La Nuit des chats bottés - Frédéric H. Fajardie (1977)

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La Nuit des chats bottés - Frédéric H. Fajardie (1977)

Message par Chewie le Dim 23 Mai - 14:55



Par amour pour Jeanne, Stéphan et Paul, deux anciens militaires, vont lancer la plus grande opération de plasticage de tous les temps. Jeanne a souffert de voir son père humilié par la société. Stéphan et Paul vont lui offrir une revanche posthume : " la vie est une opération de commando, c'est une razzia sur l'amour, l'amitié, la tendresse, la bagarre, le pouvoir... " Masqués de cagoules noires, ils vont s'attaquer à une banque, à un P.M.U., à une clinique, aux usines Renault, au ministère des Finances, et même au Sacré-Coeur.


Si Jean-Patrick Manchette fut autant l'initiateur que le commentateur exigeant du néo-polar français, Fajardie en fut l'incarnation totale, autant sur la forme que sur le fond. Après s'être fait remarqué par son premier opus (Tueurs de flics), Fajardie signe avec La Nuit des chats bottés la profession de foi du néo-polar : écriture behavioriste portée dans ses derniers retranchements, engagement politique à l'extrême-gauche et peinture sociale sans concessions.

La France giscardienne s'ennuie et reçoit ce polar comme il se doit : un bon direct dans la tronche. C'est l'époque qui veut ça : après l'échec de révolution libertaire de la fin des années 60 par leurs aînés et le retour du conservatisme, la nouvelle génération se radicalise à l'extrême-gauche ou verse dans le nihilisme punk, qui vitupère son No Future à la terre entière cette même année 77...

Alors, que reste-t-il de ce jalon du roman noir français contemporain trente ans plus tard ?

Même si l'impression d'entrer dans une machine à remonter le temps n'est pas forcément désagréable, le côté daté du contexte politique et social nuit forcément à la puissance de l'oeuvre pour le lecteur qui comme moi la découvre "à froid". L'activisme palestinien est bien loin désormais, de même que les brigades rouges italiennes. L'OAS ne parle pas forcément aux jeunes générations et une certaine partie de ce qu'implique le fait que les deux protagonistes soient des anciens militaires passe finalement à la trappe ou exige un travail de documentation qui nuit à lecture de cet opus très bref qui doit se lire d'une traite.

L'intrigue brille surtout par son absence, mais c'est le genre qui veut ça. Fajardie, comme Manchette, n'a aucune prétention à développer un quelconque suspense, il s'agit ici surtout de discours, ou à défaut de démonstration (qui ne verse d'ailleurs pas toujours dans la subtilité absolue : le passage très boursouflé de justification du meurtre d'un huissier m'a franchement fait sourire, quand au ralliement de l'immigré de service à la cause révolutionnaire, il est franchement du genre sabot taille 56...). La narration est une sorte de road-polar déjanté et jusqu'au boutiste qui se contente du minimum de personnages et ne s'embarrasse guère de vraisemblance.

La sécheresse du style comportementaliste est absolue, tout est réduit au minimum syndical et on reste quand même un peu frustré, un peu sur sa faim. On aurait aimé en savoir un peu plus sur Jeanne, sur sa vie, sur le passé des chats bottés mais voilà, l'auteur semble bien décider à bousculer toutes les règles, y compris sur celle élémentaire du plaisir voyeur du lecteur. Fajardie, en bon intellectuel d'extrême-gauche, pense être en mesure de faire le bonheur du lecteur contre son gré. L'éducation avant le confort ou le plaisir (valeurs bourgoises).

La Nuit des chats bottés vaut principalement aujourd'hui pour son aspect historique, son rôle de jalon et de pièce maîtresse du néo-polar.

Par contre, un aspect où le roman reste encore intéressant, c'est par son côté crépusculaire indirect. La Nuit des chats bottés crie finalement dès 1977 l'échec total de mai 68 : les protagonistes font beaucoup de bruit pour rien, aucune initiative collective n'en débouche et ils finissent par se barrer avec le fric sous un quelconque cocotier en petits jouisseurs individualistes.

Tout est dit.

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Re: La Nuit des chats bottés - Frédéric H. Fajardie (1977)

Message par txoa le Lun 24 Mai - 2:07

Tu fais une très bonne critique de ce petit bijou de Fajardie, un des plus connus mais pas forcément le meilleur ("L'adieu aux anges", "Bleu de méthylène" ou "Clause de style" ont ma préférence, "Jeune femme en rouge toujours plus belle" est un de mes livres de chevet). Il est ainsi de Fajardie, hésitant dans son envie d'en découdre avec la Lutte armée et montrant aussi l'impasse du truc. Manchette, avec Nada, a tranché, la lutte armée avec la violence étatique, sont les deux machoires du même piège à cons. Mais là où je mettrais un bémol à ce que tu écrfis, Chewie, c'est que Fajardie met de la distance avec un discours politique pénible grâce au romanesque qui soustend quasiment tous ses bouquins.
A noter, chez la table ronde, les très belles couv de J C Claeys.

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Re: La Nuit des chats bottés - Frédéric H. Fajardie (1977)

Message par Chewie le Lun 24 Mai - 16:34

c'est que Fajardie met de la distance avec un discours politique pénible grâce au romanesque qui soustend quasiment tous ses bouquins.

Je ne renie pas du tout la dimension romanesque du récit - j'ai lu le bouquin avec grand plaisir en une seule séance - mais je voulais juste souligner le fait que certains paragraphes sont dictés par l'idéologie (même si la majorité demeure inspirée par la nécessité romanesque).

C'est pas forcément une critique que de le souligner, c'est un peu le rôle du chroniqueur, même amateur, que de pointer ce genre de choses, après tout les lecteurs potentiels ne sont plus forcément tous des militants d'extrême-gauche (devenus rares en 2010).

A tout prendre, je préfère un type comme Fajardie qui annonce clairement la couleur de son engagement plutôt que les auteurs contemporains qui rampent devant le politiquement correct et se croient obligés de nous refiler une narration homologuée par la Halde en guise de cache misère de leur manque absolu de choses à dire.

D'ailleurs, merci pour tes autres références concernant Fajardie : je les mets de côté pour de futures lectures.

A noter, chez la table ronde, les très belles couv de J C Claeys.

Mon exemplaire est le NéO qui illustre le post. Si l'étiquette avec l'auteur et le titre a très mal vieilli, c'est vrai que l'illustration en N&B de Claeys "claque" pas mal, surtout dans ce format assez grand.

PS : Na, na na nère... Je ne suis pas peu fier d'avoir une couv' de Claeys sur mon bouquin, mais chut, c'est une autre histoire...

Chewie

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