Poupées brisées - Abigail Padgett (2002 chez Rivages)

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Poupées brisées - Abigail Padgett (2002 chez Rivages)

Message par txoa le Mar 23 Nov - 0:08


Au début personne n'avait remarqué la poupée. Il lui manquait un œil et elle était emmaillotée de dentelle noire d'où pendait un bras en porcelaine ébréchée. Et personne ne pouvait voir qu'elle était reliée par une chaîne à un bracelet en cuir qui entourait le poignet d'une adolescente déguisée en vampire, dans un club "gothique" de San Diego. Une adolescente qui, quelques minutes plus tard, allait pousser un cri déchirant et que l'on découvrirait recroquevillée sur un banc, face à l'océan, les yeux grands ouverts, fixant le néant. C'est la petite-fille d'un fabricant de poupées que Bo Bradley, du service de protection de l'enfance, va tenter de sortir de son cauchemar…


Je ne sais pas s'il existe une écriture féminine à proprement parlé mais si elle existe, Abigail Padgett pourrait en être une représentante emblématique. Je ne pousserais pas le cliché d'écrire cela parce que ce bon roman traite de l'enfance, après tout, plein d'hommes l'ont fait, (Scerbanenco, Lortz et tant d'autres) mais c'est plutôt par la manière dont elle approche l'enfance en souffrance.
Poupées brisées met en scène Bo Bradley, l'héroïne récurrente de Padgett, une travailleuse sociale auprès des services de l'enfance maltraitée de San Diego. Elle même qui s'occupe d'enfants bien abimés souffre d'une maniaco-dépression invalidante mais contre laquelle elle se bat, mais nous y reviendrons.
Padgett est d'une rare finesse lorsqu'il s'agit d'approcher la psyche des individus. Toutes ces attitudes, ces malaises à peine perceptibles chez chacun d'entre nous qui traduisent des désordres psychologiques plus ou moins importants sont abordés avec une acuité impressionnante et ce n'est jamais vain, chacune de ces observations servant le propos. Pour autant ce roman ne se limite pas à ça. Il est construit de façon très classique avec gros méchant à l'appui et un très bon suspens tenu jusqu'à la fin. Je dirais presque que la facture est un poil trop mécanique mais d'une redoutable efficacité. C'est un drôle de contraste, à bien y réfléchir, cet alliage de (grande) finesse psychologique (j'insiste) et d'efficacité narrative mainte fois éprouvée. Ou bien est ce très américain Comme est américaine la vision behavioriste de l'auteur de la maladie mentale, une maladie comme une autre (ou presque) dont il suffit (ou presque) de soigner les symptômes. Et Freud prend une salve...
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