holocauste - roman à suivre

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holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Ven 28 Nov - 9:43

un épisode par semaine ; sauf aujourd'hui : six épisodes pour se mettre dans le bain.
bonne lecture.

***

13 juin

Vers quinze heures, alors que Sarah s’apprêtait à regarder un épisode de la série Un cas pour deux sur France 2, l’image et le son disparurent d’un coup. Il n’y avait plus que de la neige et le chuintement de l’appareil. Avec la télécommande, elle vérifia les autres chaînes. Le chuintement devint un bourdonnement électronique et monotone qui prenait au ventre. Son poste ne recevait plus rien. Après s’être déchaînée verbalement sur l’appareil et l’avoir traité de chiure de boche plusieurs fois, Sarah téléphona à son beau-fils pour lui demander de l’aide, mais un message automatique l’informa que le numéro de son correspondant n’était pas attribué. Elle raccrocha en gueulant après la voix enregistrée, recommença, aboutit au même résultat.
Elle s’acharna à éteindre et rallumer le téléviseur sans jamais retrouver l’image ni le son. Il n’y avait que l’oppressant bourdonnement. Au bout d’une vingtaine de minutes d’efforts elle abandonna, tenta en maugréant de lire le dernier numéro de Voici, renonça, incapable de se concentrer, au bout de quelques pages. Elle quitta l’appartement pour interroger ses voisins qui lui apprirent que chez eux c’était pareil.

Carla dépassa le pressing et s’engagea dans l’impasse au fond de laquelle vivait son amie Josée. Comme à chaque fois, elle regarda la vitrine du pressing. La dame qui tenait le comptoir avait l’habitude de lui sourire mais cette fois elle lui tournait le dos. Elle était occupée à manipuler les boutons de son vieux Radiola.
Depuis deux heures plus rien ne marchait. Carla ne parvenait pas à se connecter à Internet ni au réseau SFR, la télévision et la radio ne captaient plus que des parasites, seuls les téléphones fixes fonctionnaient. Tous les voisins subissaient la même chose.
Josée était chez elle. Elles se firent la bise et préparèrent ensemble le thé. Chez elle aussi tous les réseaux étaient indisponibles. Elles discutèrent des causes possibles à cet événement. D’après des rumeurs entendues dans la rue ça pouvait être une attaque terroriste. Vers dix-huit heures, un coup de feu fut tiré quelque part dans le quartier. Les deux femmes tressaillirent. En plaisantant sur la possibilité de se prendre une balle perdue, Josée alla fermer la fenêtre. Ses mains tremblaient légèrement. Ses yeux reflétaient de la frayeur. Carla parut moins affectée que son amie.

Il n’y avait plus de radio ni de télévision, plus d’Internet, plus de téléphone portable, plus de talkie-walkie. Partout dans le monde, des trains, des métros se percutèrent, des avions incapables de communiquer avec le sol s’écrasèrent ; les banques, les machines à carte bleue et tout ce qui était connecté en réseau cessa de fonctionner. Des milliers d’anecdotes barbares, grotesques et tragiques se produisirent. Des foules se soulevèrent. Les gares, aéroports, universités, hôpitaux, casernes devinrent en quelques minutes des lieux de chaos et de violence. Les standards des téléphones fixes sautèrent. La police débordée s’en remit à l’armée. Personne ne comprenait rien. Toute l’existence humaine s’était paralysée d’un coup et l’onde de choc détruisait chaque structure de la société.

Trois personnes courraient. Précédées de leur vacarme, elles déboulèrent un peu après une heure du matin en haut de la rue et la dévalèrent en direction de la place du Capitole, d’abord le fuyard, un adolescent en jogging bleu marine, Nike et Khéfier, et puis deux ou trois secondes après ses poursuivants, deux militaires en tenue de combat. On n’entendait rien d’autre que le claquement des rangers et des baskets sur les pavés.
Au premier étage d’un immeuble qui donnait sur la rue, un jeune homme prit sa DV et filma.
Les militaires gagnaient du terrain. Au milieu de la rue l’un d’eux poussa l’adolescent d’un coup du plat de la main au milieu du dos. L’adolescent perdit l’équilibre, roula au sol, les deux militaires se jetèrent sur lui. Ils l’encerclèrent en l’insultant et le frappant à coups de pieds tandis qu’il protégeait son ventre et ses parties génitales avec ses genoux et parait avec ses avants-bras les coups qui visaient la tête. Ses mains présentaient de nombreuses blessures défensives. Il criait et pleurait et tournait sur lui-même dans un effort inutile. Les ombres projetées par la lumière ajoutaient de la confusion. Après trente ou quarante secondes de la sorte un des soldats s’agenouilla sur lui et lui desserra les bras de force. L’autre le saisit des deux mains par les cheveux. Il le relevèrent et son Khéfier tomba, révélant son visage. Il se débattit et appela à l’aide. Ils le giflèrent, l’écrasèrent contre un mur, le frappèrent dans les reins avec la crosse de leurs FAMAS. Ils le menottèrent. L’éclat très jaune des lampes au sodium assombrissait le sang jusqu’au noir.
Ils remarquèrent le jeune homme.
– Hé ! Enculé ! Donne ça ! Descend ! Donne ça !
Le lycéen blêmit et recula vivement. Il claqua la porte-fenêtre et éteignit la lumière. Dans sa panique, il renversa un verre à Coca-cola qui roula sur le tapis.
Un militaire resta avec le captif, l’autre ouvrit la porte avec le même passe qu’utilisent les facteurs. Il pénétra dans l’immeuble, grimpa jusqu’au deuxième étage, cogna à la porte.
– Ouvre ! Ouvre, enculé !
Il répéta :
– Ouvre, enculé, ou je défonce ta porte de merde ! Ouvre, connard !
Donatien, prostré sur le canapé, semblait incapable de parler. Son visage exprimait une incrédulité terrifiée.
Le soldat utilisa la baïonnette de son fusil d’assaut comme un pied de biche pour briser la serrure, qui céda au bout de vingt secondes en produisant un bruit sec là où le métal s’arrachait au bois. Donatien sursauta, la porte s’ouvrit à la volée, le soldat chargea. L’adolescent cria « non, non » d’une voix aiguë et enfantine tout en reculant au fond du canapé et en essayant dans le même temps de se lever pour fuir. Le soldat fut sur lui en un instant et lui fractura la mâchoire avec le canon en acier de son FAMAS, qu’il utilisa comme une matraque. Donatien, choqué et désorienté, du sang plein la bouche, glissa du canapé en lançant le bras pour se rattraper à quelque chose, échoua par terre. Il gargouillait et crachait de la bave sanglante. Le militaire lui écrasa la poitrine avec sa botte. Il glissa le bout de son arme dans la hanse de la caméra et la fit tomber dans son autre main. Il la projeta contre un mur. Elle éclata. Des morceaux de plastique et des composantes électroniques se dispersèrent.
Il releva le jeune homme en le soulevant par le cou et dans le même mouvement le plaqua contre un mur. Il écarta ses jambes à coups de pieds, le fouilla, le menotta. Donatien gémissait d’une voix aiguë. Il tentait de parler mais n’articulait rien. Ses yeux étaient écarquillés et vitreux de terreur. Tout en le menaçant avec son Sig-Sauer SP 2022, le soldat fouilla la pièce et empocha un portefeuille. Il fit aussi tomber la chaîne au sol. La musique s’interrompit. Ensuite, il quitta l’appartement avec son prisonnier.

L’hypothèse finalement retenue : l’univers aurait interrompu son mouvement, ensuite son mouvement aurait repris. Dans l’intervalle, qu’on peut difficilement quantifier en durée étant donné que le temps également était supposé avoir cessé, une espèce issue d’une autre dimension se serait infiltrée. Sa présence aurait bloqué les ondes de fréquence comprise entre neuf kilohertz et trois mille gigahertz. Cette espèce aurait été porteuse d’un virus.

14 juin

A dix heures trente il y eut des tirs en rafales courtes et des ordres criés dans un mégaphone ; des tirs isolés et puissants répondirent aux premiers, puis le silence s’installa et dura une minute, après quoi les coups de feu recommencèrent, fusils d’assauts d’un côté et fusils de chasse ou à pompe de l’autre, cela continua une minute de plus et cela cessa complètement

Carla, assise dans le bureau du Père Philippe Durieux, l’attendait. Il pénétra dans son bureau en ouvrant la porte avec le coude et en la refermant avec les fesses. Il portait à deux mains un plateau en aluminium décoré d’une tête de chaton sur lequel se trouvaient deux tasses en porcelaine blanche, une cafetière en verre remplie et fumante, un sucrier, une pince à sucre et deux petites cuillères en fer, une soucoupe en cuivre piqueté de vert contenant un amoncellement de gâteaux secs bons marchés. Il posa le plateau sur son bureau encombré de livres et de papiers. Quelques gouttes giclèrent hors du récipient. Il s’excusa pour son retard, remplit les tasses et en tendit une à Carla. Elle sourit et remercia.
– Les journaux ont cessé de paraître. Vous saviez ça, Carla ? Par ordre de l’armée.
– Ordre de l’armée ?
– Il paraît. La rumeur. Enfin, ce qui est certain en tout cas, c’est qu’il n’y a plus d’autre source d’information que ces horribles camions qui circulent nuit et jour.
– Oui, c’est une vraie plaie.
Ils avaient tous les deux le même âge. Philippe Durieux portait l’habit de sa fonction. Ses cheveux gris, sa coiffure et ses lunettes carrées lui donnaient l’air d’un personnage de Cote Ouest. Il parlait lentement, d’une voix réfléchie, avec des pauses entre les phrases.
Carla expliqua le but sa visite. Elle voulait transformer l’église en dispensaire et accueillir les jeunes marginaux, les prostituées et les toxicomanes afin de leur offrir des soins, un lieu où dormir et dans la mesure du possible de la nourriture. Elle comptait sur la solidarité et le volontariat des paroissiens. Le prêtre hocha la tête, garda le silence, affirma qu’il était d’accord, hocha encore la tête, énuméra les difficultés qu’il faudrait résoudre : obtenir de l’armée l’autorisation de se regrouper à plus de trois, le droit de se déplacer après le couvre-feu, des laissers-passer pour les bénévoles, etc.
– Sans parler, continua-t-il, de l’accord qu’il faudra négocier pour que les soldats nous remettent ceux qui pourraient avoir besoin de nous au lieu de les arrêter et de les jeter en prison...
Ils continuèrent leur bavardage banal et entrecoupé de silences. Philippe Durieux resservit du café. Un voile de tristesse assombrissait le regard de Carla. Elle remua lentement la cuillère pour dissoudre le sucre. Ce fut le seul bruit pendant un moment et puis il y eut des cris dehors. Des militaires ordonnaient à quelqu’un de s’arrêter. Dans le bureau, tous les deux avaient une posture d’attente. Leurs corps et leur regard exprimaient une tension. Il n’y eut pas de coup de feu mais les bruits habituels d’une arrestation violente.

Des pillards attaquaient les centres commerciaux, les boutiques, les automobilistes. Des gens réglaient leurs comptes. Ca déraillait. Les gyrophares et les coups de feu rythmaient la fin d’après-midi. Privés d’ordres et de radio, les policiers, les pompiers, les ambulanciers improvisaient. Le chaos gagnait les hôpitaux, les casernes de pompiers et de gendarmerie, les commissariats. Chaque groupe d’homme devenait un îlot. Les rencontres entre porteurs d’un même uniforme permettaient d’échanger informations et inquiétudes.

Florence avait passé une partie de la journée à affronter les militaires. Le combat se jouait à une vingtaine de soldats contre cinquante émeutiers équipés de foulards, casques de moto, pistolets à grenaille, cocktails Molotov et feux d’artifices. L’armée tua six personnes et en blessa trente-deux. Deux soldats touchés par les feux d’artifices brûlèrent vif. L’odeur saisit tout le monde à la gorge. Après divers replis et escarmouches, tout le groupe fut dispersé ou arrêté. Florence reçut une balle de 7.62 à la clavicule. Elle souffrait d’une fracture, saignait beaucoup, avait de la fièvre et semblait en état de choc.

La police et l’armée patrouillaient. De temps en temps des coups de feu claquaient et renvoyaient leurs échos d’un immeuble à l’autre, puis le calme revenait, traversé sans trêve par les instructions que diffusaient les camions équipés des haut-parleurs, proches ou lointains et toujours en mouvement ; ça évoquait, en plus menaçant, les stations balnéaires sillonnées de long en large par les voitures publicitaires vantant un cirque ou un taureau piscine. Les informations changeaient parfois, dernière répercussion d’une décision prise dans un ministère réuni en cellule de crise et descendant la hiérarchie avec méthode.

Il y avait des vitrines brisées et des voitures encastrées dans des rideaux de fer, des rues entières couvertes de tessons de verre qui craquaient sous ses pas, des traces d’essence et des traces de sang, des véhicules accidentés et d’autres calcinés. Partout flottait la même odeur de gaz carbonique et d’huile de moteur. Des impacts de balles grêlaient des façades, d’importantes plaques de suie en forme de cône inversé en noircissaient d’autres. Il n’y avait plus de cadavre dans les rues mais leurs empreintes. Une chaussure poisseuse et déchiquetée, une éclaboussure bistre sur un trottoir ou plus vive sur un panneau publicitaire à la vitrine explosée, une piste de gouttes brunes menant au paillasson gorgé de sang d’une cage d’escalier déserte. Il y avait peu de monde, des personnes isolées qui allaient au supermarché ou qui en revenaient, des couples qui erraient avec au visage une expression hébétée, des enfants à l’air choqués, et puis les patrouilles.

Le soir tombant, il y avait de moins en moins de civils dans les rues et ne restaient que les CRS, qui tentaient de reprendre le contrôle de la ville petite zone par petite zone, et les bandes, qui les affrontaient selon une tactique de guérilla, provoquant des escarmouches et se dispersant après avoir causé un maximum de dégâts dans un minimum de temps. Des CRS mourraient. Des émeutiers aussi. Les forces de l’ordre utilisaient désormais systématiquement les armes à feu. De plus en plus, ils visaient le torse ou la tête au lieu des membres. Personne ne contrôlait la situation, personne ne donnait d’instruction à personne, la chaîne de commandement était rompue. Il n’y avait plus de vision d’ensemble et chaque unité agissait aliénée à toutes les autres.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Ven 28 Nov - 9:44

15 juin

Vincent arriva chez lui sans encombre. Ici plus qu’ailleurs, les immeubles et les parkings portaient la marque de combats à l’arme automatique et à la grenade. Des appartements ravagés dégorgeaient encore une fumée anthracite. Toutes les voitures avaient brûlé. L’air, saturé de molécules de plastique fondu, de poussière et de suie, provoquait toux et larmoiements. Nadia regardait par la fenêtre. Elle aperçut Vincent. Elle manifesta de la joie.

C’était un bistrot traditionnel. L’enseigne (chez Dédé) n’avait pas été corrigée quand le bar avait changé de main, passant par héritage du père au fils. L’incendie avait calciné la façade depuis le sol jusqu’au premier étage. Il ne restait plus de la vitrine brisée que des éclats polis et noircis. A l’intérieur tout avait brûlé. Les tables, les chaises, le comptoir, le flipper, les bouteilles, les verres, l’alcool, la télévision, les posters, tout était détruit. Le sol était jonché de débris, de cendres, de morceaux de bois et de plastique carbonisés, de verre brisé. A travers la pellicule noire, froide et collante qui couvrait tout on distinguait l’ancienne couleur des choses. Une amère odeur de cendre, de brûlé et d’alcool imprégnait le lieu.
Trois corps allongés grouillaient d’asticots. Deux hommes en civil, un en uniforme de la gendarmerie, aucun n’avait d’arme visible. Un civil reposait sur le dos et une bouillie rose vif remplaçait son visage et la partie supérieure de son crâne, l’autre avait un tee-shirt raide de sang séché et des orifices d’entrée de balle aux bras, le gendarme n’avait plus de tête. Les traces sur le sol indiquaient que l’affrontement s’était déroulé après l’incendie.

La proclamation de l’état d’urgence déclencha des émeutes qui durèrent plusieurs heures et eurent pour conséquence une centaine d’arrestations, plusieurs dizaines de blessés et une vingtaine de morts du côté des émeutiers, et des pertes militaires négligeables. Après avoir pacifié la ville l’armée entreprit de la quadriller de check points, en commençant par les ponts qui traversaient le fleuve. A partir de six heures du matin, des camions de l’armée patrouillèrent. Leurs haut-parleurs diffusaient en boucle les instructions : interdiction de se rassembler à plus de trois personnes ou de conduire un véhicule sans autorisation spéciale à demander à la mairie de son arrondissement de résidence habituelle, application du couvre-feu de dix-huit heures à six heures, obligation de posséder des papiers d’identité et de les présenter à chaque point de contrôle, interdiction de détenir des armes ou des objets dangereux, arrestation des contrevenants et usage de la force en represaille à tout acte de rebellion. La liste des immeubles vidés de leurs habitants et déclarés zone militaire était disponible dans les commissariats et les gendarmeries. Des soldats en tenue de combat encerclaient certains locaux de France Télécom avec ordre d’abattre à vue et sans sommation quiconque tenterait de forcer le périmètre de sécurité matérialisé par des chevaux de frise. Depuis le milieu de la nuit, l’armée avait réquisitionné et sécurisé tous les bâtiments qui abritaient dans leurs sous-sols les nœuds de raccordement d’abonnés et par conséquent contrôlait l’utilisation et la distribution des lignes de téléphonie fixe. Elle détenait le monopole de l’unique mode de transmission qui fonctionnait encore et le répartissait entre les différentes composantes de la sécurité civile, rétablissant ainsi les chaînes de commandement et restaurant les hiérarchies. Plus personne d’autre ne pouvait communiquer à distance.
Partout chacun parvenait à la certitude que tous les autres étaient également touchés ; partout des gens dont c’était le métier tentaient de comprendre les causes de ce dérèglement et des gens dont c’était le métier tentaient de découvrir un remède, aucun ne servant à rien.

Kévin, en caleçon et tee-shirt blancs, accoudé au balcon, regardait devant lui. Sa peau se couvrait de chair de poule. Il fumait une Camel. Les cendres tombaient dans le vide. Il masquait de sa main le rougeoiement de la fraise. Le vent dispersait la fumée. Une bouteille de rhum blanc Saint Dominique aux trois quarts pleine était posée à ses pieds. Carrefour se situait à deux cent mètres à vol d’oiseau de son poste d’observation. Le parking était dégagé de tout piéton et de tout véhicule, à part trois jeeps de l’armée et une dizaine de soldats en tenue de combat entourant un camion citerne garé près de la station essence. Un tuyau et une pompe reliaient la citerne à la cuve qui stockait le carburant. Elle était creusée dans le sol, blindée et aux dimensions d’une piscine domestique. Son niveau baissait lentement.
Kévin lampa une dernière gorgée puis reposa la bouteille sur la terrasse. Il quitta l’appartement, descendit aux caves par l’ascenseur, rencontra trois hommes charpentés comme des amateurs de musculation, joggings sombres, capuches sur le crâne, armés. L’un d’eux tendit un sac de sport contenant trente kilos de matériel à Kévin, qui le remercia et retourna à l’ascenseur. Il en sortit au dernier étage, crocheta une trappe, jeta le sac sur le toit et y grimpa ensuite. Il vit le cadavre d’un militaire reposer sur le ventre. Sous sa tête, une mare de sang s’élargissait à vue d’œil. Courbé en deux, Kévin trotta jusqu’au bord ouest et s’accroupit de sorte à ne pas dépasser le garde-fou. Il sortit du sac les différentes pièces d’un lance-roquettes MILAN. Assembler tous les éléments lui demanda quinze minutes. Il travaillait sans schéma technique. Une fois l’arme opérationnelle et chargée, il s’installa au poste de tir et régla les paramètres de visée. Il enfonça des tampons de cire dans ses oreilles. L’adolescent reproduisait des gestes qu’il avait répétés pour un travail annulé à cause de la catastrophe et remplacé par celui de ce soir.
Il déclencha le tir. La brutalité de la détonation l’étourdit malgré ses bouchons, l’arrière de l’arme cracha une gerbe de feu plus longue que le toit de l’immeuble, une roquette filoguidée de soixante-quinze centimètres de long et cent quinze millimètres de diamètre jaillit vers le camion-citerne en déployant ses ailettes. Les militaires levèrent la tête. Elle percuta sa cible trois quarts de seconde plus tard. L’explosion arracha le camion au sol. Il se disloqua, l’essence s’embrasa en une vaste boule aveuglante, les hommes moururent sur le coup, le feu se propagea aux autres camions, aux pompes et à la cuve, les trois cent mille litres qu’elle contenait s’enflammèrent, tout ça en moins de cinq secondes. Kévin laissa son arme et rampa vers la trappe. Des balles ricochaient assez loin de lui sur le ciment. L’éclat de l’incendie gênait les snipers. Il quitta le toit et retrouva en bas les trois hommes. Ils s’enfermèrent dans une cave.

16 juin

L’armée, après avoir pacifié la Gare Montparnasse au terme d’une bataille qui dura six heures et eut pour conséquence cent douze arrestation, quarante-trois blessés et dix-neuf morts côté pillards et dix-sept blessés et six morts côté militaire, décida de la réquisitionner dans le but d’y installer son PC.
Des tanks, des rouleaux de fil de fer barbelé et des hommes en arme bloquaient les points d’accès à la gare, les rues y menant, les voies de métro, les voies ferrées. Des militaires transféraient le contenu des boutiques de la galerie commerciale dans des semi-remorques, d’autres transformaient les magasins vidés en dortoirs pour soldats ou officiers. La sécurité, les travaux et l’encadrement occupaient plus de trois cent soldats de tous grades. Le ministre de la défense voulait que le PC soit opérationnel le dix-huit juin.
Le poste de secours n’avait pas changé de fonction et accueillait les militaires blessés au cours des émeutes. Devant la porte, une demi-douzaine de soldats debouts ou assis attendaient leur tour en fumant des clopes et en se faisant tourner une bouteille de Jenlain. L’un d’eux avait un œil bandé, de la gaze couvrait entièrement le visage d’un autre, un troisième était amputé de la main droite et avait un pansement compressif au cou, les trois derniers ne présentaient pas de blessure visible. Ceux-là avaient déjà été soignés et venaient pour leur suivi médical. Un autre poste de secours s’occupait des urgences. L’un des soldats racontait aux autres qu’un émeutier l’avait visé avec une fusée de feu d’artifice ; l’explosion du pétard lui avait arraché le casque et brûlé le visage au second degré. La tête et le haut du corps saisi par les flammes, il avait riposé par réflexe d’un tir de FAMAS. Les trois balles de la rafale courte touchèrent son aggresseur à la poitrine. L’homme racontait l’anecdote avec un mélange d’aggressivité et d’enthousiasme.

L’odeur de la maladie emplissait la chambre d’hôtel. Le mobilier se composait d’un lit à deux places, d’une table posée contre la fenêtre et flanquée d’une chaise, d’une armoire, d’un coin salle de bain isolé du reste par un rideau en angle bleu ciel et d’une télévision qui ne recevait aucune chaîne. Les murs blancs crépis à la goutte portaient les traces de toutes les cigarettes qui avaient été fumées ici.
Lucy vomissait par intermittence à genoux devant les toilettes. Son ventre expulsait par spasmes un liquide gluant et acide constitué de glaires, de bile et de sang. Entre deux crises, le front posé contre l’émail frais, les yeux tournés vers l’eau trouble, elle avalait des goulées d’air en hoquetant comme une noyée et appuyait sur le bouton de la chasse d’eau pour évacuer les déchets et les odeurs. Des embruns échappés du tourbillon ravivaient son visage livide et lui donnaient de l’air frais. Elle était poisseuse de sueur. La robe fleurie qu’elle portait depuis quatre jours était souillée. Son parfum (Elle, d’Yves Saint Laurent) se perdait parmi les relents de transpiration et de déjections. Une de ses bagues avait glissé de son doigt et était tombée dans les toilettes ; elle avait tiré la chasse sans remarquer l’événement. Ses cheveux n’étaient ni lavés ni coiffés. Il restait sur son visage des traînées de maquillage. Des larmes remplissaient ses yeux gonflés et vitreux, de la morve épaisse s’écoulait de son nez, ses lèvres étaient cyanosées. Un mucus compact et mêlé de sang noir s’accumulait à ses commissures et s’épanchait sur son menton. Dehors, à cinq cent mètres de là, un tank tira sur un bâtiment.

Depuis six heures du matin, une jeep de l’armée garée sur le parvis filtrait l’accès à l’église transformée en dispensaire. Les blessés et les sans-abri devaient faire tamponner leur laisser-passer par deux militaires relevés toutes les six heures, subir une fouille et entrer par une porte latérale gardée par deux autres soldats en tenue de combat.
A dix-sept heures, alors que Carla, l’infirmière-chef, bavardait avec le lieutenant Franchi, deux motos débouchèrent d’une rue et foncèrent sur la place, chacune montée par deux individus casqués. L’homme assis à l’arrière de la première lança une grenade défensive en direction des soldats. Elle explosa sur la jeep qui prit feu aussitôt, deux militaires tombèrent, les autres ripostèrent. Les motards s’abritèrent derrière leurs véhicules et sortirent des revolvers de leurs blousons.
Le lieutenant Franchi était effondré et sanglant. Son œil pendait hors de l’orbite. Carla avait une hémorragie au bras, une autre à la cuisse et le visage couvert de sang. Un éclat avait traversé son ventre et sectionné sa moelle épinière. Elle voyait la voiture en flamme et rien d’autre. Elle entendait les tirs et les cris et aussi l’agonie bruyante du lieutenant. Après une quarantaine de secondes la fusillade cessa, il y eut des exclamations et des rires qui n’étaient pas ceux des soldats puis une nouvelle explosion retentit à une dizaine de mètre. Le lieutenant mourrut à ce moment-là. Carla agonisa encore pendant presque une minute.

Keirah était officier de police judiciaire depuis quatre ans. Elle avait vingt-sept ans. Ce matin elle avait été détachée par le commissaire Liévain auprès des services de renseignements de l’armée. Elle travaillerait désormais sous les ordres directs du lieutenant-colonel Auzier et son rôle consisterait à assiter aux interrogatoires des suspects afin d’en rendre compte au préfet. Après avoir quitté son nouveau supérieur elle déambula dans l’enceinte militarisée du centre commercial. Il s’organisait sur trois niveaux de mezzanine autour d’un puît de lumière central et surplombé par une rosase en verre. La climatisation ne fonctionnait pas. La verrière concentrait la chaleur, qu’aucune aération ne venait troubler, de sorte que la température dépassait les trente-cinq degrés. Elle sortit et resta un moment sur le parvis à observer par terre, presque contre la chenille d’un tank, un pigeon mort que dévoraient des fourmis. Son visage présentait une expression indéchiffrable. Alors qu’elle se relevait et s’étirait, un jeune sergent vint lui proposer de boire un coup. Elle accepta l’invitation et le suivit dans le Quick surchauffé et transformé hâtivement en mess des sous-officiers. Il y régnait une agitation bon enfant. On y buvait de la bière. Keirah était la seule femme. Vers dix-neuf heures on rétablit l’air conditionné. Des cris de joie accueillirent l’événement.

Les parents de Donatien profitèrent des heures de libre circulation pour se rendre à pied au commissariat et signaler sa disparition. L’endroit débordait de prisonniers blessés et agressifs. L’armée assistait la police dans ses tâches administratives. Un homme en uniforme et visiblement débordé enregistra une main courante.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Ven 28 Nov - 9:44

17 juin

André regarda l’heure à son radio-réveil : il était huit heures. Il l’alluma d’un air las ; aucun son n’en sortit. Il soupira, et c’était un long soupir. Il ouvrit un tiroir de sa commode. Il en sortit un Smith et Wesson modèle 36 dissimulé sous une pile de tee-shirts et enveloppé dans une peau de chamois. En s’asseyant sur le lit, il prit soin d’éviter le costume qui y était posé. L’arme sentait l’acier et la graisse. Il appuya le très court canon contre sa gorge ; bloqua sa respiration, ferma les yeux, ne tira pas. Il déplaça le canon de quelques centimètres vers le haut, contre ses lèvres. Il ouvrit la bouche. Le contact du métal sur ses dents le fit grimacer. Il tenait l’arme de la main droite. Il abaissa le chien avec le pouce, et ce geste n’était pas commode, vu la torsion qu’il imposait à son poignet pour tenir le revolver face à lui. Son autre main, crispée sur le canon, le maintenait dans la bouche. Son visage exprima une importante tension. Peut-être hésita-t-il. Il ne faisait aucun mouvement qui permettait de le conclure. A la fin, il tira.

Depuis le sommet d’une tour, un homme tirait au fusil sur trois cars de police en stationnement. Les CRS, abrités derrière des voitures, ripostaient. L’écho des coups de feu claquait sur toutes les façades de la cité. Aux fenêtres, des visages inquiets ou rigolards observaient la scène. Le tireur abattit un CRS puis reçut une balle qui lui fit éclater le front et le renversa en arrière. Un groupe de quatre hommes en tenue d’assaut pénétrèrent dans l’immeuble.

La salle d’interrogatoire était un garage à voiture fermé, éclairé par un spot lumineux de soixante watts et maintenu à une température supportable par un gros ventilateur à pales, tous deux branchés à un groupe électrogène. Les moteurs du générateur et du ventilateur tournaient selon des rythmes contradictoires. Leur niveau sonore élevé remplissait d’un bourdonnement pénible la totalité du local. Ca sentait l’essence, la poussière et le vestiaire. Fred était assis sur une chaise métallique rivetée au sol, chevilles menotées, épaules tordues en arrière, poignets menottés dans son dos. Une lanière de cuir enserrait son cou et maintenait sa tête fixée au dossier. La chair était décolorée autour de l’entrave. Fred n’avait plus de vêtement. Bien qu’il transpirât, sa peau se couvrait de chair de poule et il claquait des dents. Des ecchymoses déformaient son visage. Il portait des marques noires de brûlures, en forme de H, à la verge et aux tétons. Un de ses doigts, cassé, dégouttait, environ une goutte toutes les trois secondes, chacune se formant à l’extrémité de la phalange, sous l’ongle, grossissant, s’alourdissant, enfin se détachant, tombant, s’écrasant. Au sol, cela dessinait des soleils rudimentaires et enchevétrés. La main était maculée de brun. A ses pieds il y avait un seau rempli d’eau. Des éclaboussures entouraient le seau, tâches sombres que buvait le ciment gris du garage. Non loin il y avait une batterie avec divers cadrans et potentiomètres, d’où partaient deux fils en plastique noir, consolidés en plusieurs endroit par du ruban adhésif de même couleur, terminés par des pinces crocodiles. La batterie aussi était reliée au groupe électrogène.
Fred n’était pas seul dans le garage. Il y avait deux soldats qui se tenaient debout près de lui et un homme en civil assis sur une chaise dans un coin. L’homme en civil était un policier. Il consignait tout ce qui se passait. Pour l’instant ses notes remplissaient trois pages d’un carnet de format A5. L’un des deux militaires avait vingt ans, l’autre quarante. Tous les deux suaient et paraissaient furieux. Le vieux posait les questions.
– Pour la dernière fois, fils de pute. Il crèche où, ton pote ? C’est quoi son adresse ?
Fred ne répondit pas. L’autre continua.
– Qui c’est qui a fourni les grenades ? C’est lui ou un autre type ?
Le jeune intervint.
– Mais putain de merde tu vas parler enculé ?
Il bondit sur Fred et lui donna un coup de poing au ventre, sec, fort. Fred se contracta et se tordit autant qu’il pouvait.
– Tu sais dans quel état il est le mec que tes potes ont grenadé ? Tu le sais ? Il est dans le coma, enculé de ta race ! Dans le coma ! Il a son visage complètement brûlé ! Il a perdu soixante pour cent de son poumon gauche ! Espèce de batard !
– Laisse tomber, on va le travailler à l’électricité encore un coup. Viens, aide-moi.
Ils prirent les pinces crocodiles et les fixèrent aux testicules de Fred au lieu de sa verge. C’est le jeune soldat qui mit la machine en marche. Le courant électrique fit un circuit complet, d’un fil à l’autre, en passant par le corps de Fred, qui se contracta. Ses yeux s’exhorbitèrent. Il bava et hurla de douleur. Il était tendu, tétanisé, tous ses muscles bandés, galvanisés par l’électricité qui le traversait. Le jeune soldat tourna le potentiomètre à fond et on entendit, sous les cris de Fred, un grésillement. Une odeur de grillé envahit la pièce. Le policier en civil eut un haut le cœur et palit. Il se leva pour reprendre consistance.
– Arrête, arrête, dit le vieux soldat. Arrête.
Le jeune soldat tourna la molette dans le sens opposé. Fred devint mou. De la fumée montait de ses testicules.
Le vieux soldat détacha les pinces et eut un mouvement de recul très vif.
– Bordel ! C’est dégueulasse ! Putain !
Les couilles avaient brûlé. La peau avait partiellement fondu et s’était soudée au métal. Des particules de chair y restaient attachées.
Une odeur de merde s’éleva et supplanta toutes les autres. Le policier nota l’heure du décès et termina son rapport, toujours pale. Sa main tremblante rendait son écriture moins lisible.
Ils ouvrirent le garage pour aérer. L’odeur de chair grillée impregnerait leurs vêtements et leur peau pendant des heures. Ils fumèrent. Pendant un moment ils ne parlèrent pas. Ensuite ils échangèrent des banalités.

De la vapeur d’eau embrumait la salle de bain, bien que la porte fût ouverte. L’homme, un Noir, était nu et encore mouillé de la douche. Il se tenait devant un lavabo en émail blanc entretenu avec soin. Il avait essuyé la vapeur qui couvrait la glace et s’y regardait comme tous les matins, mais aujourd’hui il examinait son reflet avec attention. Un mince trait rouge soulignait ses paupières inférieures. Une multitude de minuscules boutons pullulait autour des yeux et sur le front. Il les toucha, fronça les sourcils, serra les mâchoires. Puis son visage se relâcha et dans le même temps son regard glissa vers le bas. Toute concentration disparut, laissant place à une expression consternée. Il demeura ainsi un moment, tenant la vasque du lavabo, après quoi il s’en détacha et s’assit sur le rebord de la baignoire. Ses doigts glissaient sur son crâne rasé et jusqu’à son front. Son regard marquait l’anxiété.
Il se leva, fouilla dans l’armoire à pharmacie et en sortit un thermomètre qu’il cala sous son aisselle gauche. Il attendit puis lut la température : trente-neuf degrés. Il était vingt-et-une heures.

18 juin

Lucas avait vingt-deux ans. Il gisait affalé sur son canapé. La fièvre empourprait son visage, sa respiration sifflait, des larmes coulaient de ses yeux rouges. Un mélange de sang et de vomi emplâtrait son tee-shirt. Il ouvrait la bouche mais rien n’en sortait que le sifflement peu sonore de son souffle ; parfois il perdait conscience. Il lui arrivait de se concentrer sur les bruits extérieurs ou bien de fixer son attention sur un groupe de silhouettes armées qui passaient dans la rue. Alors, une lueur d’intelligence ou l’éclat d’une émotion lui allumait les yeux. Le reste du temps il agonisait. Il couinait et se tordait avec de moins en moins d’énergie, en proie aux douleurs internes que provoquait la maladie en détruisant ses organes. A la fin il ne chassait plus les mouches qui butinaient le sang à ses écorchures ou sur ses lèvres gangrenées. Il mourrait sans faire de bruit ni rien manifester. Dehors, des militaires continuaient à patrouiller mais il y était désormais indifférent. Il arrivait qu’on entende des échanges de coups de feu. Un tel événement était rare et ne paraissait pas parvenir à sa conscience.

Dans le lit de camp à montants métalliques, la femme d’origine sénégalaise, recouverte d’un drap de coton blanc, ne bougeait pas. Seule sa tête et le haut de son cou dépassaient. Ses yeux étaient fermés. Son visage inexpressif transpirait. Des mèches échappées de la natte qui rassemblait ses cheveux noirs se collaient sur son front. Des croûtes jaunâtres lui cernaient les yeux, les narines, les lèvres. Un sang noir et chargé de caillots s’accumulait dans le nez, qu’il fallait essuyer. La peau de son visage et de son cou se nécrosait en plaques sombres ; là où il n’y en avait plus la chair apparaissait pale et maladive. La jeune femme, comateuse, ne souffrait pas. Sa respiration habituellement silencieuse chuintait parfois.
La chambre était simple : des murs couverts d’une tapisserie jaune clair, des tomettes, un plafond blanc et propre. En plus du lit, il y avait une armoire et une table pareilles à celles des chambres d’hôtel bon marché. Un Coran était posé sur la table et un tapis de prière roulé dessous. D’épais rideaux blancs filtraient la lumière de l’unique fenêtre et la pénombre donnait une impression de paix. La pièce était fréquemment lavée à l’eau de Javel mais l’odeur des miasmes persistait.
Assise sur une chaise à proximité du lit, une jeune Marocaine veillait la malade. Ses cheveux teints en blond étaient réunis en tresses fines. Son rouge à lèvre rose vif contrastait avec la couleur de sa peau. Elle portait un body et une mini jupe écarlates, des bas blancs, des chaussures à talons hauts. Ses ongles étaient vernis en rouge aux mains et aux pieds. Près d’elle il y avait une corbeille à papier qui contenait une dizaine de cotons et de compresses tous imbibés du même mélange de sang et de pus.
Elle jeta un regard inquiet à Samira. Samira s’occupait d’elle et des autres filles depuis le début des émeutes. Il y avait deux jours qu’elle était malade et son état empirait d’heures en heures. Elle ne s’alimentait plus. Elle n’était pas la seule a avoir contracté cette maladie. Les pensionnaires colportaient les rumeurs venues du dehors. Il était question d’une épidémie mais personne ne savait rien. Sortir se renseigner semblait trop dangereux.
Une infirmière venait régulièrement examiner Samira. A chaque visite elle lui ouvrait la bouche pour y faire pénétrer de l’eau au moyen d’une seringue, mais la mourante rejetait toute quantité trop importante. A seize heures elle entra dans la chambre. C’était une Algérienne d’une quarantaine d’années. Elle portait une robe d’infirmière et avait les cheveux coiffés en chignon. La fatigue marquait son visage. Elle échangea un sourire avec la jeune Marocaine et elle bavardèrent un instant. La jeune fille voulut savoir s’il y avait des nouvelles de l’extérieur. L’autre répondit que non, mais que la violence avait cessé. Puis elle s’approcha Samira. Elle contrôla le pouls et la respiration, se releva, garda le silence un instant. D’une voix ébranlée, elle déclara que la femme était morte. La jeune fille se figea sans répondre. Son visage reflétait l’incrédulité. Des larmes leurs montèrent aux yeux. L’infirmière rabattit le drap sur le visage de la morte, la jeune fille alla fermer les volets, durant le court moment où la fenêtre était ouverte on entendit des bruits de tanks.

On ignorait comment la maladie se contractait. Peut-être dans l’air ou dans l’eau, peut-être au contact des autres malades, dans leurs déjections, leur souffle, leur salive ou leur sperme ; personne ne savait. L’incubation durait quatre jour, entraînant tantôt des états grippaux, tantôt aucun symptome. La première phase de la maladie venait ensuite. Six heures de fièvre, migraine, courbatures et anémie. Chez certains malades on observait des boutons autour de la bouche et des narines ainsi qu’un léger rougissement du blanc de l’œil. La deuxième étape durait douze heures et provoquait diarrhées, vomissements, douleurs aigües aux ganglions et aux muscles. L’hyperthermie et la déshydratation devenaient inquiétantes. Les malades perdaient conscience par intermittence, leur mémoire immédiate s’altérait, leur épuisement empirait. La dernière étape durait six heures. Les organes cessaient de fonctionner. Des hémorragies internes teintaient de sang noir les vomissements, fèces et urines. Les muqueuses se nécrosaient. La malade mourrait.
La maladie toucha quatre vingt dix pour cent de la population humaine ; sur cette masse de personnes atteintes, cinq pour cent survécut à l’attaque. Dans une ville comme Paris deux millions et cent mille personnes attrapèrent la maladie et sur ceux-là environ deux millions mourrurent. Cela arriva entre le dix-sept et le dix-huit juin.

Anne-Marie redressa son torse en grimaçant et s’adossa contre le mur. Elle perdit et reprit conscience plusieurs fois. A chaque réveil son regard était égaré. Elle ne savait plus où elle se trouvait.
Elle se releva avec difficulté. En s’aidant des murs, elle progressa jusqu’au lit. Chaque geste la rapprochait de l’épuisement et ses efforts pour respirer lui crispaient le visage et le ventre. Du sang poissait le traversin et des traces humides et sombres souillaient la housse aux endroits où elle n’avait pas pu se retenir de chier au cours des jours précédents. Elle se laissa tomber sur le matelas. Elle s’évanouit.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Ven 28 Nov - 9:45

19 juin

Le chien était un épagneul de couleur beige, âgé de trois ou quatre ans, tatoué, qui s’appelait Crapule. Il portait un collier bleu vif. Une capsule de laiton y était accrochée, enfermant des informations à son propos. Il passa par le portail ouvert et pénétra dans la propriété. Il trottina dans le jardin jusqu’à la maison, flairant la piscine au passage. Les oiseaux venaient y boire et les insectes morts faisaient comme des grains de poussière à la surface. Il poussa du museau la porte d’entrée entrebaillée. Il se rendit d’abord à la cuisine. Il renifla la gamelle. Des mouches s’éloignèrent. Elle contenait une pâtée très odorante. Il se détourna et lapa un peu d’eau sale dans un bol ébréché. Il s’intéressa ensuite à la poubelle. Il promena sa truffe sur le couvercle de plastique jaune et le gratta. Il racla avec une insistance croissante. La poubelle tomba, s’ouvrit et déversa une partie des ordures qu’elle contenait. Le chien recula, huma deux ou trois fois, s’approcha du tas. Il mangea les restes de nourriture.
Son repas terminé, il quitta la villa pour chier près d’une Renault 21 couleur prune et pisser contre sa roue avant gauche. Il alla jusqu’au garage et s’endormit au pied d’un buisson.

La maladie avait frappé partout, très vite, sans épargner les gouvernements ni les administrations. Les survivants étaient dépassés. Il n’existait aucun plan. Personne n’avait prévu une catastrophe de cette ampleur. Il n’y avait aucune directive. D’une manière générale l’armée prit le pouvoir partout où il y avait un pouvoir à prendre. Très peu d’endroit au monde dérogèrent. Les soldats mourraient en masse comme tout le monde mais les appareils militaires parvenaient à faire face. Des jeunes gens s’engageaient, motivés par la perte d’une famille et le désir de trouver une issue au cataclysme, qui venaient renouveler les effectifs pour un temps, avant de disparaître à leur tour et être remplacés par d’autres. L’armée organisa partout le ramassage des cadavres et leur crémation, souvent en collaboration avec ce qui restait des autorités civiles. Les soldats recrutaient beaucoup à cette occasion. Des veufs, des orphelins. Le pillage, le viol et le meurtre devinrent la routine, un exutoire normal à l’horreur de la tâche.

Le camion numéro 69-134 diffusait les informations et distribuait les sacs dans le troisième arrondissement de Lyon. Dans chaque ville importante les sacs étaient fabriqués par une unité de volontaires sur le modèle des sacs de morgue. Après chaque transport ils étaient désinfectés et réutilisés. La procédure était simple. Il fallait marquer à la craie sur chaque porte d’immeuble ou de maison le nombre de sacs nécessaires. Les corps devaient être emballés individuellement, avec leur nom indiqué sur l’étiquette prévue à cet usage. On déposait les paquets dans la rue, ainsi protégés du pillage et des animaux, en attendant que les camions de ramassage puissent les emporter au crématoire. Les rues et les maisons étaient en réalité jonchées de cadavres abandonnés. Les chiens et les chats errants dévoraient les plus frais. Les rats charognaient en bande. Il n’y avait plus que l’odeur de la chair morte. La distribution de sacs était un geste inutile qui concernait moins d’un mort sur dix, accompli par acquit de conscience.
L’équipage du 69-134 se composait du sergent Frank Valadon, du caporal Joseph Dubourg et des soldats Roger Hourtic et Damien Degard, dit Dédé. Frank Valadon, vingt-trois ans, était responsable du camion et le conduisait. Il avait attrapé la maladie et y avait survécu. Sa peau était jaunâtre, tendue et vérolée. Il était sourd d’une oreille et avait maigri de quinze kilos. Ses yeux étaient creusés et son visage épousait la forme de son crâne. Joseph Dubourg s’occupait de la diffusion des messages. Il était âgé de cinquante-deux ans, avait des cheveux gris acier, des yeux bleus perçant et une carrure de rugbyman. Toute sa famille était morte mais il n’avait pas été atteint. Roger Hourtic avait quarante-huit ans. Il était marié depuis vingt-quatre ans. Il n’avait aucune nouvelle de ses enfants qui étudiaient à Paris, sa femme était morte, il avait survécu à la maladie. A cause d’une infection il avait perdu ses dents, un œil et un bras. Il ne pouvait plus chier. Il pompait sa merde à l’aide d’un appareil. Damien Degard, trente ans, était d’origine Portugaise. Il était petit, sec et mat. Son arrière grand-père s’appelait Delgado mais le nom de famille avait été francisé à la génération suivante. La maladie ne l’avait pas touché. Roger et Damien étaient chargés de la distribution des sacs et de la sécurité du camion. Ils ne se séparaient jamais de leurs armes même si la raréfection des munitions restreignait leur emploi.
Ils se parlaient peu. Ils accomplissaient leurs tâches de manière mécanique, dans une hébétude et un épuisement partagés par les survivants qu’ils croisaient. Survivants et militaires se haïssaient mutuellement, sans doute à cause du cauchemar absurde et routinier qu’ils vivaient en commun et dont ils se renvoyaient la responsabilité.

Damien présenta les premiers signes de la maladie vers vingt-trois heures. Il dormait depuis longtemps et la fièvre le réveilla. Il sortit de la boutique transformée en dortoir. Il grimaçait en marchant. Il fuma sur le quai du métro, adossé à un tank de faction inutile puisqu’il n’y avait plus d’émeute depuis quarante-huit heures. Une toux sèche le cassa en deux, il cracha du sang et de la salive, une nausée transforma l’épisode en crise de vomissements qui dura plusieurs minutes. Il grelotait. Après avoir récupéré un peu de souffle il se rendit au poste de secours à l’intérieur de la gare. Une cinquantaine d’autres soldats étaient là, manifestant les mêmes symptomes. Les discussions et les rumeurs circulaient, relayées par des voix lasses et ponctuées de hochements de tête épuisés et de regards fébriles et entendus.
Les médecins et les infirmiers étaient débordés. Dans leurs rangs aussi la maladie avait frappé. On isola les invalides dans une rame de métro gardée par des militaires qui paraissaient en bonne santé. On leur donna des antibiotiques inutiles. Ils se laissaient faire, dépossédés de leurs armes, sans énergie. Damien fit partie de la première vague. Au fil des heures, d’autres les rejoignirent. On accrocha d’autres wagons. L’atmosphère était chargée de toux, de sueur et d’odeurs délétères.
A l’aube trois rames étaient remplies de malades debouts et serrés comme aux heures de pointe. Les premières diarrhées sanguinolentes se déclarèrent à sept heures et quart. Damien était inconscient ou mort depuis longtemps. Des policiers en civil utilisèrent le système d’aération des wagons pour gazer les soldats au monoxyde de carbone. Trop faibles pour se révolter, ils mirent soixante à soixante-quinze minutes à mourir.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par stalker le Ven 28 Nov - 14:37

Konsstrukt, il est indiqué, dans mécanique de la rubrique, qu'un fuseau doit être créé par un administrateur pour présenter ses chapitres de romans. Là, tu as posté n'importe comment, c'est le bordel. Ok, c'est marqué sur la bannière que le forum peut être aussi bordélique, mais là on ne va s'y retrouver.
Je te crée un fuseau et tu déplaces, svp ?
Si tu peux poster moins de chapitres à la fois, aussi, ce sera plus plaisant pour tout le monde.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Ven 28 Nov - 14:47

ok, je déplace ; comme précisé, il y aura un chapitre par semaine, caporal.
c'est sûr que trois topic, ça va être un bordel noir, oulà.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Ven 28 Nov - 14:48

(ouais en fait non, je déplace pas, ça me casse les couilles - soit tu déplaces, soit tu me vires, soit tu considères que le forum est assez vide pour garder sur l'oreille ton règlement à la con ; au choix)
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par stalker le Ven 28 Nov - 14:52

Je vais méditer sur la question au cours de la journée.
Ce n'est pas compliqué, il me semble, de respecter deux ou trois petites règles d'organisation sur un forum où tu déboules comme tu l'as fait. Je reconnais bien là ton fichu caractère - qui ressemble à ton écriture (au moins tu es cohérent).
Tête de mule.
Tu peux encore déplacer tes chapitres, tu en as pour 10 minutes. Moi, je n'ai pas que ça à faire.
Je fais du rangement ce soir.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par edmond Gropl le Ven 28 Nov - 22:37

konsstrukt a écrit:(ouais en fait non, je déplace pas, ça me casse les couilles - soit tu déplaces, soit tu me vires, soit tu considères que le forum est assez vide pour garder sur l'oreille ton règlement à la con ; au choix)

Konstruct, arrêtes de jouer au cancre (ce que tu n'es pas). Tu as du aller a l'école. Tu as eu accès à l'éducation. On a du, a un moment, te soummettre les principes de la politesse et du savoir vivre. Tu a le droit de penser que ce sont des valeurs bourgeoise mais arrêtes de te clouer toi même au pilori, c'est ridicule.

Sinon, le texte est tres bon.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Ven 28 Nov - 23:06

le savoir vivre, c'est pas ça, ballot. mais merci du compliment à propos du texte. le savoir-vivre, c'est ce dont fait preuve le stalker, qui sait recevoir sur son forum, même un cancre dans mon genre.

(par ailleurs, quitte à finir au pilori, autant que ça soit moi qui plante les clous)

stalker : merci d'avoir pris un peu de ton temps pour déplacer mon truc. tu "reconnais", ça sonne comme si tu l'avais déjà vu. on se serait croisé quelque part sur internet ?
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par stalker le Sam 29 Nov - 1:03

Ben oui, on s'est déjà croisé.
D'ailleurs, le forum grouille de fantômes, tu verras. Et de nouvelles trombines tout à fait sympathiques.

A propos de trombines, depuis le temps que je te vois poser des bombes sur les forums, je serais curieux de savoir à quoi tu ressembles. Tu n'es pas obligé, mais tu peux la coller dans un coin à la rubrique présentations, à l'occasion, un jour où tu es de bon poil.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par zero le Sam 29 Nov - 10:56

Salut Konsstrukt.


Dernière édition par zero le Sam 29 Nov - 20:56, édité 1 fois
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par fredgev le Sam 29 Nov - 11:16

une bonne petite soirée oui, où tu n'as malheureusement pas pu rester longtemps, antoine, et où j'ai attrapé un train à l'arrache deux ou trois heures après.

sinon, à propos, vous trouverez dans le géante rouge numéro onze le début de ce roman, ainsi qu'un texte d'antoine...
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Sam 29 Nov - 12:37

ho bin salut les copains !
bah alors stalker, tu es qui ?
(non mais je suis toujours de bon poil, hein, mais c'est une façon de débarquer qui m'informe tout de suite sur ce que préfèrent les gens : les humains ou la politesse - histoire que je sache où je mets les pieds)

zéro : ce blog me sert surtout de grenier ; en principe faut pas trop donner son adresse.

stalker : pour voir ma gueule, faut venir le 5 décembre à bordeaux, ou alors prochainement à paris, lyon, strasbourg, la suisse. ou alors inviter le big band à une kermesse pas loin de chez toi
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par stalker le Sam 29 Nov - 13:56

Merci pour le lien, Zero.
Je vais réfléchir au projet kermesse. Ce sera en Creuse, dans un bois, ou bien à Limoges.
Ou encore à Lille ? Il faut demander à Fred.
Mon grenier perso se trouve .

Tiens, je me sens moins seul à la rubrique romans, mais on peut encore faire mieux.
N'est-ce pas Fred et Zero ?
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Sam 29 Nov - 14:03

pfff, les deux feignants, là, ça fait des années que je les tanne.
ah ouais, tiens, dans un bois.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Sam 29 Nov - 15:10

ah, ouais, je viens de lire tes commentaires sur le coin du polar.
ça n'a pas amélioré mon rhume.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par zero le Sam 29 Nov - 21:02

Konss, j'ai édité mon message précédent, pour en retirer le lien vers ton blog.
Bon maintenant pour voir ta tête les gens seront obligés de te commander une photo dédicacée, c'est une idée pour Noël.

Sinon, Stalker, pour les romans, euh, c'est fini pour l'instant de mon côté, je me contente de textes courts.
Quel dommage...
Par contre je suis sûr que Fred il a de la réserve.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Sam 29 Nov - 23:17

tiens, en parlant de rhume, ton avatar me détruit les yeux, le front et une partie du nez.
(merci. sur ce site, y'a aussi des trucs persos genre machins de la caf, pas trop destinés au public - bon, tu me diras, stocker ça sur un blog, faut pas être trop malin)
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par zero le Sam 29 Nov - 23:43

Quel avatar ?
Celui-là ?



Pardon.

C'est la pochette d'un disque de Merzbow. Ceci explique cela.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Dim 30 Nov - 13:20

aah, oui, ça m'étonne guère.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Lun 1 Déc - 10:36

photos : patrice dantard – http://daslook.com



19 juin

Le chien était un épagneul de couleur beige, âgé de trois ou quatre ans, tatoué, qui s’appelait Crapule. Il portait un collier bleu vif. Une capsule de laiton y était accrochée, enfermant des informations à son propos. Il passa par le portail ouvert et pénétra dans la propriété. Il trottina dans le jardin jusqu’à la maison, flairant la piscine au passage. Les oiseaux venaient y boire et les insectes morts faisaient comme des grains de poussière à la surface. Il poussa du museau la porte d’entrée entrebaillée. Il se rendit d’abord à la cuisine. Il renifla la gamelle. Des mouches s’éloignèrent. Elle contenait une pâtée très odorante. Il se détourna et lapa un peu d’eau sale dans un bol ébréché. Il s’intéressa ensuite à la poubelle. Il promena sa truffe sur le couvercle de plastique jaune et le gratta. Il racla avec une insistance croissante. La poubelle tomba, s’ouvrit et déversa une partie des ordures qu’elle contenait. Le chien recula, huma deux ou trois fois, s’approcha du tas. Il mangea les restes de nourriture.
Son repas terminé, il quitta la villa pour chier près d’une Renault 21 couleur prune et pisser contre sa roue avant gauche. Il alla jusqu’au garage et s’endormit au pied d’un buisson.





La maladie avait frappé partout, très vite, sans épargner les gouvernements ni les administrations. Les survivants étaient dépassés. Il n’existait aucun plan. Personne n’avait prévu une catastrophe de cette ampleur. Il n’y avait aucune directive. D’une manière générale l’armée prit le pouvoir partout où il y avait un pouvoir à prendre. Très peu d’endroit au monde dérogèrent. Les soldats mourraient en masse comme tout le monde mais les appareils militaires parvenaient à faire face. Des jeunes gens s’engageaient, motivés par la perte d’une famille et le désir de trouver une issue au cataclysme, qui venaient renouveler les effectifs pour un temps, avant de disparaître à leur tour et être remplacés par d’autres. L’armée organisa partout le ramassage des cadavres et leur crémation, souvent en collaboration avec ce qui restait des autorités civiles. Les soldats recrutaient beaucoup à cette occasion. Des veufs, des orphelins. Le pillage, le viol et le meurtre devinrent la routine, un exutoire normal à l’horreur de la tâche.

Le camion numéro 69-134 diffusait les informations et distribuait les sacs dans le troisième arrondissement de Lyon. Dans chaque ville importante les sacs étaient fabriqués par une unité de volontaires sur le modèle des sacs de morgue. Après chaque transport ils étaient désinfectés et réutilisés. La procédure était simple. Il fallait marquer à la craie sur chaque porte d’immeuble ou de maison le nombre de sacs nécessaires. Les corps devaient être emballés individuellement, avec leur nom indiqué sur l’étiquette prévue à cet usage. On déposait les paquets dans la rue, ainsi protégés du pillage et des animaux, en attendant que les camions de ramassage puissent les emporter au crématoire. Les rues et les maisons étaient en réalité jonchées de cadavres abandonnés. Les chiens et les chats errants dévoraient les plus frais. Les rats charognaient en bande. Il n’y avait plus que l’odeur de la chair morte. La distribution de sacs était un geste inutile qui concernait moins d’un mort sur dix, accompli par acquit de conscience.
L’équipage du 69-134 se composait du sergent Frank Valadon, du caporal Joseph Dubourg et des soldats Roger Hourtic et Damien Degard, dit Dédé. Frank Valadon, vingt-trois ans, était responsable du camion et le conduisait. Il avait attrapé la maladie et y avait survécu. Sa peau était jaunâtre, tendue et vérolée. Il était sourd d’une oreille et avait maigri de quinze kilos. Ses yeux étaient creusés et son visage épousait la forme de son crâne. Joseph Dubourg s’occupait de la diffusion des messages. Il était âgé de cinquante-deux ans, avait des cheveux gris acier, des yeux bleus perçant et une carrure de rugbyman. Toute sa famille était morte mais il n’avait pas été atteint. Roger Hourtic avait quarante-huit ans. Il était marié depuis vingt-quatre ans. Il n’avait aucune nouvelle de ses enfants qui étudiaient à Paris, sa femme était morte, il avait survécu à la maladie. A cause d’une infection il avait perdu ses dents, un œil et un bras. Il ne pouvait plus chier. Il pompait sa merde à l’aide d’un appareil. Damien Degard, trente ans, était d’origine Portugaise. Il était petit, sec et mat. Son arrière grand-père s’appelait Delgado mais le nom de famille avait été francisé à la génération suivante. La maladie ne l’avait pas touché. Roger et Damien étaient chargés de la distribution des sacs et de la sécurité du camion. Ils ne se séparaient jamais de leurs armes même si la raréfection des munitions restreignait leur emploi.
Ils se parlaient peu. Ils accomplissaient leurs tâches de manière mécanique, dans une hébétude et un épuisement partagés par les survivants qu’ils croisaient. Survivants et militaires se haïssaient mutuellement, sans doute à cause du cauchemar absurde et routinier qu’ils vivaient en commun et dont ils se renvoyaient la responsabilité.



Damien présenta les premiers signes de la maladie vers vingt-trois heures. Il dormait depuis longtemps et la fièvre le réveilla. Il sortit de la boutique transformée en dortoir. Il grimaçait en marchant. Il fuma sur le quai du métro, adossé à un tank de faction inutile puisqu’il n’y avait plus d’émeute depuis quarante-huit heures. Une toux sèche le cassa en deux, il cracha du sang et de la salive, une nausée transforma l’épisode en crise de vomissements qui dura plusieurs minutes. Il grelotait. Après avoir récupéré un peu de souffle il se rendit au poste de secours à l’intérieur de la gare. Une cinquantaine d’autres soldats étaient là, manifestant les mêmes symptomes. Les discussions et les rumeurs circulaient, relayées par des voix lasses et ponctuées de hochements de tête épuisés et de regards fébriles et entendus.
Les médecins et les infirmiers étaient débordés. Dans leurs rangs aussi la maladie avait frappé. On isola les invalides dans une rame de métro gardée par des militaires qui paraissaient en bonne santé. On leur donna des antibiotiques inutiles. Ils se laissaient faire, dépossédés de leurs armes, sans énergie. Damien fit partie de la première vague. Au fil des heures, d’autres les rejoignirent. On accrocha d’autres wagons. L’atmosphère était chargée de toux, de sueur et d’odeurs délétères.
A l’aube trois rames étaient remplies de malades debouts et serrés comme aux heures de pointe. Les premières diarrhées sanguinolentes se déclarèrent à sept heures et quart. Damien était inconscient ou mort depuis longtemps. Des policiers en civil utilisèrent le système d’aération des wagons pour gazer les soldats au monoxyde de carbone. Trop faibles pour se révolter, ils mirent soixante à soixante-quinze minutes à mourir.




***

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Re: holocauste - roman à suivre

Message par limbes le Lun 1 Déc - 13:05

J’ai cru comprendre que tu te fichais royalement de ce qu’on pense de tes textes, mais bon, je me lance quand même… Ce que je trouve assez fort, c’est la façon dont tu extirpes des personnages, puis tu les plonges dans le chaos, puis ils crèvent (avant même qu’on ait eu le temps de se projeter ou de s’attacher à eux). Je trouve ça intéressant et original (pas de héros qui traverse indemme les évènements), parce que ça renforce le côté plongée dans l’apocalypse, pour le lecteur occidental repus et sécurisé, qui n’en sort pas indemme lui non plus, du coup (puisque tu lui proposes ni plus ni moins que de remettre en cause tout ce sur quoi il fonde sa vie).
Puis on a envie de savoir, pourquoi ce titre, d’où vient cette étrange maladie, qu’est-ce qui pourra subsister de l’humain pendant, après.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par limbes le Lun 1 Déc - 14:18

fredgev a écrit:
sinon, à propos, vous trouverez dans le géante rouge numéro onze le début de ce roman, ainsi qu'un texte d'antoine...

Sinon, le texte de zero dans Géante rouge, il est magnifique. Une petite ritournelle de poésie noire qui décape les strates et qui reste inscrustée, dans un coin de tête.
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Re: holocauste - roman à suivre

Message par konsstrukt le Lun 1 Déc - 18:19

(oui, enfin, j'apprécie tout de même les compliments, hein. merci beaucoup. mais j'ai bien peur que ce procédé ne soit pas spécialement original, hélas)

pourquoi le titre, c'est pas forcément le roman qui donnera l'explication, d'ailleurs. j'ai voulu faire un titre à la nom de la rose, qui veuille dire tout et rien à la fois, et donne de quoi jouer aux fous qui voudront en épuiser toutes les significations, et les comparer avec les thèmes/styles/détails de mon bouquin.
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Re: holocauste - roman à suivre

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