Extension du domaine de la lutte - Philippe Harel (1999)

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Extension du domaine de la lutte - Philippe Harel (1999)

Message par limbes le Sam 13 Déc - 14:07



Un technicien en informatique n'ayant plus aucune ambition doit effectuer une tournée en province avec un collègue de travail qui, malgré des échecs successifs, continue à chercher l'amour...

D'après:



Quand j’ai commencé à regarder le film, j’ai eu l’impression de l’avoir déjà vu, mais en fait non, c’est le livre que je voyais défiler sous mes yeux ; impression due au fait que par le biais d’une double voix off (un narrateur qui lit des extraits du roman et la voix du personnage principal), Philippe Harel fait le choix de coller presque poisseusement aux mots de Houellebecq. Au début donc, ça m’a un peu gênée, j’ai trouvé ça facile, ou paresseux. D’autant que le principe de la voix off qui commente et surligne les images m’a toujours paru comme une démission annoncée du cinéma, ou comme une atteinte caractérisée à son essence même.

Puis au cours du film, il m’a semblé que ça en renforçait nettement son propos, centré sur l’extrême solitude de ceux qui, dans la grande fête du libéralisme moderne qui offre loisirs, fric et sexe à profusion, restent aux abords du parc d’attraction (ticket périmé). Comme si le personnage central, par le dédoublement des voix, ne pouvait jamais être complètement à lui-même ou au monde qui l’entoure ; qu’il ne pouvait que commenter, disséquer, observer les travers ou plaisirs supposés, sans jamais y prendre part.

Philippe Harel (qui interprète le personnage principal) et José Garcia (le beauf puceau pathétique, collègue de travail) apparaissent alors comme deux clowns tristes, dont on ne peut s’empêcher de rire parfois mais cette sorte de rire qui donne immédiatement après ou pendant envie de chialer.
Le fait qu’ils soient en dehors de la vie sociale, tout en étant apparemment dedans, et le recul que ça implique, nous donne à voir avec une sorte de précision et d’acuité méchante toutes les absurdités et dysfonctionnements de la machine sociale (la vie de bureau, les déplacements professionnels en province, etc.).

Evidemment, c’est complètement lugubre, mais d’une façon bizarrement réjouissante (un peu comme lire Cioran peut filer la patate).

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