Truands - Frédéric Schoendoerffer (2007)

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Truands - Frédéric Schoendoerffer (2007)

Message par stalker le Mar 1 Juil - 3:40



Sexe, drogue & fric.
En avant, c’est parti pour 1 heure 40.
Au générique, on aurait pu mentionner « avec l’aimable participation des flics » puisqu’on en voit apparaître une bande à un moment donné, pendant 1 minute 40. On est surpris, d’ailleurs. On se demande si c’est des vrais. On en aperçoit une autre poignée, plus loin, mais c’est un peu trop flou et bref.
Mais de quels flics parlez-vous ?

Caméra à l’épaule, comme si on était juste derrière ; comme si on la tenait soi-même, avec la tremblote et tout et tout. Le résultat donne une succession d’images bougées, de flous, de vitesses instables, de mouvements imprévisibles. Pas un seul plan fixe dans ce film, mais deux plans ralentis : le premier et le dernier.
La boucle se referme. C’est bien vu.

Benoît Magimel n’a pas encore le charisme de Delon, mais il s’entraîne. Il s’en sort plutôt bien et il a l’habitude de ces rôles à présent. Il colle à celui-ci. Le réalisateur ne dissimule pas ses intentions et différents clins d’œil surviennent, ça et là – à des monstres, à des films : Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville ; Heat, de Michael Mann ; Hannibal, de Ridley Scott ; 36 quai des Orfèvres, d’Olivier Marchal (qui incarne l'un des truands du film).
On identifie aussi la patte Schoendoerffer (le fils), déjà repérable dans son précédent long métrage : Agents secrets. En revanche, on est très loin de Scènes de crimes, son tout premier, beaucoup plus raffiné et, à l’évidence, plus proche des êtres.

Dans Truands, son troisième film, c’est la guerre. Les êtres comptent peu et tombent comme des mouches. Les femmes, très nombreuses, forment un corps précaire, mais indispensable ; dénué de consistance, pris dans l’étaux de la coke et des liasses de billets. Contrairement aux hommes, elles ne seront pas traitées comme des mouches, mais comme des larves qui sucent et qu’on défonce à la demande. La plupart sont des putains. Les autres sont en formation ou en retraite. Béatrice Dalle est fatiguée ; elle se lamente sur 37°2.

La coke vient de partout, mais elle n’est rien sans le fric. Sans le fric, pas de grosses bagnoles neuves (aucune de marque française), pas d’alcool à profusion, ni de plateaux de fruits de mer arrosés au whisky – pas de putains à volonté, importées de Montenegro ou d’ailleurs. Pas de flingues, pas de macchabées.
Pas de film de Schoendoerffer.

Que nous dit donc le réalisateur ?
Question.
Frédéric Schoendoerffer est également le scénariste de Truands. Le film n’est l’adaptation d’aucun roman vendu à trois cent mille ou trois millions. Ce n’est pas un thriller, ni un polar, étymologiquement parlant. Alors c’est quoi ce trip ultra violent ? Pourquoi nous éloigne-t-il à ce point des êtres humains ? Et pourquoi tous ces coups de feu (différents de ceux de 36 quai des Orfèvres, puisque aucun n’est tiré par un flic) ? Pourquoi cette quasi absence (impuissance) des forces de l’ordre ? Et pourquoi ça fonctionne – malgré la réticence dont on peut faire preuve dès le départ, à la vue de cette espèce de théâtre de marionnettes gavées de sang et de pulsions tiré de nulle part ; inspiré de rien ?

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Re: Truands - Frédéric Schoendoerffer (2007)

Message par Varg le Mar 1 Juil - 9:31

Miam, miam... Ça donne envie de le voir et de tenter de répondre à ton interrogation finale. Merci.
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Re: Truands - Frédéric Schoendoerffer (2007)

Message par Varg le Dim 6 Juil - 10:41

J'ai donc vu ...

Et ?

En fait, c'est selon... Film de gangsters à l'allure de documentaire - le schéma narratif ressemble à s'y méprendre aux émissions TV de "reconstitution de fait divers" d'un mec comme Hondelatte (plat, factuel, linéaire, a-historique) - Truands démythifie le film de gangster à la Papa qui fit les beaux jours du cinéma français des années cinquante aux années soixante-dix.

Dans cette guerre de succession où s'affrontent les Anciens (le clan Corti) et les Modernes (le clan arabe autour d'Hicham) Schoendoerffer montre bien qu'à l'exception du pouvoir que leur donne la violence brute, ces gens-là sont d'une vacuité et d'une médiocrité abyssales. L'honneur, la parole donnée, le respect de l'adversaire que véhiculaient les films passés n'existent pas (tout ce petit monde ici est évidemment "moralement" plus proche de cette truanderie qui servit rue Lauriston) et l'on interdit au spectateur de s'accrocher, le temps de la projection, à une quelconque figure positive. Le romantisme du mauvais garçon évacué, on comprend mieux alors les critiques récoltées par le film : ni Borsalino, ni The Godfather, Truands ne s'embarrasse surtout pas d'une fausse dimension épique ni de dialogues savoureux qui le garderaient dans le champ de l'attendu cinématographique. Sans le vouloir, de ce côté, c'est peut-être un film honnête...

La relative absence de la Loi et de l'Ordre dans les évènements narrés ne m'a pas semblé absurde (on les retrouve quand même lors de l'arrestation et de la mise en prison de Corti) le cinéaste montrant bien la clôture de ce monde sur lui-même, hors le champ de la société civile et de ses heures d'ouverture, comme un chancre avec lequel on peut vivre (pas d'attaque de banques ou de pillage de supermarchés mais du trafic de coke au quintal et du dressage de prostitués à la centaine...)

Reste la manière et là, bon, c'est pas terrible. La direction d'acteurs part pas mal en eau de boudin : Caubère, comédien que je connais depuis le Soleil à la Cartoucherie et dont je respecte le travail, en fait des tonnes et surjoue tout le long du film. Magimel prend des poses de nironesques plutôt ridicules, Marchal est creux, Ludovic Schoendoerffer mauvais, peut-être tout ceci est-il voulu, pour faire comme dans la vie ? Si je comprends parfaitement la nécessaire banalité des dialogues, ils ne m'ont pas semblé justes pour autant (qui dit encore "melon" de nos jours ?) mais cela reste une sensation (et hors de question de revoir le film...).

A tout prendre pour la démythification du milieu, je préfère les 86 épisodes des Soprano...
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Re: Truands - Frédéric Schoendoerffer (2007)

Message par stalker le Dim 6 Juil - 17:43

Comme tu l'indiques au début : c'est selon...
Je crois qu'on peut percevoir ce film sous différents angles. A la fin, je me suis demandé comment j'allais l'aborder. J'étais très tenté de le casser, tout simplement, pour certaines raisons que donne Varg. Je me suis demandé si je m'étais régalé en le regardant, ou si je m'étais ennuyé comme un rat mort. Peut-être bien que je me suis régalé, mais j'y ai peut-être aussi trouvé des éléments intéressants que le réalisateur n'a pas forcément voulu y mettre. Je reverrai ce film, quoi qu'il en soit, dans quelques temps.
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Re: Truands - Frédéric Schoendoerffer (2007)

Message par Replay le Mer 1 Oct - 15:42

"La critique a globalement éreinté le dernier film de Frédéric Schoenderffer, Truands, sur le milieu du grand banditisme français. Trop violent, trop sexuel, trop vicieux, trop amoral, trop théâtral, trop trop… Apologie du crime sans aucun recul, violence gratuite, mise en scène tape à l'œil. Autant dire que je suis allé voir la chose, bardé de quelques craintes. J'en suis sorti partagé mais touché. Truands est un film qui dérange, bien sûr, mais Schoenderffer a réussi d'après moi son pari : montrer la violence telle qu'elle est, abjecte et en même temps grotesque."

La suite sur le blog de Bastien Bonnefous
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