Les machins qui font du bruit

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Les machins qui font du bruit

Message par Manuel le Lun 19 Juil - 15:22

(Ceci est une fable, à ne surtout pas prendre au premier degré)


Moi, je les appelais les « machins qui font du bruit ». Mais ça portait un autre nom : les « éoliennes ». Je ne suis pas sûr de l’orthographe. Je n’en avais jamais entendu parler et j’ai découvert leur existence un beau matin, en ouvrant ma porte.
Je dois vous expliquer que j’avais quitté la grande ville pour venir m’installer dans ce petit village du Midi. Le calme, le repos, et un paysage splendide. Le paradis ? C’était ce que je croyais. Jusqu’à ce jour. Je vis des hommes qui travaillaient. Étonné, je profitai de ma visite au village pour questionner les habitants. Ils me répondirent qu’on était en train d’installer des trucs, qui serviraient à produire de l’électricité. C’était la municipalité qui l’avait décidé. Selon les dires des villageois, on aurait de l’électricité facile, pas chère et sans danger pour l’environnement. Je ne me sentais pas vraiment concerné, mais… pourquoi pas ?
J’allais commencer à changer d’avis quelques jours plus tard. En sortant de chez moi, je m’aperçus que les éoliennes étaient montées. Le spectacle me pétrifia : ces grands machins blancs s’alignaient sur les collines, occultant presque la campagne que je voyais d’ordinaire.
« Quelle horreur, me dis-je. Mais c’est affreux. Ces machins gâchent le paysage. Un si beau paysage… Comment ont-ils pu faire ça ? »
Je haussai les épaules, en me disant que les gens avaient parfois de drôles d’idées.
Hélas, je ne croyais pas si bien dire. Parce que ces idées étaient encore plus étranges que je ne pensais. En effet, le lendemain, je rentrais à la maison, quand je commençai à entendre… le bruit. Ce bruit qui résonne encore dans ma tête. Un raclement lancinant, continuel, perpétuel, répétitif. Je croyais entendre des crécelles en Grèce, ou des vuvuzélas en Afrique du Sud. Sauf que cela ne s’arrêtait à aucun moment. Bien entendu, je me demandais d’où venait ce bruit, avant de comprendre : c’était ces machins. Oui, le vent faisait tourner leurs ailes, et ça produisait du bruit, du bruit, du bruit.
Naturellement, je ne pus fermer l’œil de la nuit. Comment voulez-vous dormir avec ça ? Le lendemain soir, ça recommença. Et puis encore, et encore. Peu à peu, ma vie devenait difficile. Je me sentais épuisé, et de plus en plus irritable. Ces machins me harcelaient jour et nuit.
Je décidai donc d’aller me plaindre. Avec ma voiture, je descendis au village, et j’entrai dans la mairie. Après m’avoir écouté, la secrétaire me présenta un conseiller municipal qui, disait-elle, s’occupait des questions de l’environnement. Il était jeune et d’aspect sympathique.
« Bonjour. Voilà, je viens vous voir à propos de ces machins… Enfin, je ne sais pas comment ça s’appelle. Ces machins qui tournent. Écoutez, ça fait du bruit en permanence, et je n’arrive pas à dormir. Pourriez-vous les enlever ? »
Le jeune homme me regarda avec stupéfaction, comme si je venais de dire une énormité.
« Quoi, vous demandez qu’on retire les éoliennes ? Mais ce sont elles qui produisent l’électricité pour le village. »
« Oui, oui, c’est ce qu’on m’a dit. Seulement, ça fait du bruit et ça m’empêche de dormir. Et puis, c’est laid, et ça défigure le paysage. »
Il me regarda un moment. Puis il se mit à parler. Il parla pendant dix minutes, et il me débita un discours dans lequel il était question de « la planète en danger », du « réchauffement climatique », de « mondialisation libérale », de « capitalisme sauvage », et autres choses de ce genre. Au bout de dix minutes, il se tut enfin. Je vous laisse imaginer ma réaction ! J’étais absolument ahuri. Enfin, je parvins à articuler :
« Heu, pardonnez-moi, Monsieur, mais je ne comprends pas ce que vous dites. Je ne connais pas les mots que vous employez. Moi, je voudrais simplement dormir, et ces machins font du bruit. »
Il me regarda avec pitié. Visiblement, il m’estimait trop bête pour comprendre des choses qui devaient être évidentes pour lui. Ainsi donc, il reprit son discours. Il m’expliqua… Eh bien, je crus discerner que, si je m’opposais aux « éoliennes », cela signifiait que je devenais complice de certaines thèses que je ne connaissais pas, mais apparemment très vilaines.
« Voyons, je ne m’oppose à rien, et je ne soutiens personne. Je veux seulement dormir, et ces machins m’en empêchent. »
« Écoutez, Monsieur, les éoliennes ont été installées pour fournir à ce village une électricité économique et respectant l’environnement. Si vous les refusez, c’est que vous êtes en retard sur votre époque. Je n’ai plus rien à vous dire. »
Et il me jeta presque à la porte. Je rentrai chez moi perplexe. Je n’étais pas choqué, mais interloqué : je voulais seulement me plaindre du bruit, et on me répondait comme à un délinquant. Je devais donc considérer que s’opposer à ces machins qui faisaient du bruit s’assimilait à un crime. Pourquoi donc ?
À partir de là, la vie devint simplement infernale pour moi. Les grands machins blancs tournaient, tournaient, tournaient et faisaient du bruit, du bruit, du bruit. Je ne parvenais pas à dormir. En fait, toute mon existence était chamboulée, car je ne pouvais plus me concentrer sur quoi que ce fut. Je ne faisais donc presque plus le ménage. Je me rasais rarement, me lavais de moins en moins. Ma santé s’altérait. Je me demandais vraiment ce que j’étais en train de devenir. Et ces grands machins blancs qui n’arrêtaient pas, qui n’arrêtaient jamais…
Plusieurs fois, je descendis au village, pour me plaindre à nouveau à la mairie. Immanquablement, je me faisais rabrouer. On me rétorquait que si je refusais les « éoliennes », j’étais un méchant bonhomme et que tout ce qui arrivait sur la terre était de ma faute. En somme, les guerres, c’était de ma faute. Et les petits Africains qui crevaient de faim, c’était aussi de ma faute. Et la destruction de la forêt amazonienne, idem. Pourquoi m’accusait-on de ça ? Moi, je voulais seulement dormir.
Je tentai ma chance ailleurs. J’écrivis à des journalistes, au député du coin, et même au gouvernement. Toutes mes réclamations reçurent une fin de non-recevoir. Apparemment, les machins blancs étaient sacrés, et personne n’osait s’y opposer. Je ne le comprenais pas.
Au bout de trois mois, je ressemblais plus à une loque qu’à un être humain. Mes yeux avaient rougis. Mes joues s’étaient creusées. Je décidai de faire une dernière tentative à la mairie. Je fus reçu par une femme, charmante et assez élégante. Après m’avoir écouté, elle montra le même étonnement que les autres.
« Voyons, Monsieur, ces machins, comme vous dites, servent à fabriquer notre électricité sans danger. Vous préférez des centrales nucléaires, peut-être ? »
« Eh bien, oui, je préfèrerais. Au moins, elles ne font pas de bruit. »
Elle me regarda comme si je sortais d’un asile. En fait, j’étais plutôt sur le point d’y entrer. Parce que ma résistance nerveuse venait d’atteindre ses dernières limites. Je ne pouvais plus supporter le bruit. Je ne pouvais plus rien supporter. Je devais mettre fin à cet enfer, n’importe comment.
Je rentrai donc à la maison. Je fouillai dans un placard et j’en sortis un revolver. Il n’avait jamais servi auparavant. Je repris la voiture et redescendis au village. J’entrai dans la mairie. La secrétaire leva les yeux.
« Vous désirez, Monsieur ? »
Je ne lui laissai pas le temps d’en dire plus. Je levai le revolver et je tirai. Elle fut projetée contre le mur et tomba au sol. Puis je poussai une porte. Le conseil municipal était réuni en séance. Toutes les têtes se tournèrent vers moi.
« J’en ai marre du bruit ! J’en ai marre du bruit ! »
Je me mis à tirer sur tout ce que je voyais. J’en tuai un. Puis un deuxième. Puis un troisième. Affolés, ils s’étaient tous mis à courir vers les fenêtres. J’en tuai deux de plus, avant que le chargeur soit vide. Alors, je respirai profondément. Je regardai les corps, sur le plancher.
Ensuite, je sortis de la pièce. Je m’assis devant la mairie, sur les marches de l’escalier. Je posai le revolver à côté de moi, et j’attendis l’arrivée des gendarmes. Maintenant, j’allais pouvoir dormir. Enfin.

Manuel

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par txoa le Lun 26 Juil - 23:33

Je le prends au premier degré mais je confirme que les machins ne font pas de bruit.

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par Chewie le Mar 27 Juil - 10:01

Ce ne sont pas les éoliennes à proprement parler qui font du bruit, mais les freins qui les équipent.

Sur ce type de structure, il y a deux types de freins : le frein du rotor qui va permettre de ralentir puis d'arrêter la rotation des pales en cas de sur-vitesse ou de maintenance, et ce qu'on appelle le frein de "Yaw", c'est-à-dire celui qui contrôle la rotation de la tête de l'éolienne lorsqu'on pivote toute la partie supérieure pour orienter les pales face au vent.



Sur les puissantes éoliennes modernes, on utilise beaucoup les freins à disque, selon le même principe que sur les voitures ou les motos, mais en plus puissants. C'est une technologie efficace mais dont un des inconvénients est le bruit : les freins à disque, ça couine (ce qui est assez logique puisque leur principe de base, c'est le frottement).

Aujourd'hui, la plupart des fabricants de freins d'éolienne se sont lancés dans une course à la réduction des bruits de freinage, notamment via un travail de recherche sur les matériaux qui composent les plaquettes de frein, car l'objectif est hautement stratégique d'un point de vue commercial : si les investisseurs apprécient l'image propre de ce système de production d'énergie, si les riverains ne se plaignent pas trop de l'aspect visuel, le bruit reste le vrai point noir des éoliennes pour le grand public (même si on pourrait avancer d'autres inconvénients plus techniques).

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par Manuel le Mar 27 Juil - 11:41

Chewie a écrit:
si les riverains ne se plaignent pas trop de l'aspect visuel, le bruit reste le vrai point noir des éoliennes pour le grand public (même si on pourrait avancer d'autres inconvénients plus techniques).
Ben, justement si. Les éoliennes sont la terreur des agences immobilières : dès qu'il y en a quelque part, le prix des maisons baisse. Y compris en Allemagne, où on s'imagine qu'elles sont bien acceptées. En fait, c'est toujours la même chanson : les gens sont toujours d'accord avec tout, jusqu'au moment où cela les concerne directement.

Quant à la fiction ci-dessus, elle m'a été inspirée par les conversations que j'avais dans le Midi avec une dame écolo. Dès que je disais que les éoliennes gâchaient le paysage, elles ouvrait de grands yeux stupéfaits : "Tu préfères les centrales nucléaires ?" Le dialogue était impossible. J'en ai fait une fable.

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par edmond Gropl le Mar 27 Juil - 13:10

Dans la nouvelle, il n'y a que le narrateur qui semble se plaindre du bruit.
Et les autres?


Pour ma part, Je ne trouve pas que les éoliennes gâchent tant que ça le paysage.

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par Chewie le Mar 27 Juil - 13:23



Faut juste pas se prendre les pales dans la tronche...

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par txoa le Mar 27 Juil - 14:50

edmond Gropl a écrit:
Pour ma part, Je ne trouve pas que les éoliennes gâchent tant que ça le paysage.
Moi non plus. Je précise que je vis à proximité d'éoliennes, celles que vous voyez quand vous prenez l'A61 à hauteur d'Avignonet Lauragais. Avant je vivais sur les hauteurs encore plus près d'elles et je trouvais que lorsque l'on regardait en direction du sud et des pyrénées, elles donnaient de l'ampleur au paysage.
Ce qui est vrai c'est que il y a 10 ans, l'alternative au nucléaire par l'éolien et le solaire faisait rêver, sa mise en application près de quelqu'un (c'est toujours près de quelqu'un) fait grincer les dents jusqu'au fantasme (les oiseaux décapités et les éoliennes que l'on fait marcher au gazole de l'asso "vent de colère").
Il y a 25 ans que l'Andalousie s'est équipée d'éoliennes en grande quantité.

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par Manuel le Ven 30 Juil - 10:22

Eh ben, cette nouvelle est en train de devenir un grand succès sur mon blog. 41 lectures en 3 jours. Apparemment, ceux qui la lisent envoie le lien à leurs copains. Je ne m'y attendais pas, mais tant mieux.

Manuel

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Re: Les machins qui font du bruit

Message par edmond Gropl le Ven 30 Juil - 11:56

Ne te rejouis pas trop, c'est moi qui l'ai lu 41 fois car vois-tu, je ne saisis pas tres bien le sens de cette fable.
Tu nous dis, il ne faut pas la prendre au 1° degré, ce qui serais, j'imagine, de penser que ce texte est Anti éolien.
Mais le 2° degré, ca serait de penser que tu décris la descente aux enfers d'un citoyen paisible qui ne peut dormir à cause des freins de l'éolienne qui couinent, tels que nous l'a expliqué Chewie. S'ajoute au manque de sommeil, un combat inégal de ce citoyen méritant face a un kafkaien et nouvel ordre écologique.
Bon, mais c'est la même chose, ce deuxième degré n'est qu'une modalité du premier.

Alors quel est donc le sens de cette fable?

edmond Gropl

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Re: Les machins qui font du bruit

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