44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

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44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par txoa le Mar 20 Avr - 23:10


Le lendemain de Noël 1962, Brian Clough, buteur surdoué de l'équipe de Sunderland, se blesse. Fin brutale d'une carrière prometteuse.

Avide de revanche, il se reconvertit comme manager. Aidé de son inséparable ami Peter Taylor, il va conduire la modeste équipe de Derby à la victoire en championnat d'Angleterre. Deux ans plus tard, il arrive à Leeds United, le grand club européen du moment. Mais, avec son style provocateur, il se heurte à l'hostilité de l'équipe et des dirigeants. Et surtout, il est hanté par le fantôme de son prédécesseur Don Revie. Ce qui s'annonçait comme le couronnement de la carrière de Brian Clough vire au cauchemar.


Ecrire un roman noir sur un entraineur de football se faisant vider de son club peut apparaître comme un gag et pourtant...
Pourtant la vision de David Peace sur le court passage de Brian Clough à Leeds United a tous les atouts du roman noir, sans mort bien sûr (encore que l'on pourrait assimiler la chute de Clough à une sorte de mort). Ascension, chute, trahison, drames, corruption... On assiste à la confrontation d'un homme intègre à un milieu hostile fait, de compromission et de grenouillages en tous genres, un homme en guerre contre tout un système, un homme bien seul. Ce sont bien là des thèmes récurrents du roman noir.
Brian Clough (mort en 2004) n'était pas un homme facile, dur, cruel parfois, (trop) grande gueule, capable de piétiner quiconque s'opposait à son projet mais Brian Clough était aussi d'une grande honnêteté, convaincu jusqu'au boutiste et tous ces éléments en font un personnage complexe et riche, très attachant. Un homme que l'on ne pouvait qu'aimer ou détester.

Le roman alterne passé (l'ascension et la chute de Clough à Derby sur plusieurs années) et présent dans un temps ramassé (44 jours donc) à Leeds. La réussite vient du fait que l'on a l'impression d'être à l'intérieur de la tête de Clough; son entêtement, ses doutes, son impuissance, sa colère, ses regrets aussi. Rarement dans un roman, je n'ai eu l'impression d'être aussi connecté à l'introspection d'un personnage. Le style de Peace que j'avais adoré dans sa tétralogie (un chef d'oeuvre à mon sens) mais qui m'avait ennuyé dans GB 84 fait ici merveille. Les nombreuses répétitions, les phrases courtes et sans verbes résonnent parfois comme de la poésie. Peace a un style unique et réussit là où Ellroy a échoué avec White Jazz.

Nul besoin d'être amateur de football (ce que je suis) pour apprécier "44 jours". C'est juste un petit plus avec un petit relent de nostalgie pas désagréable (je me souviens de Clough entraîneur en pleine réussite de Nothingam Forest, je me souviens de Kevin Keegan et de Lorimer). Ce que nous montre Peace du milieu du foot anglais au coeur des 70's n'est guère reluisant et est annonciateur de ce qu'il deviendra avec la mondialisation.
Peace est un écrivain majeur, puissant, fulgurant. Nous n'avons pas de Peace en France, un écrivain de fiction ayant une vision personnelle de son pays, son histoire, sa société.
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Message par stalker le Mer 21 Avr - 1:54

txoa a écrit:(...) Nous n'avons pas de Peace en France, un écrivain de fiction ayant une vision personnelle de son pays, son histoire, sa société.
C'est un beau défi que tu jettes là.
Par les temps qui courent, il est redoutable.

Et tu relèves un autre aspect caractéristique de Peace, dans ta critique : son écriture.
Les nombreuses répétitions, les phrases courtes et sans verbes résonnent parfois comme de la poésie.
Ce roman aurait-il eu le même impact sur toi, sur ton point de vue, ton ressenti, s'il avait été écrit de façon académique, neutre, conforme ? Sans choix de forme pour guider le lecteur vers le fond d'un propos ?

Je note cependant que, dans notre pays, il y a des visions personnelles (pour reprendre tes termes) qui demeurent inacceptables. On n'est pas prêt à tout entendre, ni donc tout lire, et encore moins tout voir (paradoxalement, car on aime beaucoup voir, et on ne croit que ce qu'on voit, bien souvent, mais on rechigne aussi à admettre qu'on croit ce qu'on vient de voir - auquel cas on le déforme ou on ne dit pas qu'on l'a vu, ni cru un seul instant).

On n'avait pas encore de critique de Peace sur le forum. Il était temps.
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par Manuel le Mer 21 Avr - 12:14

Brian Clough, c'était une suite d'anecdotes.

Quand il arriva à Nottingham Forest (en deuxième division), il déclara : "Cette saison, nous allons monter en première division. La saison prochaine, nous serons champions. Et la saison d'après, nous serons champions d'Europe." Ce fut exactement ce qui arriva.

Un jour, il alla jouer un match amical au Japon et se plaignit de l'état du terrain : "Je ne comprends pas que des types qui maîtrisent la micro-informatique soient incapables de faire pousser correctement de l'herbe."

Un soldat anglais fut gravement blessé en Irlande du Nord. Il était supporter de Nottingham. Clough lui envoya une lettre pour lui "ordonner de vivre", et le soldat guérit.

Enfin, soyons franc : la suite de sa carrière fut assez moyenne. La fédération anglaise n'osa jamais lui confier l'équipe nationale : le personnage était incontrôlable.

Je n'ai pas lu le livre, mais il faut savoir que Leeds United des années 70 était une mafia : l'entraîneur Don Revie déguerpit en Arabie Saoudite pour échapper aux multiples procès qui le menaçaient, et la moitié des joueurs avaient des affaires louches dans leur CV. C'est sûr que Clough tombait comme un cheveu dans la soupe !
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par txoa le Mer 21 Avr - 17:44

Pour répondre à ta question, Stalker, je ne crois pas que la même histoire écrite de façon neutre aurait présenté le même intérêt, ou alors platement biographique. C'est bien l'écriture de Peace qui transcende le genre et en fait un roman personnel où, finalement, il se sert de faits pour réécrire sa vision du bonhomme. Peace, d'un autre côté, s'est fortement documenté (la bibliographie finale est assez impressionnante) et là où son travail est impressionnant c'est qu'il est en permanence sur le fil entre les faits réels et la vision qu'il donne du personnage. Est ce que Clough a pensé ça à tel moment ? Rien n'est moins sûr, néanmoins c'est avec sa subjectivité qu'il parvient à laisser un portrait fidèle de Clough.

Manuel; le palmarès de Clough est loin d'être négligeable: deux coupes d'Europe, deux championnats d'Angleterre, quatre coupes de la ligue. Mais c'est vrai que à partir de 1980 (jusqu'en 93), il n'a plus gagné grand chose, fidèle à Not' Forest, club sans trop de moyens.
Je fais un parallèle osé entre Clough et Cantona, des mecs complexes (l'un comme l'autre marqués à gauche mais sachant compter), entiers et caractériels. L'un comme l'autre n'ayant pas eu la carrière qu'ils méritaient dans un milieu trop pourri pour leur intégrité.

Qui veut bien se cogner la tétralogie de Peace ? De mon côté, la lecture est trop ancienne et comme je ne relis pas...
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par txoa le Mer 21 Avr - 17:54

Et comme on parle de foot et littérature, je me permets de glisser dans la rubrique "Nouvelles", celle que j'ai écrite sur le sujet il y a bien longtemps. Beaucoup d'entre vous la connaisse mais comme, en toute humilité, je n'en suis pas mécontent...
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par stalker le Mer 21 Avr - 18:53

En terme de foot et de polar, il y a aussi Ballon mort, de Marc Villard, à la Série noire (1984)
Tu l'auras dans ta boîte à lettres sans trop tarder.
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par Manuel le Mer 21 Avr - 19:52

Allez, juste pour la nostalgie : sur la photo, on voit Brian Clough. Ensuite, Bremner, capitaine de l'équipe d'Ecosse. Et ensuite, Jordan, un Ecossais qui avait un formidable jeu de tête. Je ne reconnais pas les autres.
My god, que ça remonte loin...
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par Ernest Kurtz le Sam 1 Mai - 10:35

Pas lu ce Peace là, mais viens de terminer 1983, quatrième tome de sa tétralogie du Yorkshire. Et je suis bien passé à côté du bouquin. Plus trop de souvenirs des 3 tomes précédents lus il y a quelques années, donc plein de références, de rappels qui ne me disaient plus rien. Quant au style, j'ai aussi eu du mal au bout d'un moment, j'ai eu l'impression que parfois, il en faisait trop, notamment dans les répétitions de la même phrase ou du même paragraphe. Un peu, dans une certaine mesure, la même impression que j'avais eu en lisant White Jazz de Ellroy, comme s'ils avaient voulu pousser au maximum une façon d'écrire. Mais peut-être qu'en lisant les 4 Peace d'un coup, l'effet aurait été autre...
En revanche, j'ai vu le film tiré du 44 jours, The Damned United. Film plutôt sympa avec un petit côté nostalgique vis à vis du foot "à l'ancienne". Filmé un peu comme un téléfilm (mais à l'anglaise, donc gage d'une certaine qualité), avec d'excellents acteurs anglais (Colm Meany qui jouait dans The snapper, Michael Sheen qui jouait dans le très très bon Frost/Nixon, par exemple).
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par stalker le Sam 1 Mai - 13:31

A chaque fois que j'ouvre un D.Peace, c'est à dire de temps en temps, juste pour en lire trois ou quatre pages complètement au hasard, j'ai l'impression de me prendre une dose violente de substance, j'ignore quelle substance au juste, une matière qui file dans le cerveau et les veines. McCarthy produit une sensation proche, bien que très différente. Je parle bien d'écriture, et absolument pas d'intrigue.
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Re: 44 jours (The damned united) - David Peace (2008)

Message par limbes le Mer 19 Mai - 23:55

Je viens de lire 1974, offert par quelqu'un qui m'est cher.

Je l'ai lu en trois temps. Le deuxième, ça m'a fait comme au Colonel (pas les répétitions, mais les dialogues, je crois). Mais au premier et au dernier temps, ça a parfaitement saccadé ma tête bien comme il faut. J'ai en arrière-fond depuis, presque en permanence, un certain camp de gitans.

Ce qui est fort, c'est qu'avec une narration au passé simple (temps souvent poussif), il fabrique des éclats noirs hyper rythmés, qui perforent ou qui se diffusent dans les veines, mais par injections brutales, presque.

Après, je me suis demandée , parce que souvent c'est dans les romans noirs américains ou anglais que la police est la plus corrompue et la plus violente, si c'est dû au fonctionnement de celle-ci dans ces pays (et en France il n'y aurait pas ce genre de choses), à une époque (révolue?), ou si c'est juste qu'ici, on en parle moins, en général et dans les polars.

Je vais lire les autres.
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