Chuck Palahniuk - A l'estomac (2005)

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Chuck Palahniuk - A l'estomac (2005)

Message par Replay le Mar 30 Sep - 11:32




Vous êtes bien tombé, un jour, sur une de ces annonces vantant un stage d'écriture. Vous rêvez d'écrire, mais vous avez besoin d'aide ? Pas de problème, on a ce qu'il vous faut. En route.
Vingt-trois personnages du roman de Chuck Palahniuk attendent le bus qui les emmènera dans un lieu de retraite créatrice.

Drôles de gens. On les connaîtra sous les sobriquets de Camarade Maussade, Saint Descente de Boyaux , le Comte de la Calomnie, Sœur Autodéfense , le Chaînon Manquant, Chef Cuisinier Assassin et ses couteaux...

« Des noms qu'on méritait, d'après nos histoires. Les noms qu'on se distribuait,
inspirés de notre propre vie plutôt que de notre famille:
Dame Clocharde
Agent Cafteur
Des noms inspirés de nos péchés plutôt que de nos boulots
Saint Descente de Boyaux
et le Duc des Vandales
inspirés de nos fautes et de nos crimes
Le contraire des patronymes de super-héros. (P. 12)

... et puis... il y a le professeur, Monsieur Whittier:

« Dans la faible lumière de l’autobus, tout le monde espionnait M. Whittier, l’organisateur de cet atelier. Notre professeur. Sous ses rares cheveux gris soigneusement peignés, on voyait briller son crâne tacheté. Le col boutonné de sa chemise formait une sorte de barrière blanche amidonnée autour de son cou maigre piqueté, lui aussi, de marques de vieillesse.
« Les gens que vous fuyez en catimini, disait M. Whittier, n’ont aucune envie de vous voir apprendre. Ils n’aiment pas les surprises. »
M. Whittier disait aussi : « Vous ne pouvez pas être la personne qu’ils connaissent et la personne formidable et illustre que vous souhaitez devenir. Pas en même temps. »
Et il ajoutait que ceux qui, en fait, nous aimaient vraiment nous auraient suppliés d’y aller. De réaliser nos rêves. D’exercer nos talents. Et qu’ils nous adoreraient encore plus à notre retour.
Dans trois mois.
Le petit bout d’existence que chacun d’entre nous avait mis en jeu.
Que nous avions risqué.
En ce laps de temps, nous avions parié sur notre capacité à produire un chef-d’œuvre. Une nouvelle ou un poème, un scénario ou un essai qui donnerait un sens à notre vie. Un chef-d’œuvre qui nous permettrait d’échapper à l’esclavage d’un mari, d’un parent, d’un patron. Qui nous libérerait. » (p.20)

***


Roman, recueil de nouvelles avec fil conducteur ? La première page s'ouvre sur un poème-prologue, puis on monte dans le bus, les personnages sont présentés et mis en scène au rythme des arrêts. « Et Saint Descente de Boyaux appuie sur les freins et tourne son volant pour se garer. » Suit le chapitre «  Saint Descente de Boyaux » qui commence par un poème, puis par l'histoire de Saint Descente de Boyaux, coup d'envoi bien représentatif du reste du livre, dont le résumé ne rendra pas grand-chose: un jeune homme plein d'avenir et d'imagination, champion de la branlette en apnée, se colle l'anus sur la bonde d'évacuation de la piscine paternelle. Il se coupe les boyaux avec les dents pour se libérer, et rompt en même temps que son gros intestin la monotonie de sa vie familiale. Son bel avenir en prend un coup. L'auteur vous raconte tout ça comme si vous y étiez, et j'ai bien peur, personnellement, de ne plus pouvoir moi aussi manger de calamar sans penser à cette scène pleine de délicatesse scatologique. Magie de la littérature.

Les chapitre-nouvelle se suivent dans le même esprit. L'enfer, c'est nous, clament ces pauvres gens par tous les pores de leurs mots. Évidemment (il fallait s'y attendre), ils sont enfermés, prisonniers de leur folie, de la folie du monde, de tout. Ils veulent devenir des écrivains riches et célèbres. Enfin, célèbres surtout, parce que où est la littérature là dedans ? Pas dans la tête ni dans la quête de ces internés-là. Les média déboulent, l'affaire au fond n'est qu'un cruel réality-show, il faut donner à voir. Âmes sensibles, passez votre chemin, tout ce que l'homme peut faire de gore se retrouve dans ce livre (automutilation, dégustation de fœtus, etc). N'empêche. Ça déménage et ce n'est pas mal écrit.


Critiques intéressantes sur Le cafard Cosmique
Là où PALAHNIUK se plante, c’est qu’il espère nous intéresser avec cette pâle histoire aux conséquences prévisibles. Là où il ne se plante pas, c’est en alternant son scénario de nouvelles prétendument écrites par les protagonistes. La texture du roman est donc ultra classique, avec trame narrative principale et interludes bienvenues chapitres après chapitres. On y trouve également des poèmes, et on aura d’ailleurs raison de les oublier, tant ils sont médiocres [on nous dira que c’est voulu, on aura tort].
Bref, si tout ça ne va pas très loin, notamment à cause du côté systématique qui englobe l’ensemble, "A l’estomac" relève la tête avec brio si on se contente des nouvelles en oubliant l’histoire dans son ensemble. Et c’est ainsi que PALAHNIUK est grand, car ces tranches de vie sont toutes au mieux hallucinantes, au pire très correctes.

Sur fluctuat:
La galerie des horreurs dépeinte dans la collectivité est telle, qu'on sent un moment que Palahniuk va se planter, nous laisser une fois de plus au coeur d'un de ces romans où le personnage principal est un romancier qui décrit son processus d'écriture, au milieu d'un jeu gore qui n'a pas plus d'intérêt que le démontage de sa propre cuisine interne.
Palahniuk parvient a désamorcer ces craintes en utilisant cette image et en faisant progresser l'obsession de célébrité du groupe qui constitue un repoussoir à identification. Ceux qui sont enfermés dans le théatre possèdent en majorité des bonnes histoires, mais n'ont aucun moyen de s'en sortir. C'est aussi un monde incompréhensible où ceux qui s'en sortent n'ont plus rien à dire. Une phrase echappée du livre, de la bouche de la mère d'une enfant disparue : "J'aurais préféré qu elle soit morte".
L'incarnation de cette sitcom, balancée comme un reality show en aveugle, est malheureuse, bien entendue. Le titre français a un mérite, il nous avertit : C'est effectivement l'estomac bien accroché que se fait la visite de ce freak show, un solide paquet de nerfs, de sang et de tripes attendant ceux qui chercheront la clef de cette parade sauvage.

Un long extrait, tiré du début, sur
Rue des livres

Denoël ou Folio Policier, traduction de Bernard Blanc.

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