la mort

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la mort

Message par limbes le Sam 23 Oct - 22:19

« Il est incertain où la mort nous attende, attendons-la partout. La préméditation de la mort est préméditation de la liberté. Qui a appris à mourir, il a désappris à servir. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et contrainte, II n'y a rien de mal en la vie pour celui qui a bien compris que la privation de la vie n'est pas mal. » (Montaigne, Essais)

Pour prolonger ce que dit Stalker dans The reforme (et Cioran, et les cimetières), et on en a déjà parlé ici ou là :

Je suis frappée du fait que la mort est montrée partout : dans tous les livres, dans tous les films. Aux infos, en chiffres le plus souvent. Elle est montrée partout, et, en même temps, elle disparaît de la circulation. Plus elle est montrée et plus elle disparaît. Personne ne va jamais mourir, la mort est masquée ou traitée au second degré, ou elle n’existe que si elle est spectaculaire (mais le spectaculaire masque sa réalité).

Où sont les morts ? Qui en parle ? Est-ce que vous en parlez, vous, avec des gens ? De la mort ? Pourquoi ce serait obscène, d’en parler ?
Est-ce que vous y pensez ?

Peut-être qu’elle est montrée, mais d’une certaine façon. Qu’il s’agit bien encore d’une question de forme. Une forme qui escamote ou qui met à distance (ironique et ou divertissante), vs une forme qui la rendrait visible. J’ai l’impression de façon générale et sans doute réductrice qu’aujourd’hui, à l’image de la société qui ne veut plus en entendre parler, on est plutôt dans la mise à distance (personnellement mon dernier souvenir inverse remonte à Bergman, mais ma culture cinématographique est lacunaire)

On dit, il ne faut pas désespérer les gens. A ce titre, ça n’embête pas un médecin de cacher à qqn qu’il est insoignable, qu’il va mourir (comme tout le monde, mais beaucoup plus rapidement). Mais qu’est-ce qui est le plus désespérant, au fond ?

Et clac clac on incinère le disparu (car il n’est pas mort, il a disparu), clac clac un temps imparti pour la tristesse, clac clac le temps du travail de deuil (quel horrible mot).
Ce sont les vieux, les agonies, les corps qu’on cache. Ce sont le présent perpétuel, la détestation de ce qui se décompose, des ruines à l’état de ruines.

On dit, faut pas en parler aux enfants (comme si on en savait beaucoup plus qu’eux, comme si ça ne pouvait pas les intéresser, comme si la mort ne faisait pas partie de la vie)

Je ne trouve pas ça morbide ou désespérant, la mort. C’est de la nier, qui l’est. Toute cette énergie forcenée et vaine à faire comme si elle n’existait pas. Tout ce qui ne sera pas dit, pas fait, à cause de ça. Je pense que c’est terrible, et que les conséquences de ça, on ne les mesure pas, en fait.
Ce n’est pas nécessairement que l’idée de la mort remplira mieux nos vies, ou qu’elle la plombera, c’est peut-être juste cette « goutte délicieuse et parfumée d’insouciance » (Nietzsche) qu’elle pourrait y introduire ; ou encore, des possibles à réaliser, des transmissions nécessaires, d’autres chemins à parcourir avant, des libérations occultes, je ne sais pas.


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Re: la mort

Message par txoa le Dim 24 Oct - 2:16

Je ne suis pas sûr que ce tu dis est vrai. J'ai même l'impression du contraire. Je me souviens d'une époque où la mort était plus niée, presque honteuse. Elle me semble plus "décomplexée" maintenant. La création des services de soin palliatif tend à montrer qu'elle est l'issue inéluctable, qu'il y a moins le "mais non, mais non".
Je ne comprends pas l'idée de "temps imparti pour la tristesse". La tristesse est une affaire personnelle, liée au deuil. C'est vrai que "travail de deuil" est une expression horrible mais affirmer le deuil c'est avouer la mort.
Evidemment, dans notre culture la mort n'est pas et ne sera jamais, je pense, vécue de façon légère. Nous ne sommes pas une civilisation fataliste, hélas quelquefois (pour un relativisme et une légèreté), heureusement d'autres fois (pour l'idée que rien ne sert d'essayer, on ne peut rien changer).
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Re: la mort

Message par limbes le Dim 24 Oct - 2:46

Ce n'est pas que je voudrais que la mort soit prise de façon légère, j'aimerais juste qu'elle soit considérée, envisagée, prise en compte. En fait ça implique l'atroce souffrance, la peur, le prix de la vie, la solitude existentielle, l'appropriation de sa destinée, tout ça.
Et les soins palliatifs, ils n'existent pas vraiment partout, loin de là. Je trouve que là encore, il y a pas mal de décalages entre ce qui est affiché, et ce qui est réellement pratiqué.
Et l'expression travail de deuil, je la trouve pour ma part horrible car elle présuppose que le deuil est à résoudre, qu'il doit donner lieu à une activité spécifique qui le rendrait neutre, inoffensif, indolore; en quelque sorte l'expression même, pour moi, contient sa négation (je pense au contraire que certains deuils existent en nous jusqu'à notre propre fin, qu'il y a une part de nous trouée qu'il n'y a pas à combler)
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Re: la mort

Message par txoa le Dim 24 Oct - 13:55

Le deuil ne consiste pas à combler mais à accepter le manque. Lorsque le deuil n'est pas fait (c'est pas un truc formel, hein, avec un début et une fin), que le manque demeure, insupportable alors il en devient traumatisme, le ou la disparu(e) (j'emploie ce terme à dessein) plane sur nos vies comme un fantôme. Nul ne dit que le deuil doit être neutre ou inoffensif, c'est même exactement le contraire, c'est le passage obligé par la douleur.
Quant aux soins palliatifs, tu as raison, mais le fait même que le concept existe tend à admettre la mort dans le domaine public, si je puis dire. Ca tend aussi à mettre à distance notre bonne vieille tendance catholique qui exige la douleur comme rédemption nécessaire avant le grand passage.
C'est la première fois que je suis en complet désaccord avec toi et ce qui est drôle c'est que ce soit sur ce thème.
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