Benotman, Abdel Hafed - Marche de nuit sans lune (2008)

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Benotman, Abdel Hafed - Marche de nuit sans lune (2008)

Message par Replay le Sam 9 Aoû - 12:05

Vous en avez marre des polars mous, des faux espoirs de lecture, des découvertes tièdes, des humanistes pétris d'humour consensuel, des polars historiques, des polars hystériques, des flics à l'américaine, des flics à la française, des psychopathes démembreurs d'enfants nus dans les caves ? Vous voulez du bien écrit, du solide, avec de l'intelligence, du style, du noir qui claque et qui gifle ? Du vivant, de l'enragé, du présent?



Eh bien plongez dedans, mais attention:
C'est un roman de parti pris. Au début, on est en prison avec Dan. Il y a d'un coté les Hommes: ce sont les prisonniers, les victimes, et de l'autre les matons, les juges (les magist-rats), les flics, la Loi. Les emprisonnés sont assimilés à des résistants, les emprisonneurs aux nazis. Toute la fougue de l'auteur s'exprime dans ce sens." [...] Tous et toutes, au cours de la journée, ont été mis face à leurs juges et tous et toutes, trop fatigués, trop affamés, se sentant trop sales de ces cages déteignant sur eux, n'ont pas pu se défendre, n'ont pas pu continuer à nier sans même parler de continuer à nier l'innocence avec leurs gueules crasses de culpabilité. Tous ont changé, en bafouillant, leur version des faits, leur mémoire pleine d'arêtes trouée par le manque de calcium, malgré le filament de poisson hebdomadaire des vendredis carcéraux. Les instructions s'étirant sur deux ou trois ans font que ce qui a été dit au début est contredit à la fin. Le juge ressort les phrases datées paraphées, et, avec, les assomme à grands coups de mensonges contradictoires; les prévenus se coupent dans leurs déclarations en se mordant la langue. Les juges ont tous les droits, la compagne, la mère, l'épouse incarcérée pour recel de malfaiteurs, les enfants à la DASS et les chiens à la SPA, il faut avouer et dénoncer si on veut sauver Nini, les jumeaux et Médor. les expertises psychologiques sont terribles, en dix minutes l'expert a fourni ses conclusions qui ressemblent à des horoscopes de mauvais journaux. "(page 18)
[...] Tous et toutes, sans êtres innocents, ne sont plus coupables des faits reprochés. Les juges ne peuvent pas entendre cela, c'est incompréhensible à leurs oreilles bien qu'ils comprennent, entendent, écoutent le politicien responsable mais pas coupable dont ils ne retiennent pas les mots mais le ton! La voix des maîtres: Debout! assis! couché ! Fais le beau! fais le mort! Bon, juge, allez, viens te sucrer... La règle du jeu distribue les cartes pour qu'Ambition et Carrière gagnent sur Ethique et Déontologie." (page 20)
Dan croise Nadine -La Panthère- en prison. Nadine a plongé par la faute d'un flic pourri. Elle s'est fait voler (adopter) son enfant et Dan lui promet de le récupérer. Quand il sort de prison, il fait ce qu'il peut, et je ne raconte pas la suite ni la fin.
L'auteur est de la maison, taulard algérien en sursis d'expulsion. Difficile d'émettre une opinion ou des réticences sur les personnages, (on ne croisera jamais un flic humain, un juge honnête, un surveillant de prison estimable) parce qu'on sent bien que ce roman n'est pas un jeu romanesque, ni un plaidoyer pour plus d'humanité dans les prisons, ou quelque chose de ce genre. Les hommes ont tous les droits, dit-il, et aucun devoir. Les devoirs, ils les ont délégués aux élus qui sont là pour les exercer. C'est un droit de violer les lois, ce viol entraîne l'incarcération, et même et surtout en prison, les prisonniers n'ont que des droits, malheur à celui qui collabore en se reconnaissant coupable. Pour preuve, ne va-ton pas jusqu'à priver le citoyen de ses droits civiques, jamais de ses devoirs ?
"En s'excitant tout seul, Dan sait seulement que la récidive n'existe pas, que seule perdure la continuité qui fait qu'un problème amène à un acte qui conduit à la prison qui ne règle pas le problème et dont on sort avec, dehors, qui vous attend: le même problème juste un peu plus compliqué à régler et donc qu'il faudra la prochaine fois prendre plus de temps de prison avant de le résoudre, quand bien même il se démultiplierait à l'infini dans la perpétuité. Dan a compris beaucoup de choses comme la différence entre le temps et la vie. Avant, jeune, c'était le temps qui passait et maintenant c'est la vie qui passe". (page.103.)

C'est surtout un roman d'amour, disent les critiques (dans une volonté d'apaisement, à mon avis). Je ne suis pas d'accord. Pour moi c'est un récit guerrier, violent, radical, avec une écriture noire admirable.
Marche de nuit sans lune - Abdel Hafed BENOTMAN - Rivages/Noir
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Re: Benotman, Abdel Hafed - Marche de nuit sans lune (2008)

Message par rotko le Ven 15 Aoû - 16:50

oui, pour les polars mous, on n'ira pas chez benotman !

j'ai lu des nouvelles des forcenés, et j'ai bien aimé.

Une réserve pourtant : si le style est trapu, violent et ramassé, il n'en reste pas moins que, parfois, comme dans "gravure" on aboutisse à de l'obscurité. Soyons clair : je m'interroge sur son emploi des pronoms.

La première nouvelle de "poteaux de torture" m'avait fait le même effet.
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