les espions ne meurent jamais part 1

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les espions ne meurent jamais part 1

Message par dark horse le Dim 31 Oct - 21:08

allez je me lance...
Cela n'est peut être pas vraiment dans le ton de vos nouvelles, mais j'ai envie de vous le faire partager. Cela date d'il y a 12 ans.
Je poste en plusieurs fois car c'est un peu long...


Les espions ne meurent jamais

La nuit de réveillon s’annonçait tranquille lorsque le standard retentit.
- Services Secrets, j’écoute.
- Allo, bonsoir monsieur.
- Bonsoir madame, meilleurs vœux.

Au bout de la ligne la femme hésite. Elle pense un instant à raccrocher.

- Bonne année à vous aussi, monsieur... J’aimerais parler à un agent secret, s’il vous plaît
- Je suis l’agent de permanence pour cette nuit, madame. Matricule double zéro sept cent vingt huit. Parlez sans crainte.
- Vous êtes vraiment un agent secret, comme dans les films, avec une arme, et tout ça?
- J’ai un SIG SAUER 9mm, madame, et mon diplôme remonte à cinq ans.
L’agent pousse un soupir imperceptible. Le temps passe tellement vite.
- Promotion MATA-HARI, reprend-il. J’ai eu quelques missions, depuis: Afghanistan, Tokyo, La Barbade et Saint Moritz... Que puis-je pour vous, madame.
Tout en discutant, l’agent note sur un cahier à spirale l’heure de l’appel.
- Voilà, monsieur l’agent double sept cent vingt huit, c’est au sujet de mon voisin.
- Oui? répond l’agent.
- C’est le monsieur du huitième.
L’agent dessine maladroitement une ligne verticale sur son carnet à spirale, en haut, il écrit « sujet ». Face à l’heure de l’appel, il note « voisin du huitième étage ».
- Pourrais-je avoir votre nom, s’il vous plaît, avant de continuer?
L’interlocutrice perd tout à coup le peu d’assurance qu’elle avait acquis ces quelques secondes.
- C’est à dire... Mon nom...
- N’ayez aucune crainte, madame. Il ne sera pas divulgué. Vous savez, dans l’administration, nous devons noter ce genre de chose. Nous avons tellement souvent affaire à des farceurs...
- Oui... Oui... Je comprends, il doit y en avoir souvent. Vous avez la sécurité de l’emploi, mais ça doit pas être facile tout le temps.
- Tout à fait, madame... Madame?
- Coulignon.
L’agent dessine une troisième colonne pour le nom.
- C’est la première fois que j’entends ce nom, dit l’agent.
- Mes parents sont de la Creuse, mais moi, je suis née à Vichy. C’était pendant leurs vacances, vous comprenez. Je suis un peu arrivée à l’improviste.
- Je comprends la position de vos parents. Moi même, je suis né à Meudon, mais mes parents sont de Chaville. C’est un peu comme pour vous, mais là, la maternité était vraiment plus près. Que puis-je donc pour vous?
- Voilà, c’est au sujet du monsieur du huitième, comme je vous le disais. Remarquez, ajoute t-elle, c’est quelqu’un de très discret. Jamais un mot plus haut que l’autre... Quelqu’un de très propre et très bien habillé.
- Bien habillé ? C’est à dire ?
- Toujours avec beaucoup de goût. Il a une pochette toujours assortie à ses chaussettes, ou l’inverse, je ne sais pas dans quel ordre il s’habille!
- Je vois, oui, je vois. Autre chose de particulier?
- Un pantalon et une veste en tweed, et sa canne à pommeau d’ivoire, je crois que c’est tout...
- Si nous en arrivions donc au fait, madame Coulignon.
- Oui, monsieur l’agent vingt huit cent sept... Voilà, je pense que ce monsieur du huitième prépare un sale coup.
- Ah? Il note « sale coup » dans une quatrième colonne du cahier à spirale.
- A vrai dire, je n’ai aucune preuve, mais je pense qu’il veut utiliser la cage de l’ascenseur comme silo pour le missile thermonucléaire qu’il fabrique en secret.
L’agent de permanence est un peu interloqué. Il l’invite à poursuivre.
- Sur quoi basez- vous vos soupçons?
- Et bien, il y a quelques détails troublants dans son comportement...
- Dites moi tout, madame Coulignon. Vous n’êtes pas pressée, j’espère.
- Non, non; j’ai couché les enfants et je préparais des conserves de soupe pour l’hiver... Mes bocaux sont en train de refroidir.
- Alors dites-moi tout !
La ménagère de moins de cinquante ans reprend de l’assurance et se lance dans ses déductions.
- D’abord, c’est un monsieur qui lit « bricolages des temps modernes ». C’est une revue pour les bricoleurs amateurs, on apprend à réaliser des transistors, des interphones et toutes sortes de mécanismes complexes.
- Je connais cette revue, nos ingénieurs y ont parfois une rubrique.
- Avec ce genre de lecture, voyez vous, on peut très facilement apprendre à fabriquer un système de mise à feu, avec compte à rebours... Vous voyez ?
- Effectivement, mais vous avez d’autres indices?
- Il y a aussi l’internet. Mon voisin a un ordinateur et il surfe sur le web depuis quelques mois. Avec ce genre de choses, on peut être en contact avec n’importe qui, apprendre à faire des bombes, demander des conseils à des terroristes, et même regarder des images de femmes nues.
Dans un réflexe de pudeur déplacée et inutile, double zéro sept cent vingt huit referme et range le dernier numéro de « super pussy méga nib’ » qui traînait à coté de son sandwich.
- Ah, que me dites vous là... Oui... Oui, c’est possible.
- Et puis, il y a d’autres choses, monsieur l’agent; il reçoit des gens, des gens bizarres, des Chinois sûrement. En costume bleu, avec une casquette... Parfois, ce sont des gens en imperméable, avec des petites lunettes et un accent allemand.
- Etrange en effet, répond l’agent. Mais pour le missile, il faut pouvoir le construire.
- C’est vrai que je ne sais pas trop comment il s’y est pris. Ce que je sais, c’est qu’hier soir, très tard, il a garé sa voiture au sous-sol, près des poubelles. Et il a sortit une caisse en métal. Ce qui m’a intrigué, c’est la combinaison blanche qu’il portait. Il y avait des triangles noirs, dessus; et puis il portait un masque à gaz. Je ne l’aurais pas reconnu si je ne l’avais pas vu sortir de sa voiture.
Il a attaché la caisse à une corde qui pendait du vide ordure, et puis la corde a remonté la boite.
- De plus en plus troublant, en effet, répond, dubitatif double zéro sept cent vingt huit. Je vais devoir vérifier si ce personnage présente réellement un danger pour le pays.
Il sort un formulaire jaune muni d’une feuille de papier carbone, et l’insère dans l’Hermès 1959 qui trône à côté du téléphone.
- Je vais vous demander quelques renseignements supplémentaires sur cette personne. Cela ne vous ennuie pas?
- Pas du tout, monsieur l’agent, je suis à votre disposition.
- Le nom de votre voisin, s’il vous plaît?
- Redbattlefield ... Ernesto Karl Redbattlefield.
- Est-il français?
- Je ne saurais vous le dire. En tout cas, il parle couramment notre langue.
- Sa profession?
- Je crois qu’il est au chômage... Je le vois parfois l’après-midi quand je promène mes enfants au square.
- « Sans profession » tape l’agent. Effectivement, cela lui laisse le temps de construire son missile. Savez vous s’il est marié?
- Je ne crois pas. Pourtant je le vois parfois au bras d’une femme très belle qu’il appelle « Comtesse ». Et puis il sort beaucoup... Casinos et naïtecleubs, voyez le genre!
L’agent tape toutes les réponses sur le formulaire, scrupuleusement.
- A t-il des parents communistes? Anarchistes? Membres d’un groupuscule d’extrême droite? Membres d’une église/ culte/ secte quelconque?
- Non, non, non, non
- Est-il lui même communiste? Anarchiste? Membre d’un groupuscule d’extrême droite? Membre d’une église/ culte/ secte quelconque?
- Pas à ma connaissance.
Les cases du formulaire jaune se remplissent.
- Et bien, madame Coulignon, je pense que ce sera tout. Je vais vérifier si nous avons quelque chose dans nos fichiers. Pouvez vous me donner l’adresse de l’individu en question?
- Bien sur, c’est le Clos Fleuri, immeuble 8C, escalier 7, à Satroux l’Epine. Mon voisin est au huitième étage, porte 666.
- Je connais bien ce coin, répond l’agent. Ma belle soeur est de Bézon les Mimosas.
- Quelle coïncidence! Vous êtes donc marié?
- Non madame, c’est la femme de mon frère. Je ne pense pas qu’une compagne supporterait le rythme de vie d’un agent secret.
- Oui, oui, je comprends... toujours sur le qui-vive...
- Prêt à tout lâcher à la moindre menace.
- C’est un beau métier que vous avez là... Bonsoir, monsieur.
- Bonsoir, madame.

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Re: les espions ne meurent jamais part 1

Message par edmond Gropl le Mar 2 Nov - 12:17

Excellent.
On se croirait dans fluide glacial.

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Re: les espions ne meurent jamais part 1

Message par Manuel le Mar 2 Nov - 16:45

Ou dans Max la Menace.

Manuel

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Re: les espions ne meurent jamais part 1

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