holocauste - roman à suivre

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: holocauste - roman à suivre

Message par limbes le Lun 1 Déc - 23:26

Oui, tu as certainement raison pour "original" que j'ai employé hasardeusement je le reconnais, vu mon manque de culture Sfictionnelle ou assimilée. Je voulais juste dire que ça m'intéresse, alors, plutôt.
avatar
limbes

Messages : 640
Date d'inscription : 05/06/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Lun 8 Déc - 10:18

(merci pour l'intéret)

***

20 juin

En France, en additionnant à ceux qui survécurent à la maladie ceux qui en furent épargnés, il resta neuf millions d’habitants. Dans la nuit du dix-neuf au vingt juin la seconde attaque frappa aussi violemment que la première. Au matin il demeura sur tout le territoire un million et quatre cent mille survivants. Dans le monde, plus de quatre vingt-dix huit pour cent de l’humanité mourrut.

Des rescapés erraient dans les rues des grandes villes, d’autres se suicidaient. Aucun véhicule ne circulait plus. Des chiens squattaient les maisons remplies de cadavres. Les corbeaux, les rats et les mouches étaient plus nombreux que sur un champ de bataille. L’armée ne distribuait plus rien, ni sac ni information ; tout était fini. Des civils continuaient à alimenter les crématoires débordés. L’odeur de la chair brûlée se disputait à l’odeur de charnier. Quarante mille vivants à Paris, quelques dizaines dans certains gros villages. On se regroupait en bandes. On investissait les immeubles et les pavillons pour évacuer les morts et trier les objets de valeur. On occupait les appartements, on mettait en commun les ressources. On se battait pour la possession d’une bague, on exterminait des chiens pour venger un cadavre, on s’entretuait pour un congélateur plein de nourriture. L’eau courante n’était plus potable. Un litre d’Evian valait une vie humaine. Pillards contre pillards, pillards contre citoyens. Ailleurs des exodes se produisaient. Des gens erraient avec peut-être l’espoir de trouver un endroit habitable, ou simplement poussés par la nécessité de fuir les charniers, les rats, les maladies et les voleurs. Certains avaient un objectifs précis, comme rallier un entrepot ou une usine, la plupart avançait simplement. Les militaires et les policiers se regroupaient eux aussi et se livraient au pillage ou à l’occupation. Les beaux quartiers étaient des cibles fréquentes.
Partout les gens sains excluaient par peur de la contagion ceux qui avaient été atteints et avaient survécus. Il y eut des assassinats et des meurtres de masse, il y eut des bûchers.

Crapule explora le reste de la maison. Au rez-de-chaussée, dans la chambre des parents, le corps de la femme occupait le lit, l’époux gisait à terre. Une grande quantité de sang et de vomi les souillait. Des asticots creusaient la chair sous leur peau détachée en plaques comme de la vermine sous l’écorce d’un arbre. A l’étage les trois enfants se serraient dans le même lit, la couette et le matelas gorgés de sang noir et de déjections, moins de larve que dans l’autre pièce, la mort était plus récente.

Jean-Louis Akkouche avait cinquante-deux ans et son épouse cinquante-trois. Ils habitaient ce pavillon depuis dix-sept ans.
La femme s’était tordue de souffrances toute la nuit. La maladie avait rongé son cerveau et elle avait insulté son mari devenu un étranger. Elle avait hurlé de terreur, vomi des glaires et des caillots, chié une bouillie sanglante à l’odeur acide qui avait ruiné le matelas, elle était morte seule, prisonnière de sa conscience détruite.
A l’aube Jean-Louis utilisa un marqueur à encre indélébile pour inscrire le chiffre un sur la porte du pavillon. La détresse et l’épuisement marquaient son visage. Il attendit le camion toute la journée. Le camion ne vint pas. En fin d’après-midi il explora le quartier. Il ne trouva aucun survivant. Il retourna chez lui, dans la puanteur famillière. Il écouta des disques de Henri Salvador que sa femme aimait mais pas lui, il pria.
Au crépuscule il déshabilla sa femme et lui nettoya la peau avec un drap mouillé. Ensuite il étendit au pied du lit une couverture propre sur laquelle il fit basculer le corps pour l’y enrouler. En faisant cela il pleurait et ses mains tremblaient. Il fallut ensuite sortir le paquet de la chambre. Il attrapait à deux mains une extrémité de la couverture, se campait sur ses jambes, tirait sur vingt centimètres, lâchait, reprenait son souffle, recommençait, de temps en temps passait de l’autre côté pour pousser de dix centimètres avec les mains et les pieds en grognant sous l’effort. Il transpirait et respirait avec douleur. Il sortit le corps de la chambre. Il traversa tout le couloir. La progression y était plus facile car le carrelage accrochait moins que la moquette. Pour descendre l’escalier il n’y eut pas d’autre solution que de pousser le corps pour qu’il dévale. Ce fut grotesque. La tête, libérée, tapa contre une marche. La couverture coinça à mi-course. Le corps sortit a moitié et glissa. Jean-Louis laissa éclater son découragement puis se reprit. Il fallut tout remettre en ordre, dégager la couverture, forcer encore pour lui faire reprendre sa chute mais la retenir pour ne pas laisser une nouvelle fois échapper le corps. En bas il resta encore le séjour à franchir. Jean-Louis, en sueur et hors d’haleine, écarta les meubles pour faciliter son trajet.
Transporter le corps de la chambre jusqu’au jardin avait pris trois quarts d’heure. L’homme était courbé en deux, la respiration rauque, le visage rouge. Il retourna dans le pavillon se munir d’une bombone d’huile à friture. Il en arrosa le tapis. Il enflamma une alumette et la jeta. Ca s’embrasa vivement et brûla tout la nuit. Il demeura jusqu’au matin à regarder sa femme brûler. Il n’y avait aucun autre bruit que les flammes et la destruction du corps. L’odeur prenait au ventre et la chaleur cuisait la peau.
La température n’était pas assez forte pour consummer les muscles ni brûler les os. Seules la peau, la graisse et la couverture disparurent. A la fin il restait un squelette aux muscles carbonisés et des lambeaux de tissu fondu. Une suie graisseuse avait noirci la façade de la maison.
avatar
konsstrukt

Messages : 101
Date d'inscription : 28/11/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum