La prière du Maure - Adlène Meddi (2008)

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La prière du Maure - Adlène Meddi (2008)

Message par limbes le Dim 21 Déc - 16:06



(éditions barzakh, à Alger)

C’est un roman noir qui coule dans les veines perforées d’Alger, la ville elle-même sur le point de dégouliner puis sombrer à tout jamais dans la mer qu’elle surplombe. Difficile de ne pas être happé par l’écriture, oscillant entre couperet sec comme la dureté de la vie qu’elle décrit, tableaux après tableaux, et trouées poétiques qui tissent un rapport singulier de l’homme au lieu qui l’entoure et qui le broit.

C’est l’histoire de Djo, un ancien flic à la retraite, à la recherche d’un jeune type qui a disparu. C’est l’hiver, et tous les fantômes du passé ressurgissent, et ça se passe mal. On est entre le 31 janvier et le 6 février, dans les années 2000.

Evidemment, le fonds politique du roman est complexe, à proportion de l’histoire et de l’actualité algérienne ; l’auteur parvient néanmoins incroyablement, non pas à le simplifier, mais à en rendre au contraire toute l’opacité, le trouble, la façon dont il imprègne jusqu’à la moelle les êtres humains, se mélangeant impitoyablement aux propres obsessions et ratés de leurs histoires intérieures.
Dans une certaine mesure, c’est un roman sur l’impossibilité; impossibilité de s’extraire d’une histoire collective au profit d’un bonheur individuel; impossibilité du roman policier dans une société arbitraire prise en étau entre terrorisme et armée, puisque personne, fusse un flic, ne peut résoudre quoi que ce soit – ou même simplement y croire; impossibilité enfin peut-être de retracer les faits réels pour dire l’Histoire, ou la vérité, tant mensonges et propagande s’emploient à la déformer.

L’auteur né en 1975 est reporter à El Watan.

A noter, la couverture, qui tout en renvoyant par ses couleurs (ciel jaune, murs et route noirs) à des codes bien connus des lecteurs de polars, y compris en Algérie, il paraît, s’en distingue par le rouge (sans bandeau) : rouge du titre, des traces sur les vitres de l’immeuble, des feux de la bagnole ; rouge de la mort qui rôde partout tant la vie plus qu’ailleurs y est précaire, rouge de l’énergie et des liens passionnels qui animent les hommes, malgré tout.

Un extrait du début :

« Samedi 31 janvier
3 heures du matin

Le cortège des berlines blindées serpentait dans la nuit et le brouillard.
A travers les roseaux muets, suintaient les lumières des phares. Faisceaux jaunes mordant l’obscure vapeur des enfers. Les barrages de police et de gendarmerie dressés sur cette partie du littoral algérois avaient disparu comme par enchantement. Dieu lui-même semblait avoir déserté les trente kilomètres de nuit et de route entre Alger et Zeralda, localité balnéaire ridiculisée par l’hiver. Telle une phrase cinglante et vrombissante de tourments, le serpent d’acier file à grande vitesse vers un cadavre encore chaud sur une plage vide comme un rectangle. »


Ce bouquin impossible donc relativement déroutant est remarquable, tant par sa forme que par son contenu, avec une mention particulière à la façon dont Adlène Meddi met à nu la ville d’Alger, dans tous ses recoins… Alger la noire, ici…

limbes

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