Des mules et des hommes - Harry Crews

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Des mules et des hommes - Harry Crews

Message par limbes le Mer 29 Oct - 16:48

«J’ai passé la moitié de mon existence à l’université, et pourtant je n’en suis pas. Je suis de nulle part, en réalité. A part la région que j’ai quittée, et ça par force rien qu’en souvenir. C’est en me persuadant de ça à ce moment-là que j’ai compris pour la première fois qu’il me faudrait écrire sur tout ça, mais pas sous le pratique et confortable déguisement de la fiction, pas en métaphores comme je le faisais depuis des années. Il faudrait faire ça à poil, sans la distance de la troisième personne du singulier. Seul l’usage du je, ce mot ravissant et terrifiant à la fois, me ferait parvenir là où j’avais besoin d’aller. »



Là où il nous emmène avec lui, du coup, c’est dans le territoire de son enfance, un coin aride et paumé de Georgie, Bacon County.

Ce qui est absolument formidable, entre autres, c’est ce qu’il nous dit du pouvoir magique des histoires, qu’on propage, qu’on invente et qu’on se raconte, quand on a que dalle et que la vie est si dure à chaque instant :
- les histoire qu’Harry et son petit pote noir Willalee créent à partir du catalogue Sears, Roebuck, le « Livre à souhaits », dont il dit :
« Ce qui m’a d’abord fasciné dans le catalogue Sears, c’est que tous les gens dedans étaient parfaits. Pratiquement tous ceux que je connaissais il leur manquait quelque chose, un doigt en moins, un orteil fendu, une oreille à moitié mordue, un œil laiteux à cause d’une agrafe qui a giclé pendant la réparation d’un poteau de clôture. (…)
Jeune comme j’étais, pourtant, je savais depuis longtemps que c’était tout des menteries. Je savais que sous les habits fantaisie fallait bien qu’il y ait des cicatrices, fallait bien qu’il y ait des bosses et des furoncles d’une manière ou d’une autre parce qu’il n’y avait pas moyen de vivre autrement en ce monde. Et plus encore, je ne sais pas exactement quand j’ai décidé ça, mais tous les gens dans le catalogue étaient liés, pas nécessairement par le sang, mais ils se connaissaient et parce qu’ils se connaissaient il devait bien y avoir du ressentiment et des disputes entre eux de temps à autre, de la violence et de la haine en plus de l’amour. Et c’est de savoir ça qui m’a fait commencer à inventer des histoires sur les gens que je trouvais dans le livre. »
- les histoires terrifiantes de Tatie, qui a une prédilection pour les serpents de toutes sortes,
- les histoires de mort et de sang des adultes à la veillée, etc.

C’est terrible, drôle, et touchant à la fois, et, sans être une fanatique des correspondances entre la vie et l’œuvre d’un auteur, en lisant ce livre, c’est toute la galerie des personnages tout cassés de Crews qui surgit, puisqu’ils tirent leur sève et leur racine de ce coin de terre, et de ce regard d’enfant sur eux.

« Les fantasmes, c’est peut-être pas la vérité telle que le monde la voit, mais qu’est-ce que c’était que la vérité quand les fantasmes étaient une question de survie ? »
(On pourrait peut-être mettre la deuxième partie de la phrase au présent?).

Après avoir réfléchi, et malgré ce qu'en dit Crews, j'ai préféré en parler dans la partie Romans.
Il s'agit d'un récit. Il s'agit de la nécessité vitale du récit.

Des mules et des hommes
Une enfance, un lieu
récit

limbes

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Re: Des mules et des hommes - Harry Crews

Message par edmond Gropl le Mer 29 Oct - 18:46

C'est un livre fabuleux.
On comprend tout, on comprend bien d'ou viennent tous les personnages de ses romans, sans qu'a aucun moment, il n'ait eu besoin de nous expliquer le pourquoi des choses.

Je l'ai lu il y a une dizaine d'années, certaines scènes, dont celle du rebouteux sont toujours presentes.

Et puis rarement, en ce qui me concerne, je n'ai lu quelque chose d'aussi proche de ce que je devinais enfant, de ce que je comprenais des histoires que racontaient mes parents à propos de leur enfance rurale. Chaque fois qu'on quittait la ville pour aller voir d'obscurs tontons dans la campagne haute ardechoise, je ne devais pas être tres tres loin de la Georgie d'Harry Crews.

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