La mémoire fantôme - Franck Thilliez

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La mémoire fantôme - Franck Thilliez

Message par edmond Gropl le Ven 30 Jan - 11:31



Ce roman met en scène une mathématicienne amnésique, un tueur en série également mathématicien ( Pythagore vs Pic de la mirandole)et Lucie Hennebelle, la policière déjà présente dans « la chambre des morts ».
Ce roman est un thriller dans la veine des Grangé, des Chattams etc.., c'est-à-dire des romans à architecture sophistiquée, recyclant à outrance toute sortes de clichés sur les tueurs en séries, la police scientifique, l’ésoterisme de rayon « farces et attrapes », s’émancipant sans complexe du réel, enchérissant sur les limites possible entre l’horreur et le vraisemblable,. Autre caractéristique, l’absence de recherche stylistique , l’enchaînement rapide des chapitres, alternant scènes d’actions, réflexions et révélations policières et scènes de type gore, tout cela a pour but est de tenir le lecteur en haleine, de l’épater, voir de l’asservir mais empêche toute empathie pour les personnages ou réflexion réelle sur ce que l’on est en train de lire. Voila quelques particularités du genre, genre que j’apprécie peu mais dont il faut reconnaître le caractère populaire, ça se vend bien, les gens aiment, je suis sur que « la mémoire fantôme » va plaire à ma sœur.

J’avais assez peu aimé « la chambre des morts » où finalement, il ne se passe pas grand-chose d’original. Dans la mémoire fantôme, on passe à un stade supérieur. Le personnage central, identifié comme la proie souffre d’amnésie de la mémoire immédiate (un peu comme dans mémento), enfin c’est peut-être pas le bon terme, disons la mémoire de l’instant mais garde intacte sa mémoire d’identité et de réflexion. Pour l’aider elle dispose d’un ordinateur portable où elle peut organiser ses souvenirs et se fabriquer un système d’agenda mémoriel. Elle doit sans cesse l’avoir à portée de main pour par exemple répondre à la question « quelle est cette personne est à coté de moi », même si cette personne s’est présenté un quart d’heure plus tôt. Cet ordinateur est comme une prothèse. Cette personne devient la proie d’un tueur en série (le professeur, un mathématicien, un tueur à énigme) L’auteur va exploiter l’originalité de cette situation jusqu’au bout et c’est parti pour 441 pages d’aventures spéculatives, je veux dire par là, d’aventures ou chaque nouvel élément propulse dans un nouveau champs de compréhension. Ca commence par une banale histoire de tueur, puis on passe à un niveau supérieur quand on comprends que la victime ne peut se souvenir, puis on passe dans un champs mathématique, puis médical, puis historique, puis scientifique, puis sentimental, puis policier etc… c’est redoutablement efficace mais hélàs, comme souvent avec la spéculation, on arrive au Krach. C’est souvent comme cela avec ce genre, ça fonctionne tant que le lecteur est épaté par les nouvelles révélations (et là, c’est du lourd), l’aspect spéculatif, et puis survient le dénouement et là, c’est le Krach, c’est le principe des subprimes appliqué au polar.

Dans le cas présent, les révélations sont tellement énormes, tant au point de vue de l’enquête mais aussi des diverses situations, que finalement, le dénouement perd toute son importance et je trouve que F. THilliez se sort assez bien de l’épreuve du Krach. . On finit par ne souhaiter qu’une chose, c’est que ça se termine, que ces personnages sortent de l’enfer, peu importe que ce soit crédible ou pas, peu importe les moyens, il faut que ça s’arrête, on s’en fout, on est plus dans la réalité, on est dans un cauchemar (c’est très long et fastidieux mais ça fonctionne (là est sans doute le talent de F. THilliez, celui d’avoir réussi à me faire croire à ce cauchemar, je suis parvenu à la fin du livre) et ça s’arrête par un feu d’artifice, un bouquet final et hop ! c’est fini. On en sort vivant et tant mieux. Puis survient un dernier rebondissement, pour la route, ok ! Bravo l’artiste, bon délire, je le preterais à ma soeur
. Et puis dans les dernières phrases, un évènement bizarre, un jugement moral. On s’est tapé 400 pages d’horreur à l’état pur, d’étalement de souffrance et de perversité (avec un bel et charmant interlude de tendre amour lesbien plutôt inattendu), des trucs pas racontables, même des trucs intra utérins, même des trucs cannibales sans qu’a aucun moment la question de la morale, du deuil, du droit ne se pose, sans considération particulière sur le travail de la police ou la place du criminel dans la société si ce n’est que la police nous protège des criminels (et même les policiers ripoux), et là, sur la fin, l’auteur justifie un crime (certes un peu génant pour la cohésion du scénario)par le fait que finalement, tuer froidement et gratuitement un criminel, quand bien même il aurait payé sa dette, quand bien même il aurait purgé 30 ans de prisons, ça n’est pas grave, on va l’oublier, on va rester sur des bons sentiments. Ok, mais dans ce cas là, force est de reconnaître que Lucie Hennebelle, si positive, si hantée, si investie et touchante (pour peu qu'on y croit)dans sa mission de flic couvre un meurtre crapuleux. (avec un argument « pro-peine de mort ») . Très bizarre, le meurtre de cette mère infanticide justifiée par "de toute façon c'est un monstre". Je crois que là, on touche aux limites du genre, tant que ça reste grand-guignolesque, ça peut passer.


.

edmond Gropl

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Re: La mémoire fantôme - Franck Thilliez

Message par limbes le Lun 23 Fév - 18:46

Il s’agit effectivement d’une mécanique très bien fichue. On a l’impression que l’auteur s’impose un cadre, des contraintes, des codes (un peu comme le travail des membres de l’Oulipo qu’il cite à un moment dans le roman, il me semble). Plus que ceux du thriller tout court, il me semble qu’on est là dans le genre thriller cinématographique, parce que c’est très visuel, et parce que même lorsque l’auteur parle du point de vue d’un personnage (souvent celui de Lucie, la policière), de petites phrases glissées de ci de là et indiquant les dangers à venir (ombres tapies, etc.) place le lecteur dans un rôle de spectateur qui visualise les scènes.
Outre cette virtuosité-là, la question que je me pose, c’est pourquoi ça fonctionne si bien, pourquoi on lit jusqu’à la fin, même lorsqu’on ne fait pas partie des « adeptes » du genre. D’abord je me dis que ça fonctionne comme un jeu purement fictionnel, du « il était une fois » : effectivement on n’y croit pas, effectivement ça ne semble pas avoir de grands liens avec la réalité, d’ailleurs ça ne fait pas du tout peur, mais peut-être qu’on se dit en le lisant comment va faire l’auteur pour s’en sortir, jusqu’où va –t-il aller ? (ça c’est quand on se place un peu en retrait, mais comme tu le dis Gropl on y est un peu forcé, à ce retrait-là).
Je me dis aussi qu’il s’agit peut-être d’un système de shoot, où la dose doit être sans cesse plus importante pour provoquer le plaisir (ou l’absence de déplaisir).

A titre personnel ce qui m’a le plus intéressée, c’est cette histoire de mémoire et les potentielles conséquences de son absence sur la conduite de sa vie ; notamment ce passage-là :
« - Vous, c’est le passé qui vous hante, mais moi, c’est l’avenir. Je ne peux plus bâtir de projets, ni partir en vacances parce que je ne saurais même pas où je me trouve, et cela ne servirait à rien car je n’en garderais aucun souvenir. Pas de souvenirs. Jamais.
Lucie se sentit obligée d’admettre que Manon avait raison. Sans souvenirs, les photos ne sont jamais que le papier glacé d’un vulgaire catalogue. » ; ça me turlupine, ce truc… cette idée que ce qu’on vit n’a de prix que parce qu’on s’en souviendra, après… Enfin bref, ce nœud-là m’a paru potentiellement passionnant mais son exploitation trop spectaculaire, trop au service de la fameuse mécanique, justement.

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Re: La mémoire fantôme - Franck Thilliez

Message par edmond Gropl le Mar 24 Fév - 10:00

C'est pas mal l'idée d'une personne qui place des elements de sa mémoire dans un ordinateur, lequel devient une sorte de prothèse.
Que se passera t il en cas de Big Bug? Tout les forums, blogs, etc.. volatilisés? Une part de mémoire qui disparaitrait..

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