Cabane

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Cabane

Message par limbes le Dim 4 Juil - 1:37

Vols d’encre hors les nuits sous les jours, souillent les cases une puis une puis une puis une, reste une et je retiens une, la dernière, cette fois, je le dis je le fais je m’exécute mais comment, elles se présentent toutes

Vols d’encre rapides, précis, pointes nettement trop étroites, paupières courbées sur le sol encombré

Vols d’encre éparpillent et dilatent les fins du jour, une fin un jour un seul mais lequel, ne désigne pas, ne brouillonne pas, ce serait pourtant pratique ah oui vraiment bien pratique, trois essais avant le bon avant que la machine ne t’avale, donc le bon et l’unique mais lequel, ils sont tous là au même moment dans le même lieu, une fin, un jour, un seul, un jour un seul à extirper mais lequel tout se matérialise en même temps et prend forme inconnue, il faudrait distinguer tout retourner avec des pelles à longs manches, et étaler le tout, discernable identifiable dans chaque composante, sur une bâche grise et solide étendue sur le pré, derrière la maison, aux mêmes instants différents endroits, de la terre qui colle sur les doigts et sous les ongles, quant au plastique il se soulève, des monticules?

non ce ne sont pas des taupes, ma petite, ce sont des mains qui s’agitent en dessous et qui le tremblent, ne te penche pas, ne tranche pas, laisse les s’activer va donc te laver les tiennes avant de manger par pitié tu es si sale et range ta pelle dans la cave, tu marches sur les cailloux froids et les pierres noires, dans la cuisine elles sont cent onze à coller tu les compteras une à une pendant la sieste et les ronflements, ici l’endormissement non nocturne est réservé aux adultes, à moins on regarde les papiers jaunes collants qui tombent des plafonds fins

ils se réveillent les yeux gonflés et c’est la nuit, inversée du jour c’est comme ça qu’ils la pratiquent ils ne peuvent pas faire autrement, depuis toujours ils installent les tables sous le tilleul la lune comme lampadaire, le vin sorti de la cave, les bouteilles poussiéreuses, ils en extraient une après une un liquide rouge sombre qui coule dans les gorges, sous la table elle stationne à l’insu histoire de surveiller les mains, ni la nuit ni le jour ne pas baisser la garde, sous table une cabane parfaitement instituée même sans nappe, les jambes les murs le plateau le plafond, le tilleul sent le tilleul naturellement pour un tilleul surtout quand il fait chaud, et le parfum de la grande Elle est si lourd et ils doivent boire encore, des bas de mollets nus se mêlent ils sont disjoints des corps du dessus, lui semble-t-il, mais elle doit prendre garde aux illusions d’optique, comme quand allongée sur les fraises les pieds rationnellement au même niveau l’un deux semble se soulever et qu’elle devient bancale, au point que quand elle se lève, elle tombe, pourtant ses jambes sont mesurables et mesurées et elles se dimensionnent strictement pareilles, alors les mollets de part et d’autre qui se glissent et qui se frottent et s’entortillent dans des dispositions bizarres elle ne sait pas quoi en penser, rien, ce serait mieux, de ne rien en penser, la lune bouge et les corps s’affaissent et elle entend les chocs sourds des coudes et des mains et des têtes qui tombent sur les tables, on ne peut pas dire qu’ils dorment vraiment, ils se reposent du vin pour les siestes à venir puisque bientôt il fera jour

elle finit tous les verres et les fonds de bouteille et rallume des mégots à peine éteints, sortie de sa tanière c’est le moment qu’elle préfère sous le tilleul les mains sont rentrées sous la terre et ce qu’elle voit alanguies sur le champ, ce sont des princesses en robe rouge qui ressemblent à la grande Elle sauf qu’elles ont l’air moins tristes, elles sont dix, elles sont quinze, elles sont cent, ça dépend des nuits et de la lune, peut-être, mais les robes sont perpétuellement rouges et elles sont toujours seules et sereines

au premier oiseau le signal les membres se délient, les tables se portent et s’emmènent ailleurs, les bouteilles vides disparaissent, des mouvements désencombrent les corps, on efface vite et lentement les traces pour la prochaine nuit, place nette, tous semblent vaguement anéantis par ce nouveau jour trop cru qui souligne sans la moindre compassion les creux les bouffissures les cernes le temps vacant dont ils ne veulent pas, non, ils voudraient ne garder que les nuits chaudes sous un tilleul avec son odeur, les nuits des possibles et du désir sans aucun prolongement d’aucune sorte, quitte à obturer le ciel, quitte à faire semblant, quitte à supprimer les jours une fois pour toutes, quitte à retourner le temps, mais elle sait bien que personne ne les laissera faire et surtout pas les mains du dessous

Vols d’encre survolent le tout elle se somme de dire ce qu’il reste, pour trier, une tentative, détruire ou recycler ce qui doit l’être histoire de se développer durablement, sinon, sinon quoi, tu confonds la nuit et le jour, le temps et l’espace ne font qu’un, tu ne discernes pas les mollets mélangés sous les tables et son odeur te suit comme un chien, tu évites la terre les prés la campagne tout ce qui ressemble de près ou de loin à Lanature, béton goudron routes immeubles véhicules partout les empêcher de surgir te narguer te prendre ou pire, mais de la nuit et du vin et des robes rouges, ne sortent que des doigts qui tracent dans l’air des mots indéchiffrables, et si ça se trouve ils ne disent que des choses comme ne laisse pas ouvert le frigo, ça coule



limbes

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