les espions ne meurent jamais (fin)

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les espions ne meurent jamais (fin)

Message par dark horse le Dim 31 Oct - 21:35

L’entrée de la cave n’était pas fermée. Elle donnait sur un couloir qui ressemblait à une prison médiévale, avec ses petites portes ouvrant sur chacun des cotés. Il n’y avait personne. Ils avancèrent jusqu’à un angle d’où on pouvait distinguer un murmure sur deux tons. Deux hommes en effet, un Allemand et un Chinois, armés d’UZIs à crosse repliée, palabraient en montant la garde devant un renfoncement sombre.
- Restez là, dit Versan je m’occupe d’eux.
L’agent se plaqua contre la paroi et, en un éclair, jaillit en tirant dans le couloir. Les deux gardes n’eurent pas le temps de réagir, et moururent avant même de toucher le sol. Versan récupéra une arme, qu’il passa à sa compagne.
- Combien sont ils, là dedans?
- je ne sais pas du tout, répondit Natacha.
Elle fit jouer la culasse de l’UZI puis ouvrit la porte à coups de pieds.
Il entrèrent tous deux dans un couloir éclairé à la lumière noire. Quel sourire magnifique, se disait double zéro sept cent vingt huit in petto.
La comtesse avait en effet un sourire mutin, et son air gentiment canaille se trouvait renforcé par le fusil automatique qu’elle tenait entre ses mains.

Le couloir menait à un escalier donnant sur une salle quelques mètres plus bas.
La vaste pièce était puissamment éclairée et l’on aurait pu se croire au cœur d’un centre de la NASA. Des techniciens en blouses blanches, des asiatiques pour la plupart, s’activaient autour des pupitres de contrôle. Certains d’entre eux étaient armés, mais Versan compta peu de mitraillettes.
A l’autre bout de la salle, sur une estrade, un homme en costume de tweed était assis dans un fauteuil sphérique, résolument seventie’s. Il caressait un animal dont on n’aurait pu dire si c’était un iguane ou un chien mexicain.
C’est la comtesse qui ouvrit le feu en premier. Elle visa les pupitres les plus proches mais les balles se perdirent dans le sol. Tous les hommes se tournèrent vers l’entrée, une alarme se mit à geindre, puis le feu crépita dans toutes les directions.
Versan avait atteint le bas de l’escalier. La comtesse, en hauteur, couvrait l’agent par de courtes rafales qui se faisaient de plus en plus précises.
Versan entendit des ordres en allemands fuser de toutes parts. Il ne retint que l’un d’eux « amorcez le compte à rebours ». Il n’était plus temps de jouer au plus fin. Il dégoupilla une grenade à effet de souffle qu’il lança derrière un moniteur de contrôle, espérant court-circuiter l’installation. L’explosion projeta quelques hommes en blanc sur les machines. Leurs blouses n’étaient plus blanches, mais le compte à rebours continuait.
Double zéro sept cent vingt huit tenta donc de progresser en direction du fond de la pièce, là où se trouvait Redbattlefield. Au passage son SIG crachait avec parcimonie des balles qui faisaient toujours mouche.
Il fut stoppé au centre de la pièce par le feu croisé de deux techniciens rendus fous par l’excès de violence qui s’était emparé de la salle. Versan les entendait hurler un mélange de menaces et d’insanités. Les deux hommes visaient mal, et il put ramper se réfugier derrière une maquette qui représentait la capitale.
Il semblait, en voyant le matériel dont disposait Redbattlefield, qu’il n’avait pas envoyé qu’une lettre au « bricolage des temps modernes »...
L’un des deux hommes se releva de son poste et fut pris instantanément sous le feu de la comtesse qui le transperça de part en part. Le corps s’affaissa sur un pupitre éventré et fut instantanément électrocuté. Versan profita de la diversion offerte par cette femme admirable pour contre attaquer et logea une balle entre les deux yeux du second technicien.

***

Sur les Champs Elysées, la fête battait son plein. Quelques bouteilles de champagnes vides commençaient à voler ça et là, on s’amusait entre amis, heureux de fêter en public la nouvelle année. Les voitures klaxonnaient et ce joyeux concert s’ajoutait encore à l’animation qui régnait. Un groupe d’orphelins avait obtenu la permission de minuit et prenait part à la fête. Ils étaient grisés par tant de bruits, d’odeurs et de mouvement. Un peu à l’écart, il y avait un vieux couple qui se tenait par la main. Ils sortaient si peu de chez eux que le spectacle de la foule en liesse les apeurait autant qu’il les fascinait. Des souvenirs de fête nationale et de libération affluaient par vague dans leur mémoire, une silhouette rappelant un bal populaire, un prénom lancé dans la foule ramenant à un amour oublié.
Il ne restait plus que trois minutes avant minuit.

***

La Rollex de Versan marquait minuit moins trois, et il était presque au poste de Redbattlefield. Celui ci avait disparu dès les premiers coups de feu.
Une fois sur l’estrade, il dégrafa une seconde grenade de son holster à grenades et la lança vers le centre de la pièce. Natacha apprécia l’élégance de son mouvement.
La parabole de la grenade suivante fut un peu bâclée car Versan remarqua un type qui bougeait encore derrière la maquette. Il tenta de l’atteindre avec le SIG mais l’autre mourut avant, déchiqueté par les fragments du projectile.
Le mécanisme de mise à feu était enfin là. Il comportait une minuterie scellée sur une boite métallique noire. Un cadran indiquait les coordonnées du point d’impact. Il n’y avait ni clef ni bouton d’aucune sorte. Le cube de métal lisse et froid narguait l’agent, semblant se moquer de son impuissance, si près du but.
Un mouvement presque imperceptible fit se retourner Versan. Natacha venait de le rejoindre. Dans son regard se mélangeaient la crainte et l’excitation.
- Savez vous arrêter cela ? Demanda t-elle à l’agent.
- Moi seul peu stopper le mécanisme, alors écartez vous de là, dit soudain Redbattlefield, sortant de sa cachette. Il tenait dans sa main gauche un imposant pistolet MAUSER qui aurait fait passer un 357 MAGNUM pour une vulgaire burette d’huile.

***

Sur les Champs Elysées, le décompte avait commencé. On comptait les douze coups qui retentissaient à tous les clochers de la ville. Partout, on commençait à s’embrasser, entre amis, amants, ou simplement inconnus... pour le plaisir de montrer qu’on était tous là, vivants et heureux de l’être.
Une femme enceinte, qui avait tenu à passer quelques instants au cœur de la fête, se sentit mal. On l’allongea un peu à l’écart. L’enfant qu’elle portait était décidé à sortir. Un cercle se forma autour d’elle et de son mari qui lui prenait la main, ne sachant quoi faire d’autre. Les contractions se faisaient de plus en plus rapprochées. Soudain quelqu’un perça la foule. C’était une jeune infirmière à peine sortie de l’école. Elle s’agenouilla devant la femme. Elle eut quelques paroles réconfortantes pour les parents puis esquissa le premier de ces gestes maintes et maintes fois répétés en cours. Le cercle de badauds s’était fait silencieux. Les gens semblaient protéger le jeune couple et l’infirmière, et les regards de tous, pleins de chaleur et de compassion, étaient autant d’encouragements pour l’enfant naissant et la jeune sage femme.

***

Il ne faut jamais contrarier un gaucher, pensait Versan en regardant la gueule du pistolet.
- Seule ma télécommande peut enrayer la mise à feu du missile éructa Redbattlefield. Encore quelques secondes...
L’homme était effectivement très bien habillé, pensa l’agent en admirant la coupe impeccable de son blazer et le carré vert qui émergeait discrètement de sa poche de devant. Il tenta de deviner la marque de ses chaussure en jetant un oeil vers le bas de son pantalon. Même après la bataille, il gardait toute sa classe et son charisme.
- Pourquoi faites vous cela Ernesto? demanda la comtesse.
- Taisez vous, petite grue
De la cage de l’ascenseur provenait un grondement sourd et continu. Le missile allait bientôt prendre son essor pour frapper le cœur de la grande ville. Combien d’orphelins ou de femmes enceintes tuera t-il ? se demandait l’agent.

Le SIG était posé près de la minuterie. Il suffisait d’un geste pour s’en saisir et tirer l’unique balle qui restait dans le chargeur. Mais ce geste nécessitait une demie seconde d’inattention de la part de Redbattlefield.
Il impliquait aussi de tirer exactement sur la télécommande du missile pour stopper la machine infernale.
Natacha jeta un regard à Versan puis tenta de ramasser son arme, Redbattlefield amorça un mouvement du poignet pour la mettre en joue et lui faire sauter la tête sans sommation. Double zéro sept cent vingt huit profita de l’instant. Une seule balle traversa le malfaisant selon une trajectoire presque horizontale. L’homme fut projeté en arrière et s’écroula sur le dos, avec à la place de l’omoplate un trou plus large qu’un disque vinyle.

Au même instant, une sonnerie retentit, et le missile stoppa net dans sa course naissante. Le réacteur s’éteignit brusquement et la fusée qui s’était élevée de quelques centimètres dans la cage de l’ascenseur retomba comme un sexe flaccide.
Natacha, encore choquée, ne trouvait pas la force de parler.
L’agent répondit à sa muette question.
- Sa pochette était verte, et cela ne vas pas du tout avec des chaussettes rouges. C’était donc la télécommande! Venez, maintenant, Comtesse. Nous n’avons plus rien à faire ici.
- Ma Jaguar est garée à l’extérieur, proposa Natacha. Il y a du champagne et du foie gras au frais. Si le cœur vous en dit, je n’ai plus rien de prévu pour le réveillon...
L'espion sentit un picotement le long de sa colonne vertébrale.
Il pensa qu’il serait sûrement très en retard pour le déjeuner chez son frère.

***
Versan ouvrait la portière à la comtesse Van Dongen.
- Vous savez, dit-elle avant de s’engouffrer dans la TYPE E, j’ai tout de même eu très peur pour vous, mister Versan.
Double zéro sept cent vingt huit prit la jeune femme par la taille. Il était temps de goûter ses lèvres éclatantes.
- Les espions ne meurent jamais, comtesse, répondit il.
Et il l’embrassa.


FIN

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Re: les espions ne meurent jamais (fin)

Message par stalker le Dim 31 Oct - 22:01

Dark Horse écrit, lui aussi. Nous voilà bien...
Il va falloir que je me plonge dans tous ces textes courts que vous avez postés depuis des mois. J'ai un retard pas pensable.

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Re: les espions ne meurent jamais (fin)

Message par dark horse le Dim 31 Oct - 22:03

... je n'ai pas écrit depuis plus de 10 ans... ça compte?

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Re: les espions ne meurent jamais (fin)

Message par stalker le Dim 31 Oct - 22:09

Oui, ça compte, c'est comme les volcans qui ne sont pas entrés en irruption depuis des siècles. Il faut s'en méfier.

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Re: les espions ne meurent jamais (fin)

Message par Ernest Kurtz le Lun 1 Nov - 10:21

Plutôt amusante parodie. Le début m'a bien fait rire, avec l'espion de garde au standard.

Ernest Kurtz

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Re: les espions ne meurent jamais (fin)

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