Sinaloa story - Barry Gifford (1998)

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Sinaloa story - Barry Gifford (1998)

Message par stalker le Ven 6 Aoû - 1:23

En visitant un bordel / drive-in, un mécanicien au chômage, DelRay Mudo tombe amoureux d'une prostituée mexicaine, Ava Varazo. Elle trouve ainsi l'opportunité de changer de vie et ils partent tous les deux pour Sinaloa, au Texas, un État " où rien de bon n'arrive jamais ".
D'une beauté étourdissante, mais extrêmement dangereuse, Ava entraîne DelRay dans un plan macabre : tuer Indio Desacato - dealer, maquereau, racketteur de son état - totalement fou d'Ava et qui veut faire d'elle la reine de son "harem". Au départ, tout se déroule comme prévu. Mais à qui profite réellement ce plan ?




Les romans qui nous filent des grosses baffes dans le cerveau et des coups dans le bide se font rares. Autant les souligner et tenter de les partager. En découvrant de telles perles, audacieuses, personnelles, dénuées de toute forme de concession, radicales à tous points de vue, on aurait presque envie de cesser de parler du reste et de ne plus se consacrer dorénavant qu’à des livres qui marquent vraiment, c’est à dire qui sont en mesure d’alimenter à leur façon le champ littéraire appauvri que nous traversons depuis, depuis…

Gifford est aussi l’auteur de Sailor et Lula (Rivages/thriller, 1991), adapté au cinéma par David Lynch, et co-scénariste (avec le même Lynch) de Lost highway. Chez Rivages, on trouvera de lui les romans Port tropique (Noir, 1989), Rude journée pour l’homme léopard (Thriller, 1993), Le baiser de Consuelo (Noir, 1996) ou encore Baby cat face (Thriller, 1999). Pour ne citer qu’eux.

Une forme de road movie, mais destructuré, puisque le début du roman se braque sur un personnage et s’achève sur un autre. Gifford se consacre à des profils, à des existences, à des passés chargés, à des rêves, et les abandonnent progressivement pour se consacrer à d’autres, puisque les uns tombent, et les autres ensuite, mais certains sont encore debout et continuent de vivre, de croire.
Delray ouvrira Sinaloa, mais c’est Cairo qui l’inhumera. Nous étions pourtant convaincu que ce serait la jolie et attachante Cobra, mais non, ce sera plus compliqué que ça. Gifford ira tout simplement au bout de son idée de départ. Le lecteur devra accepter l’idée d’être un petit cailloux dérisoire qui ricoche d’un personnage à l’autre, sans autre choix que de plonger dans leurs tripes, leurs vertus et leurs vices.

Ou bien il referme le livre et revient à des intrigues classiques, rassurantes, où le nom du coupable et la solution lui seront livrés sur un plateau à la fin du récit, et bla bla bla. Gifford appartient au clan de ceux qui estiment qu’un roman se doit de ne pas mentir, de ne pas nous éloigner de la réalité sous prétexte qu’elle est compliquée, pénible. Sans pour autant nous matraquer d’informations et d’événements historiques datés, tamponnés, signés, mais bien en nous confrontant à la chair – celle des êtres et du monde. De la chair vive à souhait. Vivante ou morte, mais dans les deux cas brûlante.

Le roman se présente sous la forme de très courts chapitres (parfois deux pages, mais rarement plus de quatre) qui pourraient être des nouvelles, des histoires à elles seules. Des épisodes ou des coups de microscope orienté sur les personnages qui vont traverser le récit, ou Sinaloa, simplement. Un road movie, ou plutôt une errance. Sans héros, sans morale. La vie telle quelle. Brute. Inattendue. Etonnante à chaque minute, à chaque ligne.
L’écriture de Gifford n’y est pas pour rien. C’est elle qui nous guide, et non pas seulement ce qui se passe. C’est ici que toute la différence a lieu et qu’on se prend des baffes dans le cerveau et des coups dans le bide. A notre insu, même.

Me vient à l’instant à l’esprit une phrase lue au sujet de la tétralogie de Bilal, Le sommeil du monstre, où l’auteur disait qu’au milieu de ce chaos, subsistaient encore des individus pour s’aimer. Ce message était fort touchant, et tellement optimiste. Ici, pour Sinaloa, je dirais qu’il ne reste que des fragments de cette image, dispersés, perdus, livrés aux vents et aux événements. Des fragments déchirés, isolés. Je dirais que si l’amour subsiste encore quelque part dans ce chaos là, alors il survient là où on ne l’attend pas, et pas sous la forme qu’on a coutume de côtoyer. Il n’est pas intact. Il surgit comme une ombre au détour d’une ruelle dégoûtante. Comme une dose injectée dans une piaule cradingue sous un ventilateur en panne. Comme un coup de feu dans le ventre, ou comme une autre forme d’impact mortel. Il a souffert et traversé des déserts ou des terrains en friche jonchés de bouts de verre et de métal en décomposition. Des ossements de sentiments.



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Re: Sinaloa story - Barry Gifford (1998)

Message par Ernest Kurtz le Ven 6 Aoû - 11:42

A ajouter qu'il a aussi écrit un excellent bouquin sur le cinéma noir des années 50: "Pendez-moi haut et court", publié aux Cahiers du cinéma

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