Carlos - Olivier Assayas (2010)

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Carlos - Olivier Assayas (2010)

Message par stalker le Mar 21 Sep - 3:53

Carlos décrypte l’histoire Ilich Ramirez Sanchez qui, durant deux décennies, fut l’un des terroristes les plus recherchés de la planète. Entre 1974, à Londres, où il tente d’assassiner un homme d’affaire britannique, et 1994, quand il est arrêté à Khartoum, il aura vécu plusieurs vies sous autant de pseudonymes, et traversé toutes les complexités de la politique internationale de son époque.
Qui était Carlos, comment ses identités entrecroisées, superposées, s’articulent-elles, qui était-il avant de s’engager corps et biens dans sa lutte sans fin ? C’est autour de ces questions que la fiction s’est construite.




Le film débute tandis que Carlos n’est pas encore Carlos et devient membre du Front Populaire de Libération de la Palestine. L’organisation qui l’emploie attend de lui qu’il fasse ses preuves. Il les fera, avec plus ou moins de succès, et le scénario en profite ici pour annoncer qu’il ne s’agira pas simplement de retracer l’itinéraire d’un terroriste, mais aussi celui d’un homme. Les deux angles ne seront jamais séparés, mais au contraire étroitement liés, de plus en plus étroitement, jusqu’à la fin du troisième épisode de la série.

Un homme et les femmes, un homme et l’alcool, un homme et ses convictions, peu à peu grignotées par le pouvoir de l’argent mis en jeu dans chaque action commanditée. Un homme et son orgueil, mais aussi ses propres idées et les méthodes qu’il estime les plus aptes à les exprimer, quitte à contrarier celles que l’organisation avait prescrites. Un assassin engagé qui devient au fil du temps un pion au service des états successifs qui l’emploient, le protègent, le payent de plus en plus cher, puis finissent par le tenir à distance, par ne plus tolérer la présence de ses armes sur leur territoire, pour enfin prier le terroriste de le quitter dans les plus brefs délais. Un pion pris au piège des conflits et des accords tenus entre les états eux-mêmes. Alliances et désaccords internationaux, croisés, changeants, obscurs, quoi qu’il en soit dressant peu à peu le destin du terroriste.
L’étaux se referme.

Les trois téléfilms (5h30 au total) ont donné lieu à un film unique de 2h45, sorti en salle en juillet 2010. Je n’ai pas vu cette deuxième version et je me questionne sur les séquences coupées : affectent-elles davantage le terroriste au détriment de l’homme, ou l’inverse ? Les deux me paraissant essentielles, j’imagine la complexité de cette « compression ». Les séquences facultatives sont assez peu nombreuses (il y en a néanmoins, notamment dans la troisième partie qui, paradoxalement, présente de nombreuses ellipses), et certaines, a priori anecdotiques, peuvent constituer parfois des clés pour la suite de l’histoire, sinon des points de ricochet d’une époque à une autre. Tout dépend.
Tout dépend de la position du spectateur au début de l’expérience. Regarde-t-il le film afin d’assister à la chute lente d’un assassin et à sa fin ? Souhaite-t-il au contraire suivre l’histoire et tenter de saisir de quelles clés se constitue le complexe trousseau politique dont Carlos incarna en quelque sorte l’anneau (puis la serrure obsolète) ? Suit-on le tueur ou le fil de l’Histoire ? Au choix. Le film offre les deux possibilités.

Quant au travail d’Assayas, il est à la hauteur du défi initial, mais le réalisateur parvient à ne pas s’égarer dans le grand spectacle. Il se tient en retrait, économise les scènes d’actions ou ne s’y attarde pas (et les confient parfois à des images documentaires) et s’attarde en revanche sur les corps, ce qui nous ramène à ses intentions initiales : raconter autant le terroriste (engagé politiquement) que l’homme (qui possède un pénis). Le comportement de la caméra ne s’en trouve pas pour autant métamorphosé : il reste nerveux, très rarement fixe, indécis comme les hommes, mais aussi précis que les actions qu’ils commettent ; rythmés, c’est à dire dynamiques et justes. On peut rapidement oublier la caméra, l’oculaire organique, et on a tort, ou bien c’est le signe d’un travail modeste et mesuré, pas destiné à un public avide de cascades et d’explosions en veux-tu en voilà, mais bien à une histoire réfléchie et construite. Le réalisateur fait en sorte de s’effacer, mais il est pourtant là en permanence, dans le moindre mouvement, le moindre cadrage, la moindre lumière, notamment quand cette lumière révèle un corps de femme à contre-jour, qui couvre sa peau d’un tissus translucide (la même qui a passé trois ans et quatre mois derrière les barreaux pour avoir tenté de faire exploser une 504 Peugeot blanche en plein Paris).

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