Ne quittez pas

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Ne quittez pas

Message par Replay le Ven 6 Juin - 13:29



Vous avez demandé la police, ne quittez pas…

Elle a quatre ans ou cinq ou six. La vitre de la cabine téléphonique est brisée mais le téléphone bourdonne quand elle le pose sur son oreille. Elle est trop petite pour atteindre le cadran, elle reconnaît le un et le huit et le sept, on a joué à l’accident à l’école, elle appelle l’ambulance les pompiers pour qu’on vienne relever maman elle appelle ne sait pas qui elle appelle. Dans la caravane maman a froid par terre il y a du sang sur ses jambes.

Vous avez demandé la police, ne quittez pas.
Ils viendront, mais trop tard.

La rue est longue, les portes sont hautes, les digicodes aux lueurs pâles ne se trompent jamais, on ne peut s’abriter nulle part, c’est comme une digue, c’est l’hiver, c’est la nuit, les gens vivent en haut dans les immeubles lisses. On pourrait crier sans déranger les habitants endormis derrière leurs doubles vitrages. Un type la suit, elle en est sûre, elle entend son pas, elle se retourne brusquement, il s’accroupit entre deux voitures.
Peur qui monte, qui monte.

Elle a treize ans, son premier téléphone portable dans les mains, marche dans une rue du quartier nord, c’est la nuit, elle est habillée comme une pute, cuissardes, talons hauts, jupe ceinture, une mèche rouge lui tombe sur l’œil, elle marche dans une rue, la nuit, il est tard mais c’est l’été, c’est un quartier chaud avec des rues étroites où les poubelles débordent, elle écrit un sms en marchant. Ses mains sont sales, elle se ronge les ongles depuis toujours, ce n’est pas facile d’écrire un texto avec ses bouts de doigts boudinés, ongles bouffés jusqu’à la base, il n’y en a plus, peau qui passe par-dessus rognée jusqu’au sang, kikoo ma belle, trois hommes lui font face avec des épaules énormes des mains énormes des sexes énormes qui gonflent sous le jean, elle court et change de trottoir supprimer message oui composer numéro vous avez demandé la police ne quittez pas il y en a un qui l’attrape par les cheveux un qui lui arrache le portable et le fracasse contre le mur vous avez appelé la police elle ne viendra pas, trop tard.

Elle se retourne encore et l’homme s’esquive à nouveau, il y en a aussi un autre devant cette fois, un grand noir qui se plaque se planque dans une encoignure, elle a vingt ans les cheveux rouges mais pas du même rouge elle n’a pas de portable oublié perdu cassé elle guette un pas un bruit un homme devant un homme derrière la guettent l’attendent et vont lui sauter dessus c’est foutu c’est clair elle n’a aucune chance elle a vingt ans un jean large elle a maigri elle serre contre elle un sac de fille qui a la forme des sacs anciens des coffres ronds des malles à trésor elle crispe sur le cuir ses doigts ses pauvres doigts elle ne pourra même pas griffer pour se défendre et là ce n’est pas la peine de penser mieux vaut ne pas penser à rien ne quittez pas ne me quittez pas ne me quitte pas moi je t’offrirai

Il y a un homme, devant, avec une arme.
Il y a un homme, derrière, qui lui tord le bras.


Le grand noir ouvre le sac et racle au fond les trois bagues. Enfile sur son index un lourd bracelet d’or tâché de sang.
Sans ongles, impossible de manipuler un si petit fermoir. La peau de la vieille a craqué et le dessus de sa main un peu, aussi. Trois vieilles en une semaine et dans le même quartier, vous avez demandé la police, ne quittez pas
Ses poignets maigres pourraient presque glisser et se dégager des menottes, mais les deux flics la maintiennent fermement et, déjà, un gyrophare, au bout de la rue…
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