'il dérangerait l'ordre établi. Sinon, à part ça moi, ça va pas mal...

novi a écrit:D'autant qu'avant d'étre un auteur, j'ai étè un intervenant et c'est peut étre cela l'erreur, d'avoir pas compris ou surtout pas voulu comprendre qu'il y avait les auteurs et les lecteurs. ( un auteur sympa me l'a soufflé discrétement un jour, que j'allais m"'y bruler les ailes de jouer avec ce feu-là ; trop tard ). Puis surtout, je ne crois pas qu'on puisse étre un auteur avec un seul bouquin réalisé, au bout de trois, on peut prétendre - avant me parait prématuré.
Il existe des auteurs qui sont bons au premier livre non ?

Trois bouquins, c'est la définition de l'auteur pour la société des Gens de Lettres.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par stalker le Dim 22 Mar - 2:46

Le problème, une fois de plus, c'est que si chacun se met à parler de son cursus personnel dans un tel débat, ça va fausser le débat. La difficulté (visiblement, c'en est une véritable) consiste à s'effacer en tant qu'individu, afin de considérer les questions de façon plus ouverte, plus complète.
Si les égos entrent en scène, ça fout tout en l'air.

Autour de cette table ronde, il est peu question des égos, il me semble. Les questions abordées dépassent les individus eux-mêmes, même s'il est évident (c'est tout l'enjeu) qu'ils y prennent part de façon active, engagée.
La nuance est délicate, je suppose, mais elle se situe dans la phrase qui précède.

Novi, moi aussi je pourrais citer des anecdotes de ma vie dans mes posts, des expériences vécues avec des acteurs du milieu littéraire et éditorial, en te citant des noms précis et des dates et des lieux ; en me situant personnellement dans le débat pour me l'accaparer, et en posant mon roman sur la table pour rappeler qu'il existe, et que j'existe.
Mais ça m'emmerde, parce qu'on s'éloigne complètement des enjeux dont il est question. Ces enjeux dépassent nos conditions individuelles. On est en train de parler d'une époque. On est en plein virage. D'ailleurs, vers la fin de la vidéo, je me suis demandé comment on allait réagir lorsqu'on la regarderait dans une dizaine d'années ; juste une dizaine.
Toute une époque...

Cela dit, l'invasion des égos est loin d'être hors jeu dans ce débat. Mais on ne peut pas débattre tout en incarnant l'égo envahissant en question (la pépette, etc). J'ai l'impression que le fait de s'effacer un peu, de ranger son CV au placard pendant vingt minutes, de s'abstenir de raconter qu'on a vécu ceci ou cela personnellement, est une épreuve insurmontable.

L'individualisme est le cancer de la pensée.

Chtoc.
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Re: L'état de l'édition et de la critique

Message par Varg le Dim 22 Mar - 12:00

Ce qui continue de me sembler intéressant dans cette table ronde, est à la fois la position d'attente tranquille des protagonistes - après tout, nous sommes en train de causer de l'intelligence. Qui pourrait s'en passer et le livre n'est-il pas la meilleure forme jamais trouvée par l'homme pour la servir ? - et une angoisse sourde pour l'avenir qui pourrait se faire, non seulement sans eux mais contre eux. Ce dernier point est assez bien illustré par les commentaires agressifs qui suivent le post initial.

Le monde de l'édition paraissait jusque là assez hors d'atteinte d'une remise en cause de son rôle du fait des investissements à consentir pour se passer de lui, alors que les outils actuels permettent bien de diffuser de l'écrit de façon assez directe et sans coûts extravagants. A partir de ce moment, le précédent de l'industrie musicale peut leur faire peur. Là aussi, il y avait le double discours sur le "nous fabriquons et distribuons des disques certes, mais nous sommes également les découvreurs de talents" et c'est ce discours que les clients (le marché) ont considéré comme mensonger.

Une partie des arguments de Cohen Solal a pris appui sur les librairies que l'édition ferait vivre, le libraire proche de chez vous et qui vous conseille (nous en connaissons tous) les bons auteurs (voir à ce propos ce lien), c'est-à-dire le côté "artisanal et proche des gens", le côté "vrai" du livre (chose que ne pouvait faire l'industrie musicale qui avait déjà liquidé les disquaires) mais quand on sait que les achats se font majoritairement hors de ce circuit on peut se demander s'il ne s'agit pas d'un leurre.

Très étrangement, ces problématiques d'outils et d'usage autour du livre ressemblent beaucoup à ce que nous avons connu, il y a une quinzaine d'années d'abord, à propos de la PAO. Les éditeurs de logiciels affirmaient que tout le monde allait pouvoir faire sa brochure, son bouquin, ses cartes de visite etc. et qu'on allait même peut-être pouvoir se passer de la chaine d'impression. C'est effectivement ce qui s'est passé dans un premier temps mais on s'est alors rendu compte que l'outil n'était pas la seule chose en jeu, parce que les résultats étaient plutôt moches, sur le fond et sur la forme. Qu'il fallait de bonnes connaissances en typo, que la mise en page (ah la gestion des blancs !) était un vrai métier et qu'un imprimeur valait souvent mieux qu'une imprimante laser couleur. L'exemple s'est répété pour la chaine argentique dévorée par le numérique et nous en sommes maintenant à l'écrit (la musique y a eu droit aussi avec le home studio numérique) : je peux écrire sans que cela coûte.

Écrire pour qui ? est sans doute la question majeure. Ce que les éditeurs semblent dire est que xx% de ces gens écrivent pour eux-mêmes, que cela n'est pas neuf dans le monde du livre et que c'était en partie le rôle de l'éditeur que ces manuscrits ne deviennent jamais des livres (sauf si...) parce que sans talent. La "censure" était donc a priori alors qu'avec l'internet + les possibilités d'édition en ligne, la "censure" se fait a posteriori par l'achat du bouquin ou la participation aux commentaires d'un blog. Le passage (je crois que c'est Naulleau) sur l'illusion de talent peut faire mal mais a-t-il vraiment tort ?
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Re: L'état de l'édition et de la critique

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