Génie du proxénétisme - Charles Robinson

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Génie du proxénétisme - Charles Robinson

Message par limbes le Lun 9 Juin - 23:53



Paru au seuil dans la collection Fiction et Compagnie.

Un 1er roman, un premier ovni.

Il s’agit de la présentation d’une entreprise, « la Cité », par ses principaux artisans et promoteurs : directeur des relations humaines, de la communication, financier, clients, coach sexuel, décorateur, architecte etc.
Est déclinée de manière radicale et argumentée (philosophiquement, socialement, économiquement, politiquement) la mainmise de l’Entreprise sur l’homme, dans ce qu’il a de plus précieux peut-être, son désir – et en particulier, son désir sexuel.

Ce n’est pas vraiment un roman, ni un roman noir au sens classique des termes, et en même temps, à travers le prisme de cette maison close globale et modernisée, se profile en ombres chinoises la vision terrifiante de la société actuelle où la religion de la consommation, de l’économique, du rentable, s’est substitué à l’ancienne. Les idoles ont changé, mais le processus ?

Le Dieu Super bagnole, Fric et Sexe à gogo lance ses sortilèges à la face du monde qui court, court, aiguillonné sans cesse par de nouvelles offres, de nouvelles images, qui créent de nouveaux besoins. Tandis que la politique agonise, l’entreprise prospère. On amasse, ou on se désespère ; ou les deux…. Et la vie passe.

Le tour de force de l’auteur, je trouve, c’est d’épouser absolument la cause qu’il ne défend pas, au fond ; d’argumenter par tous les bords possibles l’intérêt du bordel (… la Cité !), comme solution réelle et totale à la réalité du monde.
Il est redoutablement retors, ce Robinson-là.

Un petit extrait :

« L’entreprise doit créer des aventures inédites où le profit rencontre le pouvoir d’achat. Le consommateur ne peut rester un être velléitaire, écrasé par une offre formatée. Il faut créer pour lui, avec lui, une matière de désir, qui soit à son initiative. A sa hauteur.
L’entreprise travaillera directement sur le matériau de ses rêves.
Le consommateur nous vient avec cette matière brute, informe, gênante presque, parce que les fantasmes sont lourds à porter, stériles, inexploitables. Et par notre expertise, notre expérience, nous la raffinons en objets de désir, manipulables, valorisables. Les meilleurs désirs ont vocation à être dupliqués et commercialisés à grande échelle. Le consommateur devient un partenaire. On peut parfaitement intéresser un client au bénéfice de ses fantasmes. Un fantasme intéressant, susceptible de toucher d’autres clients, peut être affiné par nos soins, recommandé à d’autres clients. Nous reverserons un pourcentage. »

Je serais curieuse d’avoir votre avis sur ce bouquin, qui n’est pas pour les amateurs d’intrigues, mais dont la noirceur aride me paraît intéressante, ne serait-ce que pour évaluer à quel stade on en est en termes de convictions-conceptions de l’être humain et du monde…
Une sorte d’uppercut- mise à l’épreuve.

limbes

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Charles Robinson

Message par Replay le Jeu 12 Juin - 9:56

Il y a une interview de l'auteur ici sur le site Fluctuat net
Un extrait:

"Pour vous, la Cité existe-t-elle déjà ? Ou alors, qu'est-ce qui aujourd'hui s'en rapprocherait le plus ?

La Cité n'existe pas, et le projet n'est pas économiquement viable : trop riche, trop complexe. C'est une entreprise de fiction. Par contre, bon nombre des services qu'elle met à disposition sont déjà proposés, sur un mode atomisé. Une Indienne proposait il y a quelque temps sa virginité sur Ebay, afin de payer ses études et nourrir sa famille, précisait-elle. Les rencontres sexuelles profilées sont légion sur Internet. De nombreux sites d'annonces de services en tout genre, depuis le menu bricolage, passant par le ménage et le baby sitting, permettent à des étudiantes et à des étudiants qui n'oseraient pas aller au tapin de se louer occasionnellement, sur un mode moins connoté que la prostitution assumée. Le processus d'érotisation de la société est très fort. Si l'on retire demain toutes les publicités comportant un indice sexuel, à part les collectes contre la lèpre, il ne va pas rester grand chose."

Replay

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