Le Rouge est mis de Gilles Grangier (1957)

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Le Rouge est mis de Gilles Grangier (1957)

Message par Varg le Jeu 9 Oct - 23:52

Petite contribution à l'étude du cinéma de gangster classique français que l'on a parfois tort d'appeler nanar.

Aujourd'hui :

Le Rouge est mis



commis en 1957 par Gilles Grangier (5 films cette année là... 5 !)
avec dans les rôles principaux
Jean Gabin : Louis Bertin
Lino Ventura : Pepito le Gitan
Paul Frankeur : Freddo
Jean Bérard : Le Matelot
Marcel Bozuffi : Pierrot Bertin
Annie Girardot : Helène

Ah, ça sent le cinéma de quartier, les velours rouges défraichis, le grand écran publicitaire recouvrant l'autre, le vrai, là où tout à l'heure rouleront à toute vitesse les 15 CV Citron.

Le titre reste énigmatique, d'autant que nous sommes encore en Noir et Blanc. Quand on sort comme moi d'un cycle de films américains, la photo fait plutôt quelconque, pas de noirs profonds, pas de jeux d'ombre, pas de recherches spéciales de lumières ni plan sophistiqués et symboliques. Tout est en fait concentré dans le jeu des acteurs et dans l'histoire - ici de Le Breton, retroussée pour la circonstance par Audiard et Grangier. Là aussi, on a vu pire.

Le premier intérêt du film est dans le rôle atypique de Ventura qui joue un gitan violent, antipathique et tueur pathologique qui deviendra le vrai danger pour la petite bande autour de Loulou Bertin. Car Fredo prend peur de cette violence et Fredo, c'est celui qui amène les affaires, le casse de la banque de Belleville et le braquage du fourgon sur la route de Dourdan. Le Matelot n'aime pas trop la peur de Fredo, il le soupçonne de vouloir les doubler ou les donner...

Louis, c'est pour son frangin qu'il se fait du mouron. Interdit de séjour à Paris, cet imbécile y met quand même les pieds et se fait cueillir par les schmitts, au pied de l'immeuble de sa poule, Hélène. Les poulets lui mettent le marché en main : des infos sur Louis - que personne ne pense vraiment retiré des voitures - et il sera libre comme l'air. Pierre ne dira rien, mais quand il apprend que Louis a intimidé Hélène afin de l'éloigner de lui, son comportement change. Est-ce lui qui a prévenu les flics pour le coup de Dourdan ? Pépito en est convaincu et il est prêt à faire le grand ménage.

Il n'est ici question que de loyauté - entre les frères, entre les membres du gang - qui semblait être la vertu cardinale pour ceusse qui écrivaient, à l'époque, sur le Mitan. Des hommes (sous entendus d'honneur) bons fils (Gabin vit avec sa mère et son petit frère - la différence d'âge avec Bozuffi fait qu'on dirait le père et le fils, mais bon) et d'une certain éducation qui - au moins pour Bertin - lui permet de pouvoir jouer les grands bourgeois par moment et les caïds le reste du temps. Des valeurs familiales qui vont jusqu'à la paire de claques que Gabin (53 ans à l'époque) reçoit de sa mère parce qu'il rudoie son petit frère et qui contribuent à rendre encore plus sympas ces gens (chose que Dassin, dans Rififi ne faisait jamais) et qui étaient tout à fait impensables de l'autre côté de l'Atlantique, où sévissait encore le code Hays. De même des explosions de violence pathologique de Ventura, qui renforcent bien évidemment la sympathie du spectateur pour les autres membres du gang et en premier lieu Gabin, malin et matois.

On se plait à reconnaître des coins de Paris (l'ancienne zone des fortifs sans le périphérique ! ) ou de Joinville (là où étaient les studios) aujourd'hui défigurés. Et puis on pousse un petit soupir nostalgique, comme lorsqu'on termine une vieille série noire retrouvée dans un grenier, qui nous avait tant passionné, il y a trente ans et qui nous fait seulement sentir à présent à quel point le temps est passé vite...
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Re: Le Rouge est mis de Gilles Grangier (1957)

Message par stalker le Ven 10 Oct - 0:19

Merci pour cet arôme de Série noire, Varg. En pellicule et non en papier, mais le petit monde que tu décris reflète bien ceux mis en oeuvre par les auteurs de la SN de l'époque. J'ai un goût de Razzia sur la chnouf en tête, ou de Touchez pas au grisbi. Je vais essayer de mettre la main sur ce rouge-là, en pellicule.
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