Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio - François Rivière (1999 - Nouvelle éd. 2010)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio - François Rivière (1999 - Nouvelle éd. 2010)

Message par edmond Gropl le Dim 31 Oct - 16:57



Frédéric Dard, romancier français le plus lu de la seconde moitié du xxe siècle, demeure un créateur mal connu de ses contemporains. La faute en incombe sans nul doute à San-Antonio, son double littéraire au succès phénoménal.

Pour éclairer les diverses facettes de l'œuvre et comprendre l'homme, il faut remonter aux sources : embrasser l'enfance d'un garçon modeste ; suivre les premiers succès d'un très jeune écrivain encouragé par Simenon ; observer les débuts de Frédéric comme dramaturge aux côtés de Robert Hossein, comme scénariste avec Gérard Oury ; puis revenir sur la naissance du commissaire San-Antonio en 1949 et la consécration de ce personnage emblématique de la saga trépidante que l'on sait.

À travers ce portrait, on partagera les émois, les coups durs et les temps forts d'une vie d'homme épris d'absolu, dans un monde qu'il juge avec tendresse mais sans concession avec ce tempérament hors du commun qui fait sans conteste de Frédéric Dard l'homme de lettres le plus libre de notre époque


Qu'on aime le lire ou pas, il faut reconnaitre que Frederic Dard est le romancier Français le plus important de la seconde moitié du XX° siècle.
Cette biographie met l'accent sur la vie privée de l'ogre de la machine à écrire.

J'ai entrepris la lecture en esperant résoudre les énigmes Frederic Dard. La lecture m'a permis d'en lever certaines, mais le mystère demeure.
Ce qui reste inconnu, c'est le rapport de Dard à l'écriture, sa technique, son inspiration, ses diverses méthodes, ses lectures, sa force physique d'écrivain et même si au cours du recit, de nombreuses anecdotes évoquent son état d'ecrivain, ses fatigues nerveuses, quelques rares passages à vide, je ne saisis toujours pas le personnage dans son incarnation d'écrivain (dont j'ai du lire un quart de la production en 25 ans). Je m'aperçois que sans être un inconditionnel de sa littérature, c'est quelqu'un que j'aurais voulu rencontrer; disons une heure, pour le scruter et essayer de comprendre. ( je ne ressens pas cela pour par ex. Jim thompson, Harry Crews ou Charles Willeford (trois de mes auteurs fétiches) ou il me semble avoir levé un certain mystère à travers leur biographie)

Ceci dit, c'est un livre très fertile, on y apprend que:

Dans son enfance et adolescence, F.D. a fait des rencontres. J'adore, dans les biographies d'écrivains, lire les portraits ou les anecdotes qui font qu'un ecrivain, avant son age d'homme assiste a des choses, vit des evenements, rencontre des personnes qui vont booster son imaginaire. (j'utilise ce terme "booster", car voyez-vous, Booster, ça peut faire peter les enceintes)
Je passe sur l'enfance difficile se F. Dard, ses problèmes physiques, divers evenements traumatisants ainsi que d'autres rencontres propres à expliquer l'imaginaire "San Antonio" (je suis plus interessé par le coté roman noir) pour m'attarder sur deux rencontres:
- Edmond Locard. Alors qu'il commencait à travailler dans la presse lyonnaise, le jeune F. Dard rencontre Edmond Locard, le criminologue, auteur du traité de police scientifique en 7 volumes, le père de tout les experts, profileurs etc.. . Le livre ne dit pas ce qu'il s'est passé durant leur rencontre mais je me plais à imaginer que le jeune F. Dard à peut-être visité le laboratoire, consulté les planches anthropométriques, vu des kilomètres de portraits de ciminels, des étagères de crânes d'assassins ou je ne sais quoi.. Je suppose que cet anecdote est plus developpée dans d'autres ouvrages..
- Durant les années de guerre, le jeune Dard fréquente des individus mi truands, mi resistants, un peu collabo (tout cela n'est pas tres clair) et semble être "adopté" par l'équipe (point tres interessant, comment il parvient à séduire des types peu recommandable). il les accompagne dans leurs periples et assiste horrifié, sans que cela soit explicite dans le recit, a des scènes tres dures: Executions, tortures, racket??? (encore un point à étudier), enfin des choses susceptibles pour un jeune homme de relativiser sa conception de la condition humaine tout en nourrissant son imaginaire.

Autre point qui m'a passionné. Le coté "provincial" de Dard (provincial n'est pas le terme le plus adapté).
Frederic Dard n'est pas un opportuniste. Ca semble une qualité tres rare dans le milieu parisien des lettres. Il apparait qu'il a loupé le coche plusieurs fois, où il aurait pu devenir un pilier de la littérature française prestigieuse, il l'aurait mérité sans aucun problème mais on sent une incapacité chez le personnage a se mêler aux intrigues du pouvoir littéraire. Il est dit à plusieurs reprises qu'il aurait vraiment voulu (surtout dans ses jeunes années) être considéré comme un grand écrivain (ce qui n'aurait été que justice), avoir le goncourt, ses entrées dans les hauts lieux de l'intelligentsia littéraire mais pour cela il faut certainement faire des compromis, des compromissions et cela, il en est incapable. Alors il ecrit des polars psychologiques, des articles dans des revues grivoises, des conneries et puis, des San antonio.

Autre point formidable. Le portrait, dans le recit, de l'editeur du Fleuve noir, A. De Caro. On assiste à toute l'histoire de la collection. C'est tres interessant pour les amateurs (dont je suis) de cette maison d'edition. On découvre un éditeur qui semble-t-il, lit a peine les manuscrits mais est capable de sentir un écrivain (sans le lire) et fait preuve d'un genie commercial.
Ce qui n'est pas tres abordé, c'est les contraintes auquelles F. Dard (avant que sa seule contrainte, succès aidant, devienne lui-même) a du se plier dans son oeuvre protéiforme: Commandes d'editeur, refus, travail.. Enfin ca n'est pas l'objet du livre, mais c'est un sujet qui m'interesse.

AUtre point qui reste un peu mysterieux. Les lectures et les avis de F. Dard sur la littérature (autre que son terrible ressentiment sur l'intelligentsia littéraire). D'un point de vue du polar et autre que son problème avec Simenon (encore un aspect tres interessant), on apprend qu'il admire J. H. Chase, Patricia Highsmith et que l'oeuvre de Peter Cheyney a une importance (il fallait écrire, après guerre, "à la Peter Cheyney").
Sur la littérature, il aime Céline, Carco, Albert Cohen, mais on en apprend guère plus.

On apprend mille autres choses passionnantes (je n'ai évoqué que les points qui m'interessent paticulièrement mais le champ d'investigation est large) et curieusement, plus on on en apprend sur sa vie, plus le mystère demeure. (ce qui finalement, fait le charme du livre)
avatar
edmond Gropl

Messages : 1434
Date d'inscription : 04/06/2008
Localisation : Marseille

Voir le profil de l'utilisateur http://monsite.orange.fr/edmond-gropl

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum