Black Box

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Black Box

Message par fredgev le Lun 9 Fév - 12:16

Bon, voici ce à quoi je travaille en ce moment.

ça sera en 5 épisodes, et pour une fois c'est du terminé.

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fredgev

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Re: Black Box

Message par fredgev le Lun 9 Fév - 12:18

(1)
C’est la veille de Noël et je suis coincé à l’aéroport de Chicago, dans la zone des départs du terminal 3. Les conditions météo se dégradent de minute en minute. La pluie frappe les baies vitrées avec autant de violence que si mille débutants commençaient à écrire leur roman en même temps. Tous les vols sont retardés. Tous les vols, sauf le AAXXX pour Montréal. Le mien. Par on ne sait quel miracle, l’embarquement est presque terminé. Il ne manque plus que moi. Les hauts parleurs déversent les mauvaises nouvelles d’un ton neutre de plus en plus insupportable, au rythme d’un boléro. Vol pour Pittsburgh annulé. Vol pour New Orleans annulé. Et puis mon nom. On n’attend plus que moi. On répète mon nom avec insistance.
Blaise Bailey. Blaise Bailey. Passager Blaise Bailey attendu de toute urgence porte 48.
Je viens seulement de réussir à composer mon numéro de téléphone. Je tremble tellement que j’ai dû m’y reprendre à trois fois. Une sonnerie. Un observateur externe dirait que je suis de plus en plus pâle, mais les observateurs gardent ce genre de remarques pour la police. Deux sonneries. On prononce encore mon nom sur un synthétiseur vocal. Trois sonneries. Juste avant une opération périlleuse, quand l’anesthésiste leur approche le masque de la figure, les malades doivent ressentir ça. La sensation de vivre un moment clé. Un de ces moments aux conséquences définitives. Selon Alice, le genre de moments que je passe mon temps à fuir. Quatre sonneries. Je retiens mon souffle. Il y a deux minutes, la situation paraissait simplement catastrophique. À présent elle est totalement désespérée. Alice dirait que ce n’est de la faute de personne. Vol pour Seattle annulé. On prononce mon nom encore une fois.


J’avance dans la foule compacte. Duluth annulé. San Francisco annulé. Centimètre après centimètre. Je traîne mon bagage à main et une gueule de bois de deux tonnes et demi comme sur les lignes arrière d’un champ de bataille.
Vol pour Toronto annulé. Le regard défait, les passagers sont à la dérive. Je croise des pères de famille en tenues décontractées coton noir. Rivés sous les panneaux indicateurs, ils essaient de faire croire à leurs gosses qu’ils maîtrisent la situation. Mais ils sont conscients de ne pas tenir leur rôle à la perfection. En réalité, affalés sur les banquettes ou trépignant à côté d’eux, les gamins les achèveraient pour un Happy Meal ou pour le dernier Harry Potter. Vol pour Boston Logan… retardé. Je croise des Businessmen en furie. Complets Smalto ou Versace couleur suie, chemises cintrées assorties. Ils martèlent des courriers définitifs sur les claviers de leurs BlackBerry. Même les habituels skywarriors n’arrivent pas à donner le change. Adossés à leurs Samsonite Pro-DLX suite, ils tentent de se concentrer sur le dernier courrier des lecteurs de FlightWeek. Mais en réalité, ils rêvent à cette nuit au Meridien qu’on va sans doute leur offrir en dédommagement. Ils empestent l’eau de toilette bon marché.
Je passe dans cette frénésie comme un observateur externe. Avec cette impression familière d’avoir été implanté là contre ma volonté. Pas concerné par la situation. Selon Alice, il n’y a que mes problèmes qui m’intéressent. Vancouver annulé. Las Vegas annulé. Montréal, retardé.
Le mien.
Il y a deux semaines, Alice m’a fait lire un article dans le Washington Post. Le journaliste avait demandé à un type de jouer du violon dans une station de métro. C’était à une heure de pointe, au mois de janvier. Pendant une heure, des milliers d’hommes et de femmes filaient vers les profondeurs, vers le fracas des rames et les sirènes d’approche, obnubilés par la nécessité de ressortir à la surface, en temps et en heure, au pied de leurs bureaux, dans les crissements de pneus et les coups de klaxon. Le type jouait du violon, les gens passaient. Ils passaient sans s’arrêter. Ils optimisaient. Des milliers, des dizaines de milliers d’androïdes en retard, des gigaoctets d’emmerdements en boucle dans la tête. À la fin de l’article, on apprenait que le musicien jouait sur un stradivarius et qu’il s’appelait Joshua Bell. Selon les connaisseurs, un des plus grands musiciens de notre époque. Alice m’a balancé l’article sous les yeux et elle a haussé les épaules lorsque j’ai fini ma lecture. Je me demande encore comment elle m’imaginait dans ces circonstances. Et surtout ce qui justifiait son mépris.
Je suis coincé à l’aéroport de Chicago et c’est la veille de Noël, tous les vols sont retardés. Tout le monde pète les plombs : pères de famille en sportswear noir, businessmen ténébreux, et même ces crétins de SkyWarriors qui veulent donner le change. Je regarde mon costume en velours sombre, ma cravate et ma chemise. Idem. Je ressens la pression de ce nœud au creux de mon ventre. Jamais assez serré. Le fantôme de Jésus Christ pourrait bien brader ses miracles sous le panneau des départs, personne ne s’arrêterait une seconde.

Vautré dans une situation absurde et catastrophique. Juste après avoir franchi les contrôles de sécurité, je me suis arrêté à la boutique Dutyfree. J’ai acheté du parfum de luxe, des cigarettes européennes et du cognac. Et je suis ressorti. Là, je contemple le contenu de mon sachet : du parfum qu’Alice n’acceptera pas, de l’alcool que je ne partagerai pas, des cigarettes que je me promets de ne pas finir. Absurde. Je n’ai plus un rond en poche. J’ai la tête au bord de l’implosion. La cohue dans les couloirs. Les gens qui s’agglutinent autour des comptoirs d’embarquement comme des essaims de mouches. Je perçois tout cela avec une acuité inquiétante. Comme s’il ne me restait que deux minutes à vivre. Un aperçu de l’enfer.


Dernière édition par fredgev le Mer 11 Fév - 2:07, édité 1 fois
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Re: Black Box

Message par novi le Lun 9 Fév - 12:23

Les aéroports me captivent ; ce sont des polars vivants.

Je me souviens avoir passé une journée entière à l'intérieur de celui de Madrid sans m'ètre ennuyé une seconde.
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Re: Black Box

Message par liberté le Lun 9 Fév - 12:51

Black box, la vie des aéroports est passionnante, les gens semblent différents d'ailleurs.

Les femmes arborent leurs plus beaux habits, même les gosses semblent plus calmes.

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Re: Black Box

Message par stalker le Lun 9 Fév - 16:50

Heureux de te revoir ici, Fred.
Ton intro de l'enfer en complet Smalto me parle. J'attends la suite.

Cette expérience que tu cites, au sujet de Joshua Bell, a t-elle été réalisée pour de bon ?
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Re: Black Box

Message par fredgev le Lun 9 Fév - 17:03

oui, c'est assez connu, et ça a fait l'objet d'un (long) débat ici :
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/discussion/2007/04/06/DI2007040601228.html

et merci
la suite viendra (15000 mots)
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Re: Black Box

Message par stalker le Mar 10 Fév - 18:23

Tu veux dire que la prochaine partie va faire 15000 mots d'un coup ?
C'est à peu près l'équivalent de 65 pages d'un roman poche.
Tu veux pas la découper un peu ?
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Re: Black Box

Message par fredgev le Mar 10 Fév - 20:17

non non en tout c'est 15000 mots
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Re: Black Box

Message par edmond Gropl le Mar 10 Fév - 20:53

Parfait.
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Re: Black Box

Message par stalker le Mer 11 Fév - 2:00

Ça me convient aussi.
Dis-moi, tu as donc creusé un terrier depuis le sol de ta cave, dans lequel tu t'es enfermé pendant un mois, sans voir personne, sans travailler, sans te connecter une seule fois à Internet, avec des provisions, du vin rouge, un peu de musique, pour écrire Black Box ?
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Re: Black Box

Message par fredgev le Mer 11 Fév - 2:03

le vin oui. evidemment.
la patience surtout. et comprendre qu'on ne gagne pas à tous les coups.
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Re: Black Box

Message par fredgev le Mer 11 Fév - 2:09

(2)
Il faudrait tout laisser tomber, tout balancer au milieu du couloir, bagage à main, sachet de courses. Mais les vigiles m’ont déjà fait comprendre en roulant des yeux que les barrages ne se franchissaient que dans un sens. Et puis ils ont relevé mon identité. Blaise Bailey. Ce nom sonnait presque comme celui d’un autre.
Je veux téléphoner à Alice. Lui dire que je l’aime et que je ne m’en vais plus. Lui dire que tout est oublié. Je suis prêt à tout laisser tomber. Pour ce que j’ai à perdre…
Mais j’ai fracassé mon téléphone portable dans les toilettes pour hommes il y a moins d’une demi-heure. Si elle l’apprenait, Alice éclaterait de rire, sans aucun doute. Selon elle, je me laisse toujours déborder par l’apparente absurdité des choses. Selon Alice, je suis incapable de m’adapter.

Alice dit aussi que je ressasse toujours ce genre de questions quand elles sont devenues sans importance. Que je me rebelle en pure perte. Elle dirait regarde les choses en face : tu as suivi les directives des haut-parleurs. Tu as noté le numéro de ta porte d’embarquement. 48. Tu t’y es dirigé comme un automate, en te persuadant que tu n’avais pas le choix, comme toujours. Ne viens pas me faire croire que tu es prêt à tout laisser tomber. Puis elle soupirerait.
À présent, je me tiens face au guichet. L’employé de la compagnie aérienne attend des ordres qui ne viennent toujours pas. Il arbore le même sourire crispé qu’un infirmier dans un service d’urgence un jour de carnage. Il lit un bouquin en cachette. Mais plus personne n’a le courage de venir lui aboyer des injures au visage, de toute façon. De là où je suis, j’ai réussi à déchiffrer le titre de son livre. Le traité du désespoir, de Kierkegaard.
Pas un putain de rond en poche.

Porte 48. Un havre de paix comparé à ce merdier qui règne dans les couloirs. Tous les sièges d’attente sont occupés mais le calme est assourdissant. On se croirait dans une cathédrale ou dans une bibliothèque. Chacun semble retenir son souffle. La plupart des gens se sont assoupis. Seuls trois types chuchotent un peu fort. Deux d’entre eux ont l’air d’avoir sacrément tiré sur la corde durant les derniers jours. Leurs habits sont fripés et ils s’épongent le front à intervalles réguliers. Ils tètent leurs bouteilles de Perrier avec répugnance, comme s’il s’agissait d’un remède. Deux médecins qui reviennent de congrès. Selon toute vraisemblance, ils ont passé plus de temps dans les soirées que dans les séances plénières. Un représentant de laboratoire à la mise impeccable discute avec eux. Il leur vante sans grande conviction les mérites de son produit. Le must en matière de glaucome. Preuves à l’appui. Les deux types secouent la tête de temps en temps. En réalité ils ne percutent plus rien. Ils répètent au moins trois fois de suite que les congrès ont toujours fait beaucoup plus de cocus que de prix Nobels. Là-dessus les trois partent à chaque fois sur un fou rire factice et nauséeux.


Alice doit être rentrée à présent. Si elle est rentrée. Je lorgne sur le téléphone comme sur un camé sur sa putain de dose. Je me dis que si ça se trouve, elle a fini par répondre à mes SMS. Mais je n’y crois pas vraiment. Nous nous sommes quittés d’une façon abominable.
Je me colle au téléphone, dans l’espoir vain qu’il va se mettre à sonner et qu’Alice sera au bout du fil lorsque je vais décrocher. Je touche le combiné, comme si ça allait le faire réagir. Je suis comme les autres. Un cadavre en deuil. Au bout du même rouleau que les autres. Juste un peu plus romantique, parfois, et c’est tout.
Et aucun sortilège, aucune putain de pièce sortie de nulle part pour me tirer de là.
Je remets la main dans la poche de mon pantalon. Et je sens un briquet jetable petit format. J’ai arrêté de fumer il y a des années de cela. J’ai l’impression d’avoir tout effacé de cette période.
Tout le monde dort. L’employé de la compagnie aérienne est focalisé sur son livre. Je lève les yeux, il n’y a pas de détecteur de fumée à proximité de moi.
Une putain de clope. Je prends une des cartouches que j’ai achetées, et je déchire le carton. Des gauloises, comme au bon vieux temps. Des gauloises rouges. 9,2 mg de goudrons. Les cigarettes d’Alice. Les putains de cigarettes d’A1lice. Je déchire le carton, prends un paquet dont j’ôte le cellophane. Cette odeur pleine du tabac frais me prend aux tripes.
J’allume une cigarette. À deux mètres de moi, les deux médecins ont été rejoints par un autre type à la mine impeccable. Lui aussi empeste l’eau de toilette. Lui aussi est rasé de près.
Il s’agenouille près d’eux, leur donne la même accolade que si leurs destinées étaient liées depuis toujours avant de leur présenter à son tour ses plaquettes. Son produit est semble-t-il le concurrent direct de celui que l’on vient de leur présenter. Ils éclatent tous de ce foutu rire. Mais le type reprend son sérieux. Il leur vend son produit comme il leur vendrait le secret de la vie éternelle, sa voix tremble quand il leur évoque la neuro-protection et le gain pressionnel majeur. Leurs rires finissent par s’arrêter. Ils repartiront tous en congrès. Tout le monde acquiesce religieusement. Les deux médecins reprennent une lampée de Perrier. Grimacent.
Nous vivons dans un monde super chouette.
J’allume ma gauloise et je souffle lentement la fumée. Autour de moi, on fronce les narines et on me regarde comme si je venais de déposer une bombe. L’un des deux représentants, le dernier, interrompt son prêche et me considère avec mépris. Il se lève et se dirige vers l’employé de la compagnie. Il le tire par la manche de sa chemise blanche. Il saisit le pan de sa cravate rouge, déforme ce magnifique nœud Christiansen. Je tire une longue bouffée. Je lorgne sur la cabine publique. Pendant que tous les regards commencent à converger vers moi.

Les policiers sont sur les lieux moins de trente secondes après. L’employé soupire, il corne la page de son livre dans un mouvement interminable. Il rajuste son nœud de cravate avec une dextérité étonnante. Puis il fusille du regard et le policier, et le représentant de labo. Il me désigne d’un hochement du menton avant de replonger dans sa lecture. Je m’avance vers eux, pas possible de faire autrement.
Le flic est taillé comme un coffre-fort. Métisse, pas loin de deux mètres, pas plus de vingt-cinq ans. Le genre de type capable d’envoyer à l’hôpital quatre vingt dix neuf pourcents de la population. Mais qui n’en fera jamais rien. En m’approchant, je réalise que mon haleine pue l’alcool, que mes habits sont fripés, que je n’ai absolument pas l’air crédible. Selon Alice, parfois ma honte est tatouée sur mon front.

— Monsieur, vous devriez savoir qu’il est strictement interdit de fumer ici.

On devait vous accueillir de la même façon au paradis, avec cette voix claire et grave.

— Désolé, dis-je en écrasant ma cigarette sur le talon de ma chaussure avant de le jeter dans ma poche. Vraiment désolé.

Le flic se met à sourire.

— Vous n’avez pas l’air en forme, monsieur…

J’opine et je regarde le sol. Mais l’homme éclate de rire. Son uniforme bleu foncé est impeccablement repassé. Selon son badge, il s’agit de l’officier Colin Brown.
Colin Brown s’approche de moi à moins de vingt centimètres de mon visage, et il recule.

— Vous êtes ivre, monsieur, je crois que vous feriez bien de me suivre...
— Hein ?
— J’ai dit que vous feriez bien de me suivre. Venez avec moi, dit-il en tendant un bras gigantesque.

L’employé de la compagnie s’est à immergé dans son bouquin, pour de bon cette fois. Et le monde pourrait bien s’écrouler autour de lui, il n’interromprait plus sa lecture. À deux pas, un troisième représentant de laboratoire a rejoint le petit groupe. Chaussé de RayBans, il pique un rire triste en s’adressant aux deux médecins. Un rire de fin de soirée, quand il faut prendre in extremis son vol de retour, rejoindre les matins âcres, les gobelets de café clair ingurgités sur des parkings, dans une voiture à boîte automatique. Des matins gris, des salles d’attente, les regards furieux des patients, des matinées maussades, à vanter les mérites de je ne sais quel produit de merde dans des bâtiments préfabriqués. L’homme ne sort aucune plaquette. N’annonce aucune association fixe. Ni prostaglandine, ni bêta bloquant. Il n’est nulle question de baisse de 4,8 points de PIO. Il n’est fait état d’aucune stabilisation du champ visuel. Rien. Le rire s’arrête aussi vite qu’il était venu.
Je suis le flic sans résister. Comme à mon habitude, dirait Alice. Nous zigzaguons dans la foule, passons une porte, puis une deuxième porte, puis une troisième. Nous voilà en coulisses, dans des murs de béton strictement anonymes. Nous passons un contrôle, avançons dans un couloir borgne. Le flic me fait passer dans une petite pièce et il referme la porte. dans un couloir borgne. Le flic me fait passer dans une petite pièce et il referme la porte. Il y a deux chaises, et un petit bureau de style colonial. Sur celui-ci, un cendrier. À droite de la porte, un combiné téléphonique intérieur gris est accroché. Contre le mur opposé, un antique téléviseur JVC, sur un meuble rouge brinquebalant, dont l’étage inférieur est occupé par un magnétoscope à cassettes. Il m’invite à prendre place.
Il retire sa casquette et la pose sur la table. Il avance le cendrier.

—Vous pouvez fumer ici.
—Merci, dis-je en retirant une cigarette du paquet. Vous en voulez-une ?
— Non merci, il ne vaut mieux pas…

J’allume ma cigarette. Je souffle la fumée. Le flic cherche ses mots. Ne sait pas comment débuter la conversation. Je me sens mal à l’aise. Qui ne ressentirait pas ça ?
Finalement, il soupire et croise les mains sur la table.

— Vous risquez de gros ennuis, monsieur. De très gros ennuis.
— Pourquoi, parce que j’ai allumé une cigarette dans un lieu public ?

Il a un mouvement d’impatience.

— Où vivez-vous, monsieur ? Où habitez-vous ?
— Mais, ici. À Chicago, enfin en banlieue.
— Puis-je voir votre passeport ?

Je proteste pour la forme, mais je cherche mon passeport dans la poche intérieure de ma veste. Il le prend et l’examine page par page.

— Et, où allez-vous, monsieur … Blaise Bailey ?
— À Montréal. Enfin vous le savez bien !
— Et qu’allez vous faire à Montréal une veille de Noël, monsieur ?

Je me passe la main dans les cheveux. L’air est moite, et bien trop frais. La climatisation fonctionne à plein régime. À travers les murs, je peux encore entendre le fracas de la pluie contre les baies vitrées. À deux univers de distance.
L’officier répète sa question. Ce qui semble l'agacer prodigieusement.

— Qu’allez vous faire à Montréal le jour de Noël, Monsieur ?

Je souffle une longue bouffée. J’imagine qu’Alice a forcément lu mes SMS à présent. Et que j’ai vraiment besoin de lui parler. Je n’étais pas dans mon état normal.

— J’assure un spectacle ce soir.
— Vous êtes dans le showbiz, monsieur ?
— Oui. Un peu.

Le flic décroche un combiné de téléphone mural, et prononce quelques mots dont je n’arrive pas à saisir le sens. Il se met à sourire.

— Qui vous a déposé à l’aéroport, Monsieur ?
— Ma femme. C’est ma femme qui m’a déposé.

Il digère ma réponse, qui semble lui convenir, puis il écarquille les yeux.

— Et votre femme vous a laissé ici dans cet état ?
— Dans quel état ?

Il secoue la tête avec patience.

— Nous allons procéder à une prise de sang. Je pense que vous avez bien trop bu. Votre femme sait-elle que vous avez bu à ce point ?
— …
— Votre femme sait-elle que vous avez bu à ce point, monsieur ?

Je hausse les épaules et je sens les larmes remonter comme tout à l’heure.

— Je suppose qu’elle s’en fiche complètement…
— Comment se nomme votre femme, Monsieur ?
— Qu’est-ce que ça peut bien faire. Je regarde ma montre et je hausse le ton. Je vais rater mon avion !

Il caresse le haut de sa casquette du plat de la main, et son sourire s’élargit encore.

— Comment se nomme votre femme, monsieur ?
— Alice. Elle s’appelle Alice.
— À quelle heure vous a-t-elle déposé.
— Il y a deux, trois heures, je ne sais plus. Il y a un siècle.
— Essayez d’être plus précis.

Je croise les mains sur mes genoux et j’essaie de lui expliquer ce qu’il en est. Qu’Alice est devenue complètement cinglée. Que j’espère qu’Alice est devenue complètement cinglée. Que sinon nous sommes dans une merde pas possible. Le flic plisse les yeux et il décroche à nouveau son téléphone. Son ton est empressé.
Il me dévisage pendant des secondes qui me semblent durer des heures. Puis il me regarde droit dans les yeux.

— Je pense que je vous ai déjà vu quelque part. Vous ne voulez pas me raconter pourquoi vous vous êtes mis dans cet état ?
— Non. Alice est complètement cinglée. J’espère qu’Alice est complètement cinglée.

Je regarde encore ma montre. Je soupire.

— Ecoutez, je vais vraiment rater mon avion.
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Re: Black Box

Message par stalker le Mer 11 Fév - 2:58

J'aime bien ta façon de révéler ton personnage par des gestes et des réflexions floues et bizarres, qui disent des choses de lui, sans les dire tout à fait, et poussent à poursuivre. Ton texte respire la folie, mais une folie conventionnée. Normale.

Peut-être pourrais-tu remplacer plus de fois "le flic" (ou "l'officier") par "Colin Brown". Tu le fais juste une fois, je crois, après l'avoir nommé d'après son badge.

Cette question : Qui ne ressentirait pas ça ? me semble inutile, mais tu as peut-être une raison de l'avoir mise.

Deux petits détails de frappe dans ce paragraphe :

>
L’employé de la compagnie s’est à (nouveau ?) immergé dans son bouquin, pour de bon cette fois. Et le monde pourrait bien s’écrouler autour de lui, il n’interromprait plus sa lecture. À deux pas, un troisième représentant de laboratoire a rejoint le petit groupe. Chaussé de RayBans, il pique un rire triste en s’adressant aux deux médecins. Un rire de fin de soirée, quand il faut prendre in extremis son vol de retour, rejoindre les matins âcres, les gobelets de café clair ingurgités sur des parkings, dans une voiture à boîte automatique. Des matins gris, des salles d’attente, les regards furieux des patients, des matinées maussades, à vanter les mérites de je ne sais quel produit de merde dans des bâtiments préfabriqués. L’homme ne sort aucune plaquette. N’annonce aucune association fixe. Ni prostaglandine, ni bêta bloquant. Il n’est nulle question de baisse de 4,8 points de PIO. Il n’est fait état d’aucune stabilisation du champ visuel. Rien. Le rire s’arrête aussi vite qu’il était venu.
Je suis le flic sans résister. Comme à mon habitude, dirait Alice. Nous zigzaguons dans la foule, passons une porte, puis une deuxième porte, puis une troisième. Nous voilà en coulisses, dans des murs de béton strictement anonymes. Nous passons un contrôle, avançons dans un couloir borgne. Le flic me fait passer dans une petite pièce et il referme la porte. dans un couloir borgne. Le flic me fait passer dans une petite pièce et il referme la porte. Ce passage est en double Il y a deux chaises, et un petit bureau de style colonial. Sur celui-ci, un cendrier. À droite de la porte, un combiné téléphonique intérieur gris est accroché. Contre le mur opposé, un antique téléviseur JVC, sur un meuble rouge brinquebalant, dont l’étage inférieur est occupé par un magnétoscope à cassettes. Il m’invite à prendre place.
Il retire sa casquette et la pose sur la table. Il avance le cendrier.
<

Ce lieu est étouffant et torride. Et tes couloirs aveugles en rajoutent une couche très efficace.
J'hésite. Je me demande si c'est ton personnage qui contamine les lieux, ou le contraire.

J'attends la suite...
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Re: Black Box

Message par fredgev le Mer 11 Fév - 10:49

merci beaucoup. Je corrige ça dès que possible (d'abord sur le fichier pour ne pas m'emmêler les pinceaux).
Tu as raison pour les Colin Brown, je me le disais en cours de rédaction.
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Re: Black Box

Message par fredgev le Jeu 12 Fév - 1:07

(3)
Au loin, j’entends les annonces se succéder. Elles m’ont l’air plus fréquentes que tout à l’heure, comme si désormais on annonçait tous les départs. Le tableau me semble complet. Je vais rater mon vol. Je vais tout foirer.
— À qui venez vous de téléphoner ?
— Racontez-moi ce qui s’est passé. Pourquoi êtes-vous dans cet état, monsieur ?

Il inspire longuement.

— Dites-moi où diable je vous ai déjà vu ?
— Je n’en sais rien...

Le flic semble chercher dans ses souvenirs mon visage. Je vois ses traits se durcir. Il a un nouveau mouvement de recul, plus ample que lorsqu’il a senti mon haleine la première fois.

— Votre visage me dit vaguement quelque chose.

Je baisse la tête. Toujours la honte en travers de la gorge, dirait Alice. J’ai eu mon heure de gloire à une époque, il y a six mois de cela, un mois environ après mon licenciement de la banque. Ce que j’appelle une heure de gloire, c’est 23456 malheureux visionnages de mon numéro le plus abouti. Une vidéo diffusée sur Internet. Elle a été reprise une fois sur un réseau de télévision national.
J’y étais enfermé dans une pièce encore plus minuscule que celle-ci. Nous avions tourné dans un box de parking vacant du sous-sol d’un ami. J’avais chargé le barillet d’un revolver S&W Model 60 avec une cartouche de calibre .38. Nous avions embobiné un type rencontré dans un fastfood. D’après le serveur, il s’agissait d’un habitué, d’un jardinier qui travaillait aunoir dans le quartier. Un solide buveur d’à peine vingt ans. Nous lui avions promis quarante dollars s’il se prêtait au jeu. Il avait accepté tout de suite. Dans la vidéo, il se tenait face à moi, de l’autre côté de la table, et je lui demandais de me bander les yeux. Le type s’exécutait assez mal. J’ai eu toutes les peines du monde à ne pas grimacer quand il m’arrachait les cheveux de la nuque en nouant le foulard. Puis je le demandais de prendre le revolver. De vérifier le barillet. Il tirait cinq fois, à vide. Ensuite, je lui demandais de montrer le revolver de face, en gros plan. On remarquait alors que les logements du barillet étaient tous numérotés. De un à cinq. Je lui demandais d’introduire la cartouche n’importe où.
Le type, ne me demandez pas combien de bières il avait bu, avait obtempéré. Le son de la vidéo était lamentable, on ne distinguait pas bien le cliquetis de l’arme quand il reposait doucement le chien. On entendait juste l’écho de sa voix, crade comme dans un snuffmovie. Il demandait « Et maintenant ? ». Je lui désignais alors le magnétophone. Je lui demandais de passer de l’autre côté de la porte, et de se contenter de compter de un à cinq, lentement, en détachant chaque chiffre, puis de venir reposer le magnétophone sur la table, et de s’en aller. Je lui donnais alors un formulaire qui le dédouanait de toute conséquence. Selon lequel j’agissais de mon plein gré et toujours selon lequel je ne lui avais demandé que de compter de un à cinq dans un putain de magnétophone. Le type a émis quelques réticences que nous avons coupées au montage final. Finalement, il a accepté pour cinquante dollars de plus.
La vidéo reprenait au moment où l’homme reposait le magnétophone. Je lui demandais juste de le rembobiner et de le mettre en lecture. On entendait sa voix d’alcoolique ânonner :
Un….. Deux….. Trois….Quatre….Cinq….
Au milieu des grésillements de la bande magnétique, on distinguait aussi les véhicules qui circulaient à cette heure de la journée.
Puis le type s’en allait et je saisissais le revolver, le plaçais contre ma tempe.
Bien sûr, je m’en tirais vivant. Cette vidéo avait fait scandale. Un peu. Je pense qu’elle aurait eu beaucoup plus d’impact si je m’étais fait sauter la cervelle par inadvertance.
Mais selon Alice, ça n’avait pas plus de puissance que les graffitis sataniques d’un groupe d’adolescents. Colin Brown, continue de me dévisager. On a l’impression que ses souvenirs se précisent.

— Vous êtes passé à la télévision, non, il n’y a pas si longtemps ?

J’en suis encore au stade où j’espère m’en tirer sans histoire. Inutile d’en rajouter, j’ai déjà assez fait de conneries.

— Je n’en sais rien…

Le flic secoue la tête. Il fait craquer les articulations de ses doigts. Une main après l’autre. Puis il a un long soupir compréhensif.

— Ecoutez mon vieux. Je viens de vous appréhender pour consommation de tabac dans un lieu public. Vous n’ignorez pas que, outre son caractère répréhensible, ce comportement est suspect. Nous vivons en temps de peur. Selon tous les critères en vigueur, vous représentez jusqu’à présent un risque terroriste potentiel non négligeable. Alors si vous ne voulez pas finir en garde à vue, en attendant une audition devant le juge qui pourra mettre plusieurs semaines, vous feriez bien de coopérer avec moi. Je répète : êtes-vous passé à la télévision, sur Channel 4, le 9 décembre dernier à 23 : 30.
— Je n’en sais rien ! J’ai fait des vidéos sur internet, et je ne sais pas ce qu’elles sont devenues.
— Quel genre de vidéos ?
— Des expériences…

Le flic décroche à nouveau son téléphone. Ses ordres sont clairs et directs. Mais je ne parviens pas à saisir leur teneur exacte. À un moment donné, je parviens tout de même à comprendre qu’il est en train de vérifier mon identité et qu’il évoque des fichiers vidéo.

— Quelles expériences ? demande-t-il en raccrochant le combiné.

Au ton de sa voix, je comprends qu’il est au courant. Ses yeux se dirigent vers le haut et la droite. Il n’invente pas des images, il les rappelle. Il vient de revoir la scène. La salle nue. La lumière chancelante du néon. Mon costume sombre, le même qu’aujourd’hui. Il revoit le teint malade du jardinier.

— Des expériences sur le comportement. Sur la communication entre les gens et tout ce qu’elle sous-tend.

Dans une autre video, j’avais montré une série de quarante portraits photographiques à un garagiste rencontré à la succursale de Fairway de la City Bank. Nous avions tourné en HD à l’étage supérieur d’un Jack in The Box en milieu de matinée. Le type était gras. Adipeux. Il avait insisté pour prendre un menu quarter pounder alors qu’il était à peine 10 : 20. Je me souviens des traces de graisse qu’il laissait sur chaque photographie. Je grimaçais en buvant mon café infect.
Pourtant j’essayais de garder une voix courtoise en le priant de me regarder quinze secondes en face, puis de classer les photographies en deux tas. Il a plissé les yeux et levé un sourcil. Il ne comprenait rien. J’ai dû tout lui expliquer une seconde fois. La plupart des photographies étaient en couleurs, et représentaient toutes des visages d’enfants âgés d’une douzaine d’années. Il y avait des filles et des garçons, certains en casquette de baseball et taches de rousseur,d’autres assis à la bibliothèque municipale ou attablés à la terrasse d’un restaurant, an famille. Tous les enfants souriaient. Certains avaient des appareils dentaires abominables à la mode dans les années 80, d’autres mâchaient du chewing-gum. Uniquement des visages d’enfants heureux. Le type m’a regardé un instant, comme un putain de pervers, mais j’ai posé l’enveloppe contenant ce que je lui avais promis sur la table. Puis il a trié les photos. Cela ne lui a pas pris plus d’une minute.
Alice disait souvent que j’aurais mieux fait de rester coincé derrière mon petit bureau à la banque. Que j’avais réussi à me reconvertir dans quelque chose d’encore plus minable. Que mes rêves étaient devenus complètement glauques.
Quand le garagiste a fini de trier les portraits, je l’ai remercié cordialement, lui ai donné l’enveloppe et je lui ai demandé s’il voulait assister à la fin de la séquence. Il m’a regardé d’un œil bovin et il s’est essuyé la bouche d’un revers de manche.

On frappe à la porte. Colin Brown met plusieurs secondes à le remarquer. Ses yeux sont braqués sur moi et leur éclat se fait de plus en plus sévère. Puis il crie « Oui ? » comme si on venait de le tirer du lit à trois heures du matin. La porte s’ouvre sur le fracas de la pluie que l’on entend encore de l’autre côté. Un flic en civil, maigre comme un clou, entre avec deux gobelets de café en polystyrène. Lorsqu’il les pose devant nous, je remarque qu’il a la chair de poule.
Brown le remercie d’un hochement de tête et ouvre la main dans ma direction. Le maigre sort en courbant le dos. Brown prend son gobelet et boit une gorgée fumante.

— Vous devriez boire ça, dit-il. Ça vous remettra peut-être les idées en place.

Et j’ai retournées toutes les photos une à une. Le premier tas : vivant, vivant, vivant,vivant….
Le deuxième : décédé, décédé, décédé décédédécédédécédé…..

Brown repose son gobelet dans un geste brusque. Je n’ai toujours pas touché au mien.

— Qu’allez vous faire à Montréal, en cette veille de Noël, Blaise Bailey ? Pousser un pauvre type à se suicider sur scène, autre chose, du jamais vu ?

Je pousse un soupir. J’ai dans l’idée qu’il n’y aura aucun spectacle.

— Je veux rentrer chez moi…
— Pourquoi vous être enregistré, dans ce cas ?
— Je n’en sais rien. Je n’étais pas dans mon état normal.

Il reprend une gorgée de café, puis il reprend ses questions. Droit dans les yeux. Aucun mouvement des muscles. Une tombe.

— Où vous produisez-vous ce soir ?
— Cela n’a aucune importance, dis-je en regardant de nouveau ma montre. Aucune importance. Vous allez me faire rater mon avion… Et que je n’en ai plus rien à foutre.

Le flic ouvre un tiroir de la table et il pose un sachet de plastique à fermeture glissière sur la table. À l’intérieur, des débris de plastique noir, une bouillie de rouille. Certaines pièces de ce puzzle ont l’air d’être encore humides.

— Reconnaissez-vous ceci ?
— On dirait… Des débris de téléphone portable.
— Reconnaissez-vous ce téléphone ?

Une nouvelle fois, je hausse les épaules. Je sens que ma gorge est sèche comme le désert californien. Je donnerais n’importe quoi pour une dernière bière. J’ai mal à la tête. Autant soigner le mal par le mal. Je ne réponds toujours pas.

— Reconnaissez-vous ce téléphone, nom de Dieu ?
— Non…

Colin Brown se lève dans un mouvement brusque, il renverse sa chaise, et il me secoue les épaules par-dessus la table. Ses bras sont réellement gigantesques. Il allume l’écran de télévision. Il s’agit d’un vieux poste à tube cathodique dont l’image tremble avant de se stabiliser. Il introduit une cassette VHS dans le magnétoscope et appuie sur le bouton de sa télécommande.
Il précise :
— Tourné il y a une heure dans les toilettes pour homme du couloir principal.

Sur l’écran, la scène est écrasée. Il s’agit d’un plan en plongée. Issu d’une caméra de surveillance. On y voit un type livide moi  tourner en rond dans un demi-mètre carré. Il fixe toutes les quinze secondes l’écran de son téléphone portable, assis sur la cuvette. Puis il se relève et recommence à tourner. À un moment donné, on le voit s’arrêter et inspecter les murs de la cabine. Il regarde encore son téléphone. Puis il l’éclate contre les tuyaux en inox avant de tirer la chasse. L’instant d’après, il extirpe son portefeuille de sa veste, balance dans la cuvette sa carte de crédit. Puis il se rassied sur la lunette, se prend la tête entre les mains, fixe à nouveau le mur.
Fin de la séquence en noir et blanc.

Le flic m’observe.

— Alors ?
— Alors quoi ?
— Reconnaissez-vous ce téléphone oui ou non ?
— Oui. Evidemment oui.
— Pourquoi l’avoir jeté ?
—Alice ne répondait pas. Je lui avais envoyé deux SMS coup sur coup. Le premier disait je t’aime. Le deuxième je n’en peux plus, je t’en prie fais quelque chose. Alice n’a jamais répondu. Une minute. Deux minutes. Trois minutes puis une demi-heure à chercher le courage de me foutre en l’air. Je fixais l’écran immobile.. Aucune putain de réponse.

Je revois la scène beaucoup plus précisément que dans la médiocre séquence filmée. Je me la repasse d’un point de vue clinique. La tête entre les mains dans cette odeur de pisse, d’eau sale et de désinfectant industriel. Autour de moi, des inscriptions glauques mal orthographiées. JH suce JH. Dehors les négros, des croix gammées raturées. Parfois des traits d’humour : si tu t’ennuie, dessine un autre wagon. Des tumeurs, des chancres sur un mur beige en aggloméré. Mais aucun crochet auquel me pendre. J’ai vu mon reflet dans la cuvette : chemise noire, pantalon et veste en velours noir. Un putain de cadavre en deuil…
Silence radio. Je t’aime. Je n’en peux plus. Fais quelque chose.

— Qu’est-ce qui cloche entre vous et votre femme, Blaise Bailey ? Me demande Brown.

Je me mords l’intérieur des joues pour ne pas lui ordonner de se mêler de ses affaires. Le fait est que dans la situation où je me trouve, désespéré, sans téléphone, ivre, fauché, vidé de l’amour de ma femme, et alors que mon vol pour la catastrophe n’est toujours pas annoncé, j’ai le sentiment d’avoir un putain de besoin que quelqu’un s’occupe de mes affaires.

Alice me demandait toujours si j’envisageais d’être heureux un jour. Puis elle se mettait à pleurer, mais c’était il y a longtemps. Je sens des picotements au coin de mes yeux. La brûlure du chagrin sur mes joues. Je me demande comment j’en suis arrivé là. Une succession hallucinante de jugements erronés et de mauvaises décisions. Une non-logique implacable dont j’entreprends quelquefois de démonter le mécanisme.

— Je ne sais même plus ce que je fous ici. C’est du grand n’importe quoi.

Colin Brown a changé d’expression. Il me regarde presque d’un œil paternel. Il attend la suite.

— Comment vont les choses avec votre femme ? Comment va votre couple ?
— Ça allait mieux. Ça allait beaucoup mieux pourtant ces derniers temps.
— Et maintenant.

Je repense au moment où je suis arrivé à l’aéroport. En retard de presque une heure sur l’horaire. Je ne voyais rien, beaucoup trop de larmes au coin des yeux. Un goût acide au fond de la gorge.
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Re: Black Box

Message par fredgev le Ven 13 Fév - 1:48

(4)
Je repense au moment où je suis arrivé à l’aéroport. En retard de presque une heure sur l’horaire. Je ne voyais rien, beaucoup trop de larmes au coin des yeux. Un goût acide au fond de la gorge.

— Maintenant… Maintenant je ne sais plus. Je dois lui téléphoner.
— Que vous êtes-vous dit en vous quittant ?

D’ordinaire, je suis en mesure de repérer les moments où mon interlocuteur est impliqué dans la conversation. Il existe une différence fondamentale entre participer d’un point de vue uniquement pratique et objectif à une discussion et y projeter ses angoisses et ses erreurs. Colin Brown, malgré son attitude placide, malgré son côté sûr de lui et son costume parfaitement repassé, connaissait sans aucun doute des ennuis dans sa vie de couple. En me posant ses questions d’un débit de plus en plus rapide, avec le soupir discret dont il termine chacune de ses phrases, comme s’il attendait la venue d’un oracle, avec ses regards inférieurs et sa façon de lisser son alliance à chaque fois que j’évoque Alice, je vois bien qu’il ne s’agit plus d’un flic qui interroge un soi-disant suspect. Il n’est plus neutre. Il ne questionne plus, il s’informe de situations qu’il redoute. Il se documente.
Je reprends les évènements à leur point de conclusion. Dans l’autre sens. Comme si je pouvais ainsi saisir le moment où tout a définitivement basculé. Selon Alice, c’était mon passe-temps favori.

— Alice m’a jeté au dépose-minute il y a deux, trois heures. La neige avait déjà cessé de tomber depuis un moment. À la place, la pluie avait transformé la chaussée et les rues en paysage dégueulasse. Un ciel sale et de la neige fondue. Ça ne laisse jamais rien présager de bon.

Je porte mon gobelet à mes lèvres. Le café est déjà froid. Il est trop sucré. Brown m’écoute attentivement. Je vois qu’il se représente assez facilement la scène. Il la verrait sans doute avec une distribution différente. Il m’invite à poursuivre.

— Je suis sur le trottoir, dans le froid mordant. Je n’ai pas pensé à prendre mon manteau dans ma valise. Une pluie fine me glace jusqu’aux os. Elle tombe sur ma veste, sur mes cheveux, et sur le trottoir. Il s’est formé une grande flaque au centre de laquelle je regarde s’éloigner la voiture. Ma malle en cuir, celle qui contient tout mon matériel, et mon bagage à main sont complètement trempés.
— Dans la voiture, c’est votre femme ?
— Oui. Evidemment.
— Quelle marque, quel modèle ? Quelle couleur et quelle immatriculation ? demande-t-il d’un ton las, répondant à un vieux réflexe.

Je lui donne toutes ces informations. Il hoche distraitement la tête et ne prend la peine de rien noter.

— Que s’est-il passé ?
— Je fixais l’habitacle jusqu’à la limite de mon acuité. À aucun moment je ne l’ai vue se retourner. J’avais des larmes qui me dégoulinaient le long des joues.

Brown prend un air dubitatif. Il ferme les yeux.

— Elle vous en voulait ? Elle ne souhaitait pas que vous partiez, c’est ça ?
— Je n’en sais plus rien. Jusqu’à ces derniers jours, oui, elle m’en voulait. Pour mes numéros, pour mon attitude…Mais cet après-midi tout a changé. Je ne comprends pas ce qui s’est passé…
— Vous êtes vous disputés dans la voiture ?
— Non. Pas de mon côté en tous cas. Alice, elle, était étrange, je vous l’ai déjà dit.

Je fixe l’habitacle. Alice ne se retourne pas. Tout un mur de larmes devant les yeux.
Je claque la portière, la rouvre. Alice a déjà remis le contact et elle scrute la route d’un air complètement détaché. Je sais à cet instant que les dommages sont irréversibles.

— Dans la voiture, j’ai coupé le contact et je nous ai immobilisés sur la bande d’arrêt du dépose-minute. Je me suis tourné vers Alice. À notre droite, les portes automatiques du terminal s’ouvraient et se refermaient comme des mâchoires industrielles. Elles avalaient des voyageurs pas dizaines et par dizaines. Des milliers. Des véhicules s’immobilisaient en double file et j’entendais déjà des coups de klaxon derrière nous. Je ne voulais déjà plus partir. J’ai soufflé une seconde. Alice avait les yeux braqués droit devant. En fait, il apparaissait clair qu’elle avait décidé de regarder n’importe où sauf dans ma direction. Elle s’est raidie quand je lui ai posé la main sur l’épaule.

Suspendu à mes paroles, Brown ne bouge pas d’un millimètre. Ses paupières ne clignent pas. Il a les mains croisées sur la poitrine. Réflexe de protection élémentaire. On a l’impression qu’il est dans la peau d’un accusé qui attend le verdict.

— Juste avant que j’emprunte la bretelle de sortie, j’avais tenté un dernier contact. J’y croyais encore, malgré tout. Avec la même espérance qu’un joueur défait qui relance son dernier jeton avec une paire de deux.
«  Alice… Alice…
 Dépêche-toi. Tu vas finir par le louper.
 Je t’aime… »
Elle s’est allumé une cigarette et elle a soufflé lentement la fumée. De nouveaux coups de klaxon ont retenti. Je me suis retourné brusquement et Alice n’a pu réprimer un petit rire.
Alice ne fumait pas jusqu’à aujourd’hui… Elle a balancé la tête avec tristesse, et ça a klaxonné de nouveau. Je n’ai pas réagi. Alice a écrasé son mégot et elle a débouclé sa ceinture. Et puis, sans aucune émotion dans la voix, elle a prononcé ces mots que je redoutais depuis qu’elle s’était éveillée. Que je redoutais en réalité depuis des mois
« Tu le sais bien. Tu le sais bien que je ne t’aime plus. »

Le flic maigre entre à nouveau dans la pièce. Il porte sous le bras une liasse de feuilles gondolées. Des pages et des pages de télécopie. Colin Brown les parcourt en vitesse, en me jetant des regards étonnés. Puis il les retourne face contre la table.

— Je ne comprends strictement rien à votre histoire. Strictement rien.
— Il faut que vous compreniez dans quel état je pouvais me trouver. Juste avant de quitter l’autoroute, alors que j’empruntais la bretelle de sortie avec autant de hâte que si je venais de prendre une bifurcation pour le bûcher éternel, j’avais tenté de rabibocher les choses comme je pouvais. N’importe comment. Je lui avais demandé en la suppliant : « Il y a quelqu’un d’autre ? Tu peux me le dire, tu sais… Je ne t’en voudrais pas. Je comprendrais… ». Vous savez, ce n’était pas très honnête de ma part. Quand vous mentez, il y a un bon millier de signes qui vous trahissent. Je les connais tous.

Collin Brown digère l’information. Je vois ses yeux partir dans la direction de l’avenir. Dans ces soirées de discussions stériles qui n’aboutissent jamais à rien d’autre qu’à des nuits sans sommeil.

— Et qu’a-t-elle répondu ?
— Je lui ai saisi la main et j’ai voulu mettre tout l’amour dont je me croyais capable dans ce geste. Un putain de geste de pardon ridicule. Elle m’a repoussé. Sans colère, sans violence. Juste une main qui repousse une autre main dont elle ne souhaite pas le contact. Dans le rétroviseur, l’accident terrible auquel nous venions d’échapper s’éloignait. J’ai répété « tu en aimes un autre ? », en regrettant de ne pas avoir foncé dans le tas avec elle tout à l’heure. Au moins nous serions morts ensemble. Elle m’a répondu comme elle aurait répondu à un examen du code de la route. « Ça n’a rien à voir. Comme d’habitude, tu cherches des explications communes et faciles. Si je ne t’aime plus, c’est forcément parce que je pense à la bite d’un autre dans ma bouche, pas vrai ? Désolée. Ce n’est pas le cas. Tu ne comprends rien du tout. »
Colin Brown se dresse d’un seul coup au dessus de la table. Il se passe la main dans les cheveux. La commissure de ses lèvres est contractée. Ses pensées immédiates sont à l’évidence douloureuses.

— Ça suffit comme ça, Blaise Bailey… Vous me racontez une histoire sans queue ni tête. Vous me balancez des sentiments. Des bribes de phrases au visage. Commencez par le commencement.
— Votre femme vous aime M. Brown ? Vous sentez-vous heureux ?
— Il ne s’agit pas de moi !
— Je voudrais téléphoner.
— Vous téléphonerez quand vous m’aurez fourni une explication valable. J’ai d’autres choses à faire !

Il regarde sa montre ostensiblement.

— Nous sortions d’une période extrêmement difficile, Alice et moi. Nous avions dépassé depuis longtemps le stade des crises de larmes et des portes claquées. Et aussi la phase des réconciliations au lit. J’ai longtemps cru que tout cela avait commencé lorsque la banque m’avait licencié, mais en réalité le mal était beaucoup plus ancien. Et beaucoup plus profond. Au fil des mois, je passais de plus en plus de temps dans la chambre d’ami, à mettre au point mes numéros soir après soir, nuit après nuit. Jusqu’à ce que je décroche ce contrat pour jouer dans un cabaret de Montréal la veille de Noël. Je croyais que tout rentrerait dans l’ordre après. Une sorte de nouveau départ. Pour elle, il ne s’agissait que d’un artifice, rien de plus qu’un pansement sur une plaie béante. Elle détestait ce que j’étais devenu. Mais au fur et à mesure que le départ approchait, je me sentais mieux. Plus confiant. Je me suis remis à lui parler. À rire. Les tensions semblaient se relâcher peu à peu. Nous ressemblions presque à une famille, ces derniers jours. Nous avons cessé de faire chambre à part. Hier soir nous avons fait l’amour. Pour la première fois depuis des semaines…

Brown regarde le plateau de la table. Il s’occupe les mains en serrant son gobelet vide.

— Continuez…dit-il d’une voix basse.
— Elle devait passer le réveillon chez ses parents. Ils vivent à Lakeview, à une demi-heure de voiture de chez nous. Alice a conduit la petite ce matin, puis elle devait passer me prendre pour me déposer à l’aéroport. J’espérais que nous aurions le temps de faire un dernier câlin avant de quitter la maison. Je tournais en rond en l’attendant. Elle était en retard. Je guettais notre voiture par la fenêtre du salon. Il avait neigé toute la nuit. Elle n’arrivait pas. Des mauvaises pensées ont ressurgi malgré moi. Qu’est-ce qu’elle foutait, nom de Dieu ? Je regardais la neige tomber du ciel gris clair, dans le quartier silencieux. La chaussée était toute blanche. Un décor était idéal pour la fin d’une histoire ou alors pour des réconciliations définitives. Des pensées impures me pleuvaient dans le crâne « Où est-elle ? » « Avec qui ? ».

Brown repose le gobelet à plat. Il croise les mains et son regard se porte à nouveau vers le haut, vers la gauche. Il hoche la tête et je continue.

— Finalement elle est arrivée avec près d’une heure de retard. Je l’ai vue sortir de la voiture en courant, se précipiter dans la maison. Elle n’a pas pris le temps d’enlever son manteau. Elle avait le visage tout rouge. « Désolée. Ça glisse vachement sur la route. Tes affaires sont prêtes ? » Elle semblait toute essoufflée, mais elle avait dit cela d’un ton enjoué. Je lui ai désigné mes bagages de la main et j’ai haussé les épaules. J’étais déçu. Mais j’ai repensé à ces derniers jours et je me suis efforcé de garder mon calme. Nous avons quitté l’allée à deux heures moins cinq. Dix minutes plus tard, nous avons rejoint l’autoroute. Aucune raison de s’inquiéter. Une fois de plus, j’avais failli perdre les pédales pour rien. Mais selon toute vraisemblance, je serais à l’heure. J’ai préféré prendre le volant. Alice conduit beaucoup trop lentement. Elle a toujours peur d’avoir un accident. J’ai allumé l’autoradio et choisi une station locale qui diffusait des morceaux de rock nostalgiques. J’ai souri à Alice et lui ai demandé si tout allait bien avec la petite. Elle a souri en retour. Tout allait bien avec la petite. J’allais lui manquer. À elle aussi. Puis elle s’est endormie alors que l’on diffusait une chanson qu’on n’avait plus entendue depuis près de quinze ans et qui parlait de berceaux et de chats. J’ai roulé prudemment. Il y avait des congères sur le bas côté mais les camions de salage avaient déjà sillonné la zone. Ça projetait une bouillie dégueulasse sur le pare brise, mais j’avais rempli le réservoir de lave-glace peu de temps auparavant. Vraiment aucune raison d’être retardés. Alice dormait comme un nouveau né, détendue. C’était différent. Ces derniers mois, une grimace d’anxiété barrait son visage nuit et jour. Je remarquais qu’elle avait enfin disparu. Alors que je doublais des camions et des ambulances gyrophares éteints, je ressentais un pincement agréable au cœur. J’étais triste de passer Noël loin de ma famille alors qu’une semaine auparavant j’attendais ça comme une bénédiction. Mais toute cette période me semblait loin. Alors que la route blanche défilait, je me persuadais qu’elle n’avait jamais existé.

Colin Brown sourit, le menton posé sur les mains. Je ne peux pas m’empêcher de soupirer. Je termine mon café froid et m’allume une cigarette. Je sens les larmes me remonter aux yeux.
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Re: Black Box

Message par stalker le Ven 13 Fév - 20:45

Au sujet du chapitre 3 :

J'aime beaucoup l'intrusion des descriptions de vidéos et d'expériences dans ces petits lieux clos (en particulier les chiottes). Je perçois assez ton récit sous forme filmique, avec des insertions, comme des flash-back ou des cut. Puis ce huis-clos avec le flic.

L'assimilation de ton personnage à un terroriste potentiel à partir du simple fait qu'il fume dans un lieu public est très pertinente. On pourrait être tenté d'en rire, en prétendant que c'est excessif, mais je ne crois pas. D'autant que cette infraction est mise en rapport avec la peur dans ton chapitre, c'est à dire la paranoïa, aussi ; puis l'intrusion d'une autorité supérieure dans une vie privée.
Il y a de quoi discuter, décliner encore, et exploiter. Il y a de quoi écrire.

Je lis le 4 sous peu...
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Re: Black Box

Message par fredgev le Sam 14 Fév - 2:51

merci.

suis emmerdé. Le texte est terminé (18500 mots, finalement), mais j'ai dû procéder à des réajustements. Certains pouvant être importants. J'hésite à tout reposter ou à tout éditer.
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Re: Black Box

Message par stalker le Sam 14 Fév - 2:59

J'ai eu le même soucis avec Sept milliards de pixels qui, au bout du compte, ressemblait pour moi à un corps tout colmaté, plein de pansements et de plaies pas cicatrisées.
Pour ma part, ça ne me dérange pas de reprendre la lecture à zéro avec Black Box.
Ce texte m'embarque vraiment bien.
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Re: Black Box

Message par limbes le Lun 16 Fév - 15:58

Ton histoire est intrigante.
D’autant plus par la manière dont tu la construis, avec cet interrogatoire-squelette au milieu et les lambeaux de peau que tu ajoutes (pardon pour cette image déplorable). Au final une silhouette se dessine en ombre chinoise, on a envie de l’éclaircir. Je lirai la suite et/ou le début recommencé avec plaisir. Une question, si je peux : pourquoi ce choix de l’avoir ancrée aux Etats-Unis ? Pour son climat de vigilance oppressive plus marqué qu’en France ?
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Re: Black Box

Message par fredgev le Lun 16 Fév - 17:22

je me suis posé la question, difficile de savoir pourquoi. le dépaysement, l'incompréhension, sans doute, le côté "tout d'un bloc" des flics américains qui vous demandent sans rire si vous ne transportez pas un bazooka dans cet étui à poster, sans faire le moindre effort pour parler lentement et de façon intelligible
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Re: Black Box

Message par Manuel le Lun 27 Avr - 17:15

C'est rigolo pour moi de retrouver cette ambiance : en effet, j'ai travaillé à l'aéroport de Roissy. J'ai même croisé ce type qui y est resté pendant des années et dont Spielberg s'est inspiré pour un film.

Les vols annulés, retardés, les grèves de bagagistes, les grèves du nettoyage, les grèves des bus et taxis : j'ai connu tout ça. De temps en temps, on trouvait le corps d'un type qui s'était suicidé dans le parking : pour la police de l'air, c'était la routine et ils faisaient un simple rapport.

Je trouve dommage que le texte ci-dessus n'exploite pas davantage l'ambiance de l'aéroport. Sans doute le sujet était-il autre. Je regrette aussi qu'on n'en sache pas plus sur Colin Brown : simple fonctionnaire ou a-t-il un intérêt personnel dans cette affaire ?
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Re: Black Box

Message par fredgev le Lun 27 Avr - 23:40

va voir du côté des romans
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fredgev

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