Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

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Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

Message par Varg le Lun 30 Juin - 15:51



Vouloir contenir dans 110 minutes de cinéma l'univers très particulier de Fred Vargas est un projet ambitieux, que tous les fans de la belle romancière attendaient sans doute de pied ferme.

Là encore, comme dans la discussion initiée par Stalker pour La chambre des morts , nous nous trouvons devant le dilemne de l'adaptateur* (ici ils étaient cinq) : doit-on conserver quelque chose de l'original et, si oui, quoi ? Régis Wargnier et son équipe ont créé - ce me semble - une forme hybride qui retient le contexte vargassien, le simplifie - en réduisant notamment le nombre des personnages, leur background et les relations interdividuelles - et le "dynamise" en le colorant de scènes de poursuites sans lesquelles un film policier actuel passerait, semble-t-il, pour émasculé.

En fait, le dernier point conduit Wargnier a modifier les équilibres narratifs de Vargas, qui renvoie souvent dans le dernier quart de ses récits la partie proprement policière "active" de ses histoires. A mon sens, le propos de la romancière est toujours de développer les proximités, les affinités, les élections humaines ainsi que les rêves qui conduiront Adamsberg à ses célèbres intuitions. Tout ceci prend du temps, un temps fou même, mais le Adamsberg des romans n'en est pas avare, qui déambule dans la ville comme dans ses pensées.

Le film ne peut se permettre ce rythme parce qu'il doit donner à voir aux spectateurs. Il peut être aisément perçu comme fonctionnant sur deux temps : celui de l'exposé de l'histoire, du développement de l'intrigue pendant lesquels Wargnier suit plutôt scrupuleusement la trame de Vargas (jusqu'à la 40ème minute environ) et une partie beaucoup plus active, remuante, "policière" pour l'heure restante, que les gardiens du Temple rejeteront avec plus ou moins de vigueur**.

C'est cette heure qui est problématique car l'ensemble étant vidé de la substance humaine qui fait la richesse des romans de Vargas, elle est plutôt creuse, étirée et surtout stéréotypée. Notons cependant que, malgré cette grande banalité et ce délayage, Wargnier reste assez scotché à la trame initiale, introduisant des variantes et des simplifications qui semblent ne pas changer grand chose (à l'exception de l'impunité de l'instigatrice des meurtres dans le roman alors que la Marie de Wargnier sera attrapée. Pour moi, un point fondamental mais, bon...).

On sent cependant que cette heure de délayage/action est indispensable pour donner une légitimité "à l'export", même si cela le rapproche du tout-venant, y compris télévisuel. On pourrait trouver pas mal d'autres arguments pour étayer cette sensation. La transposition de l'action du peut-être pas assez photogénique XIVème arrondissement vers un haut lieu de la branchitude bobo (la fontaine Stravinsky, plus reconnaissable à l'international) ainsi que la suppression de tout ce qui a trait au côté populaire, proche des gens, familial, amical des romans de Fred Vargas.

Sans les nuages à pelleter et le clan à maintenir, le choix de Garcia dans le rôle d'Adamsberg est aussi cohérent qu'un autre (bien que je le vois plutôt mal dans la scène de Sous les vents de Neptune où il doit échapper à la police québecoise caché sous le peignoir de Retancourt). Son jeu, sinistre, glacial, sans humour, peut faire passer les moments de rêveries d'Adamsberg pour du mépris ou de l'absence de considération mais l'humain ayant déserté le film, cela ne dépare pas. Petite prestation de Serrault, médiocre Belvaux, les autres rôles pas toujours très bien tenus mais tellement vides de substance que cela ne gêne pas.

"Je crois que le plus grand tort de Régis Wargnier est d'avoir fait de Pars vite et reviens tard un film policier alors que tout le monde sait bien que Fred Vargas n'écrit pas de polars. (Tenzin Gyatso, 14ème Dalaï-Lama)


* Considérons pour l'instant que nous sommes capables de répondre à la question de fond "pourquoi adapter un roman existant plutôt que développer un scénario original ?".

** Un petit peu de cuisine avec, comme borne, la découverte de la peste de 1920 et l'introduction de l'expression "fantôme familial". Dans le roman, elle est le fait du psychiatre Ferez et intervient à la 222ème page, soit au 2/3 du roman. Dans le film, est le fait de Decambrais (le personnage de Ferez a disparu, sans doute pour étoffer le rôle de Serrault) et intervient aux alentours de la quarantième minute, soit un peu plus du tiers du film.
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Re: Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

Message par Replay le Lun 30 Juin - 17:28

Pas vu encore. Par contre, le film (téléfilm ?) de Dayan passé à la télé ce printemps dernier, avec Jeanne Moreau, houlala!
Je crois que Claude Berri ou Yves Robert aurait bien mis en scène Fred Vargas. Quelqu'un plus proche du cinéma populaire français. (bon, ok, ils sont un peu vieux ou morts). Je ne vois pas du tout Adamsberg en ténébreux et les romans de Vargas ne sont pas des romans noirs pour moi.
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Re: Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

Message par stalker le Lun 30 Juin - 17:33

Ni vu, ni lu.
Je vais regarder le film, mais pas lire le roman. On a aussi le droit, n'est-ce pas ? Juste pour voir.

Merci pour cette critique argumentée, Varg.
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Re: Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

Message par Varg le Lun 30 Juin - 18:10

Replay a écrit:Pas vu encore. Par contre, le film (téléfilm ?) de Dayan passé à la télé ce printemps dernier, avec Jeanne Moreau, houlala!
Pourtant dans l'esprit, beaucoup plus proche de l'univers vargassien. D'ailleurs Fred a dit que c'était génial ici-même. Moi je me suis fait iech un max mais seulement sur la deuxième partie (j'avais piscine lors de la diffusion du premier épisode).

replay a écrit:(...) et les romans de Vargas ne sont pas des romans noirs pour moi.
Tu es donc d'accord avec Sa Sainteté (qui m'a fait le plaisir de m'autoriser à diffuser son commentaire).


Dernière édition par Varg le Lun 30 Juin - 21:12, édité 1 fois
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Re: Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

Message par Varg le Lun 30 Juin - 18:11

stalker a écrit:Ni vu, ni lu.
Je vais regarder le film, mais pas lire le roman. On a aussi le droit, n'est-ce pas ?
Absolument...
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Re: Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

Message par stalker le Mer 9 Juil - 16:43

C’est le centre de Paris, pile poil. Ce bassin animé par des créatures mécaniques de Nikki de Saint-Phalle, qui jouxte le centre Georges Pompidou, où un homme lit à haute voix des petites annonces à l’attention d’un public dérisoire, mais fidèle.
L’une d’entre elles aura un écho particulier.

Non loin de là, on fait des tag sur des portes. Dix portes, neuf tag. L’acte éveillera l’intérêt d’un commissaire nommé Adamsberg. Pourquoi ? Parce que c’est l’Adamsberg créé par Fred Vargas. Pourquoi incarné par José Garcia ? Il faudrait le demander au réalisateur. Moi qui m’était mis dans la tête que le modèle du commissaire en question n’était autre que Baudoin, co-auteur des Quatre fleuves, avec Fred Vargas (éditions Viviane Hamy). Mais passons.

Nom, prénom : Yersinia pestis.
Profession : historial killer.
Nombre de victimes : le tiers de la population européenne décimé au moyen-âge.
Mobile : châtiment de Dieu.

C’est la peste – la mort horrible.

Mais la caméra s’ennuie. Elle ne sait pas quoi faire. Alors elle cadre les personnages au centre (comme la famille en vacances), ou bien elle tourne autour sans achever sa rotation (vu à la télévision). Elle tente un ou deux zooms avants, mais ça ne prend pas. Elle essaye autre chose. Une espèce de panoramique, gauche puis droite enchaînés, mais non, ça ne prend toujours pas. La caméra n’a vraiment rien à faire ; rien à dire.

Le film n’a pas de forme. Il ne ressemble à rien – ou bien il ressemble à tout ce qu’on peut redouter d’une adaptation. Tous les pièges y sont cumulés. Pas l’ombre d’un choix, seulement des évidences. On est proche du téléfilm.
C’est une peste ultra-light.
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Re: Pars vite et reviens tard - Régis Wargnier (2007)

Message par Replay le Mer 9 Juil - 19:54

Eh bien, merci pour vos critiques. J'avais comme un pressentiment, pour ce film, et j'attendrai qu'il passe à la télévision.
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