Engagement politique et métier d'écrivain

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Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Replay le Lun 23 Juin - 11:06

"Je déteste ce mot - "engagé". Il y a un phénomène qui s'est produit en France, on retrouve la même chose au niveau international, à savoir que beaucoup d'écrivains de polars contemporains ont été tous engagés, dans les années 70, dans les mouvements d'extrême gauche. Ce n'est que plus tard qu'ils se sont mis à l'écriture : Didier Daeninckx était stalinien, Renal - maoïste, Vilar - trotskiste, Pouy - anarchiste et moi j'étais trotskiste.

Au début des années '80 on a commencé à réfléchir aux divers phénomènes de la violence présents dans notre société, ce qui nous a amené à écrire des polars. Après c'était tentant d'aborder les thèmes politiques. De par notre passé, on a accusé le polar d'être engagé. Mais je ne suis pas du tout d'accord avec cela : je n'écris pas des tracts. J'écris des romans, des fois ils ont un contenu politique, d'autres fois non. Moloch est, je crois, un roman politique, mais vous ne trouverez là-dedans nulle profession de foi. Mes héros ne veulent pas sauver le monde. Je suis très vigilent à ne pas mélanger la politique et la littérature. Cela s'est vu au sein de la collection Le Poulpe, qui s'est mis à éditer des romans de très mauvaise qualité, où il est question d'affrontements entre de gentils anti-fascistes et de vilains fascistes, de gentils ouvriers et de méchants patrons." la suite ici
Thierry JONQUET

***
"Vous êtes très concernée par l'actualité et la politique, mais vous les tenez à distance dans vos romans et particulièrement dans Un lieu incertain.[...]
Effectivement, je trouve que l'actualité et la politique plombent une fiction. Quand j'écris mes romans, je vais jouer ailleurs.
Fred Vargas dans Un entretien pour l'Express
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Message par Varg le Lun 23 Juin - 13:32

Pour déblayer le terrain avant la baston ;-) , le point de vue de Peace que je citais dans ma note sur 1974 :

" La fiction criminelle a à la fois l'opportunité et l'obligation d'être le plus politique des écrits (ou autres moyens médiatiques), le crime étant le meilleur révélateur de ce que sont les rapports politiques du moment (...) L'écrivain qui choisit d'ignorer cette responsabilité se contente alors uniquement d'exploiter, pour son seul bien-être financier ou sa gloire littéraire, un genre qui ne serait qu'un aspect de l'industrie du divertissement, alors qu'il repose sur la mort violente de personnes innocentes et la peine interminable de leurs familles."

L'article original en grand-breton ici
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Message par Replay le Lun 23 Juin - 13:41

Es-tu d'accord personnellement avec ce point de vue, Varg ?
Notamment avec l'idée d'"obligation" ?
Quid des polars dans lequel le crime est passionnel ?
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Message par Varg le Lun 23 Juin - 14:02

Je comprends tout à fait la position de Peace et je crois que le terme obligation n'est pas trop fort, surtout avec ce qu'il dit après...

Maintenant il y a façon et façon d'être politique dans un écrit, déjà tout simplement en étant talentueux (rare) ou pas (fréquent). Puis politique ne veut pas dire militant et engagé ne se limite pas à politique. Ce qui nous rapproche des extraits que tu nous donnais plus tôt. A suivre...
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Replay le Lun 23 Juin - 14:16

Banalement: tout écrit est politique, on ne peut pas écrire "dehors". L'engagement volontaire c'est écrire pour témoigner, pour interpeller, puis donner sa vision des choses d'une façon explicite, mais le message n'est pas toujours clair. Il y a des auteurs qui se disent de gauche, dont les personnages ont un langage officiel "de gauche" dans quelques dialogues, alors que toute la construction du livre crie le contraire.
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Message par edmond Gropl le Lun 23 Juin - 14:33

Replay a écrit:
Quid des polars dans lequel le crime est passionnel ?

C'est pas incompatible avec l'idée d'engagement politique. Dès lors que l'auteur s'attache à rechercher les rouages du crime, ça devient politique ou alors ce sont des romans navigants entre spéculation racoleus,ronronnement jean-pierre Pernesque et auto fiction masturbatoire.


Même les purs romans d'angoisse sont engagés du moment qu'ils abordent avec serieux la question de l'angoisse.


Après, engagé ne veut pas dire de qualité, ni forcement de gauche.

Pour moi, un des plus engagé est G.J. ARnaud, qui n'appartient publiquement à aucune chapelle (d'ou peut-être sa placardisation régulière lorsqu'on parle de roman noir).
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Varg le Lun 23 Juin - 16:58

Replay a écrit:Banalement: tout écrit est politique, on ne peut pas écrire "dehors". L'engagement volontaire c'est écrire pour témoigner, pour interpeller, puis donner sa vision des choses d'une façon explicite, mais le message n'est pas toujours clair. Il y a des auteurs qui se disent de gauche, dont les personnages ont un langage officiel "de gauche" dans quelques dialogues, alors que toute la construction du livre crie le contraire.


Oui évidemment, tout écrit est politique, mais peut-on placer le non-dire ou le non-faire au niveau de l'agir dans le monde ? Ton qualificatif volontaire me plaît bien parce qu'il est identique, je crois, à l'obligation délivrée par Peace et qu'il sépare bien une population d'auteurs qui serait politique malgré elle d'une population qui en aurait fait un choix préalable d'exercice de son métier. Maintenant, cela ne prédispose en rien que la deuxième population est talentueuse, l'engagement n'est pas un gage de qualité ou de vérité. Pour rejoindre la fin de ton intervention, la plupart des auteurs pensent avoir une attitude saine et responsable concernant la violence alors que tout hurle en eux qu'elle les fascinent et qu'elle est leur fond de commerce. C'est aussi contre ces gens là que gueulait Peace...

Il ne faut pas oublier non plus la profonde relativité de toute lecture qui reste une construction commune auteur/lecteur. Nos exigences, notre expérience, notre ou nos engagements entrent en compte pour déterminer la qualité d'une œuvre et la nature de l'engagement d'un auteur. C'est pourquoi ce genre de discussion est toujours casse-gueule, parce que nous ne parlons pas tous du même endroit et qu'il faudrait d'abord être capable de préciser nous-mêmes le là d'où nous parlons.

Pardonnez-moi, c'est peut-être très confus mais il n'est pas facile de se concentrer quand le patronnat réactionnaire vous tourne autour ;-)))
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Varg le Lun 23 Juin - 17:09

Replay a écrit:Quid des polars dans lequel le crime est passionnel ?

Un marxiste bon teint où une féministe made in 70's te dirait que le crime passionnel est la marque d'un rapport à autrui qui est socialement déterminé et qu'il n'échappe donc pas à la possibilité d'être mis en perspective politiquement parlant.

Dans L'homme qui aimait les tomates tardives la tragédie décrite par K.C. Constantine relève clairement de la sphère privée et du passionnel. Il n'empêche que l'auteur est capable de la resituer dans un contexte social tout à fait particulier qui en fait un livre puissamment politique (déclin économique, pauvreté, rôle subalterne de la femme dans la culture italo-américaine, émancipation des femmes par le travail, etc.) ... mais pas militant pour deux ronds.
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Message par Replay le Lun 23 Juin - 23:07

Oui oui, je suis d'accord avec Varg et Gropl, et je comprends ce qu'explique Fred Vargas, qu'on trouve si peu engagée dans ses romans, quand elle refuse de mêler fiction et militantisme. Pour moi, presque toujours, un "je ne fais pas de politique" est traduisible par " je suis de droite mais je n'ai de compte à rendre à personne, ou pas les idées assez organisées ni les mots qu'il faut pour en parler.
Il y a des auteurs de polars qu'on repère assez vite, qui ont de gros sabots. Je n'arrive pas à faire deux grosses familles d'auteurs, les "plutôt de droite", les "plutôt de gauche". Il y a ceux pour qui c'est évident, et puis tant d'autres qui envoient des signaux contradictoires.... C'est l'état d'esprit dans lequel laisse un roman après la lecture qui est le plus révélateur. Pour qui, quels personnages, aurai-je de la tendresse, de la pitié, de l'amitié? Qui va être mon héros préféré, pourquoi ? Qu'est-ce que j'aurai honte d'avoir aimé ?. J'ai peur des thrillers serial-killers, du fait que ces livres aient remplacé les romans noirs et polars classiques. Pour le coup, eux, je les trouve engagés, et pas dans la gauche humaniste. On plonge dans l'horreur des corps démantibulés, violés, déchirés, énucléés, émasculés toujours de plus en plus, dans des violences toujours plus insoutenables, dans l'indicible qu'on dit quand même et dans les abîmes des remugles de l'âme humaine. Finalement, on est tellement content de voir arriver la police, et quelle police! une race de scientifiques le plus souvent désabusés, profilers, enquêteurs qui tiennent du grand prêtre, du magicien des âmes, qui entretiennent avec la Loi des rapports qui échappent en général à toute morale: à l'image du tueur, le pouvoir est pourri aussi. C'est une société totalitaire et pure qu'ils nous font désirer pour refouler tous ces chaos.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Varg le Mar 24 Juin - 12:49

replay a écrit:Oui oui, je suis d'accord avec Varg et Gropl, et je comprends ce qu'explique Fred Vargas, qu'on trouve si peu engagée dans ses romans, quand elle refuse de mêler fiction et militantisme.
Maintenant, je suis persuadé que la belle Fred n'écrirait pas de cette façon si il n'y avait pas derrière, en elle, un engagement dont elle dit bien qu'il ne date pas de 2004. Il y a eu de la part du monde des médias une condescendance reposant sur une très mauvaise appréciation de ce qu'est l'univers romanesque de Vargas, à mes yeux pas militant mais diablement proche de l'humain et de ses vérités cachées s'agissant de la violence - ce que je cherche avant toutes choses dans le noir.

Replay, comme toi j'abhorre ces tueurs de masse mis à toutes les sauces et cet exhibitionnisme morbide qui était, quand j'étais gosse, réservé aux couvrantes de Détective ou de Noir et Blanc, c'est-à-dire le pire de ce que la presse pouvait produire. Ce qui me gêne le plus, c'est cette façon de toujours encore externaliser la violence, de la réserver à une catégorie particulière d'individus - à la fois repoussants et fascinants, ce que sont les boucs émissaires -, une violence sacralisée (avec les flics comme grands prêtres comme tu le notes) qui nous exonèrerait de celle que nous portons en nous, qui ne sommes pas nommés monstres. La société totalitaire c'est dire d'abord qu'il y a des braves gens et qu'il y a des "autres"... et que les premiers méritent d'être défendus. Et c'est à cela que servent la plupart des romans policiers actuels et c'est ce qui a contrario fait la grandeur d'un Thompson, l'excellence d'une Kirino, la subtilité d'un Indridason et de quelques autres... que de ramener cette violence à tous les hommes.

C'est là ma ligne de partage... elle ne se confond pas avec une étiquette politique droite/gauche ce qui est finalement plus confortable en tant que lecteur.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par limbes le Mar 24 Juin - 14:31

S’attaquer à un coin de réalité, pour moi, ça ne veut pas dire se positionner dans un camp et le faire apparaître comme le meilleur ; ça veut plutôt dire s’y fondre, se coltiner avec. C’est-à-dire prendre en compte l’être humain dans toutes ses dimensions, et ce qui le façonne. Ce n’est pas étaler complaisamment de la violence, c’est la donner à voir autrement, non pas aux fins d’un prêt-à-penser aisément convertible en prêt-à-militer ou en passivité totale (c’est selon), mais plutôt pour susciter le questionnnement :
Qui est vraiment coupable, et pourquoi ?
Une littérature engagée ça reviendrait paradoxalement à s’introduire soi (complètement, totalement, sans tricher) dans le monde pour mieux le dépouiller.

Le problème est qu’on a souvent besoin de désignation claire, et surtout, on a besoin de se sentir du bon côté ; pour ça, on aime bien surplomber le mal, son intégrité bien gardée.
On veut bien notre petite dose de crimes et de bas-fonds, mais on veut aussi surtout s’en sortir indemme, un peu comme quand on allait dans des foires ou des expos universelles voir des étranges étrangers comme des animaux dans un zoo. Comme tu le dis très bien Varg, le monstre, ce n’est jamais soi.
Peut-être qu’un auteur (de polar, ou autre) vraiment engagé c’est celui qui ne dédouane pas le lecteur ; qui ne le laisse pas s’en sortir à si bon compte, qui lui dis : et toi ? (peut-être parce que lui-même, l’auteur, en écrivant, se la pose aussi cette question : et moi ?)

Je me demande aussi si ce déferlement de thrillers ultra violents n’est pas le symptôme d’une société pratiquement post-politique, où on recentre tout sur l’individu et ses pulsions névrotiques, comme s’il était complètement déconnecté et d’une histoire et d’une société qu’on évite ainsi bien soigneusement de critiquer, au fond.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par stalker le Mar 24 Juin - 18:09

La pétillante et divertissante Société du spectacle désigne le lecteur comme un (simple) spectateur-consommateur ; et le livre (ou le film) comme un simple produit de consommation. Ce que je trouve intéressant dans ce que vous dites plus haut, c'est l'engagement non pas perçu sous un angle politique, mais sous un angle individuel.
La question posée au lecteur : et toi ?

De gauche ? De droite ? C'est un vaste schéma globalisant qui dilue les regards dans un bouillon qui les dépassent, les écrasent, les abolissent quasiment. C'est une façon de trancher en deux, de désigner la société comme un corps uniquement fait de noir et de blanc, selon l'orientation et les intérêt de chacun.

Chacun, c'est le lecteur lambda que le monstre médiatique sait si bien satisfaire, abreuver, à moins qu'il ne s'agisse de le diriger, de le bâillonner. Question ouverte. Chacun, à la sortie, n'a rien vu, rien entendu. Il n'était pas là au moment des faits. Ses fenêtres sont équipées d'un double vitrage dernier cri et la télévision a dû couvrir le vacarme des coups de feu et les cris de détresse.

A la question "et toi ?" chacun répond généralement qu'il a trouvé l'intrigue prenante (ou pas prenante), les personnages fouillés (ou non) et la chute inattendue, bien ficelée (ou pas) - selon ses goûts, ses habitudes, ses dispositions à digérer ou pas ce qu'un auteur a voulu glisser dans ses pages.
L'engagement, à ce niveau-là, peut se situer au niveau du lecteur lui-même : est-il prêt à considérer un ouvrage de fiction comme un motif d'engagement possible de la part d'un auteur, ou à le réduire au contraire au rang de sachet de pop-corns, de glace Miko ou de jeu vidéo débilisant ?

Le "d'où l'on parle" de Varg me semble important. Parce qu'il relativise absolument tout. Mais ce "d'où l'on parle" éloigne la question politique du débat, à mon sens. Parlez-vous depuis la nef d'une chapelle politique lorsque vous regardez votre tronche dans un miroir le matin au réveil ?
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par edmond Gropl le Mer 25 Juin - 18:04

Varg a écrit:
replay a écrit:Oui oui, je suis d'accord avec Varg et Gropl, et je comprends ce qu'explique Fred Vargas, qu'on trouve si peu engagée dans ses romans, quand elle refuse de mêler fiction et militantisme.


Replay, comme toi j'abhorre ces tueurs de masse mis à toutes les sauces et cet exhibitionnisme morbide qui était, quand j'étais gosse, réservé aux couvrantes de Détective ou de Noir et Blanc, c'est-à-dire le pire de ce que la presse pouvait produire. Ce qui me gêne le plus, c'est cette façon de toujours encore externaliser la violence, de la réserver à une catégorie particulière d'individus - à la fois repoussants et fascinants, ce que sont les boucs émissaires -, une violence sacralisée (avec les flics comme grands prêtres comme tu le notes) qui nous exonèrerait de celle que nous portons en nous, qui ne sommes pas nommés monstres. .

D'ou l'usage répété du terme "prédateur" pour évoquer les grands criminels, Fourniret le predateur, comme si c'était un animal.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Hurlu le Sam 28 Juin - 11:53

C'est peut-être bête, mais pour moi être un auteur engagé c'est défendre les pauvres. C'est montrer que les hommes sont rendus méchants pas à cause de leur hérédité mais à cause de ce qui ne va pas dans la société. Et souvent ce qui ne va pas c'est que d'autres veulent se faire du pognon avec le travail des autres en se foutant de leur vie. L'auteur engagé il est là pour dire que ceux qui sont nés dans la face obscure du monde sont quand même des hommes dignes d'être des héros de romans et pour montrer d'où viennent les problèmes en les décrivant d'une façon convaicante.
Etre un auteur engagé, pour moi, c'est faire réfléchir le lecteur sur ce qu'est un héros de roman et quel genre de pouvoir peut tuer ce héros ou lui faire du mal.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Replay le Sam 28 Juin - 14:27

Là, tu parles de l'engagement militant de gauche...
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Message par stalker le Sam 28 Juin - 16:37

On peut très bien s'engager dans le sens opposé. Et il y a une infinité de directions d'engagements possibles. De plus, réduire une oeuvre engagée à sa dimension politique est complètement réducteur. Pourtant, c'est courant. On me rétorquera sans doute que tout, ici bas, est politique. Ce n'est pas entièrement faux. Comme on pourrait aussi prétendre que toute action humaine procède de pulsions sexuelles.
Mais si on admet que tout est politique, encore faut-il parvenir à ne pas réduire ce champ à sa droite et à sa gauche, ni aux pauvres et aux riches. Il ne faut pas oublier de vivre, en somme. Et ne pas oublier qu'on va crever un de ces quatre. Mais ça, c'est tabou, n'est-ce pas.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par edmond Gropl le Sam 28 Juin - 21:18

Hurlu a écrit:C'est peut-être bête, mais pour moi être un auteur engagé c'est défendre les pauvres. C'est montrer que les hommes sont rendus méchants pas à cause de leur hérédité mais à cause de ce qui ne va pas dans la société. Et souvent ce qui ne va pas c'est que d'autres veulent se faire du pognon avec le travail des autres en se foutant de leur vie. L'auteur engagé il est là pour dire que ceux qui sont nés dans la face obscure du monde sont quand même des hommes dignes d'être des héros de romans et pour montrer d'où viennent les problèmes en les décrivant d'une façon convaicante.
Etre un auteur engagé, pour moi, c'est faire réfléchir le lecteur sur ce qu'est un héros de roman et quel genre de pouvoir peut tuer ce héros ou lui faire du mal.


C'est un bon résumé de la problèmatique roman/noir//engagement politique. J'approuve. Je ne crois pas que ça veuille forcement signifier littérature engagé à Gauche et qu'il faille considerer le terme pauvre comme uniquement pauvre économique.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Replay le Dim 29 Juin - 0:51

"Et ne pas oublier qu'on va crever un de ces quatre. Mais ça, c'est tabou, n'est-ce pas."
Justement, non.
Le roman policier, dernier refuge de la fiction et de la tragédie ?


Etre engagé, dans un roman, c'est à gauche, c'est dans ce sens qu'on l'emploie le plus souvent, non ? Dira-t-on d'un auteur catholique qu'il est engagé ? Dira-t-on d'ADG ou de Léo Malet qu'ils étaient engagés?
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par stalker le Dim 29 Juin - 2:49

Oui, bien sûr, le plus souvent, et par tradition, le polar est à gauche. Puis c'est la majorité qui définit la norme (Richard Matheson), c'est bien connu. Bien que ce soit visiblement paradoxal depuis mai 2007. Cela empêche-t-il d'autres formes d'engagement par l'intermédiaire du genre noir ou polar ?

Quant au rapport à la mort, je persiste : c'est un tabou. Un tabou dans la réalité quotidienne, un tabou dans la littérature dont on parle. Dans la littérature parce qu'elle offre une distance entre le corps du texte et le lecteur (le livre est un produit de consommation, un objet de divertissement, de fiction) ; dans la réalité quotidienne parce qu'on en parle qu'à travers des événements éloignés, via les médias qui maintiennent la même distance entre l'information et le spectateur, grâce à un subtil jeu d'enchaînement des informations sans rapport entre elles, qui crée un nivellement des infos et de leur importance : un match de foot, une commémoration, une expo de peintures sur soie, la mort d'un cinéaste, un attentat à la bombe dans un pays qu'on ne visitera jamais, le prix du carburant ou la starac.
La mort n'arrive qu'aux autres. Et le polar, en mettant la mort au centre du terrain, l'éloigne du lecteur, paradoxalement, parce qu'elle devient divertissante. Bien entendu, il y aura toujours des individus qui ne le considèreront pas de cette façon, pour différentes raisons intimes, mais c'est la majorité qui définit la norme, et je parle bien d'une majorité là ; pas des individus isolés.

Si le polar se vend si bien aujourd'hui, ce n'est parce qu'il interroge, mais parce qu'il distrait et titille nos pulsions, mais à distance. C'est tellement rassurant de voir les autres mourir.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Replay le Lun 30 Juin - 9:30

Je me demande si le roman noir et le polar traditionnel se vendent toujours aussi bien, à part quelques best-sellers. (Vargas, Millenium) Ce sont les thrillers à serial killer qui font des piles sur les tables. Quand on regarde les forums d'écriture amateur, plus de la moitié des textes concernent des histoires de serial killer.
Ce n'est pas la mort que le polar met au centre, ou alors le polar ne se distingue pas du reste de la littérature, car la mort est au centre de n'importe quel livre, de n'importe quelle histoire d'amour. La mort n'est pas tabou, c'est juste qu'il vaut mieux se divertir de celle des autres que penser à la sienne, en ça tout le monde se rejoint, et quoi de mieux pour se divertir et se faire frissonner un bon coup pour de rire, que de se raconter de bonnes histoires de crime ? On a toujours assez de force pour supporter les mots d'autrui. Le polar est plutôt une histoire morale dont le crime est au centre, dont le crime est le ressort.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Varg le Lun 30 Juin - 10:24

J'interviens à la marge de la discussion

Replay a écrit:Je me demande si le roman noir et le polar traditionnel se vendent toujours aussi bien, à part quelques best-sellers. (Vargas, Millenium) Ce sont les thrillers à serial killer qui font des piles sur les tables. Quand on regarde les forums d'écriture amateur, plus de la moitié des textes concernent des histoires de serial killer.
Secteur le plus dynamique de l'édition avec la BD, le polar ne doit pas limiter ses ventes aux best-sellers. On sait que les "roman de dame" et les romans de terroir/regionaux sont très prisés par les acheteurs de polars.
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Replay le Lun 30 Juin - 13:06

"romans de dame", tu veux dire Harlequin, littérature lesbienne ou polars de femmes, comme là : http://www.polardefemme.info/ ?

Les polars régionalistes marchent très très fort en Bretagne.

Je suis étonnée par les gens qui ne lisent qu'un style de littérature pendant des années (toute leur vie ?)
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par Varg le Lun 30 Juin - 13:26

Replay a écrit:"romans de dame", tu veux dire Harlequin, littérature lesbienne ou polars de femmes, comme là : http://www.polardefemme.info/ ?

Voui comme là. De la chose polardière bien sûr, ce qui n'exclue pas forcément le caractère lesbien... J'avoue ne pas avoir lu beaucoup des romancières proposées sur ce site.

Replay a écrit:Je suis étonnée par les gens qui ne lisent qu'un style de littérature pendant des années (toute leur vie ?)
Au moins lisent ils... Je suis étonné par les gens qui ne lisent pas, jamais...
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Re: Engagement politique et métier d'écrivain

Message par stalker le Sam 5 Juil - 18:17

Pour revenir à la question de la mort, je suis d'accord avec toi, Replay, quand tu dis qu'elle est au centre (sans doute) de toutes les littératures - de manière plus ou moins directe, plus ou moins métaphorique, plus ou moins assumée.
Dans le polar, il s'agit surtout d'offrir une orchestration de cette mort, et non pas uniquement la mort elle-même. Le polar raconte le comment et révèle le pourquoi. Tout tourne autour de la scène de crime. Et je pense que ce qui divertit, c'est surtout le comment : l'intrigue, l'enquête, les détails qui "tuent".
Le pourquoi est plus rarement exploré. Disons que le pourquoi va se limiter souvent à un cercle restreint, localisé, limité à une zone et une galerie de personnages auxquels le lecteur s'attachera pendant la durée du livre. C'est un pourquoi à petite échelle, parce qu'il ne tient qu'à un ouvrage.

La question du pourquoi, je la trouve posée de façon plus générale dans les dossiers consacrés aux tueurs en série, notamment sur le site http://www.tueursenserie.org/ où je me rends assez souvent. Je sais que le personnage du tueur en série est largement exploité et remâché à travers le polar et le thriller, mais il n'en reste pas moins un sujet parlant et riche, à mon sens.
Je trouve regrettable que l'abondance de serial killers dans cette littérature ait remisé ce cas de figure au rang de cliché presque caricatural. Cette abondance, j'essaye de ne pas en tenir compte. Tourner le dos au phénomène, c'est céder à la masse de production de bouquins qui n'exploitent le tueur en série que comme un prétexte à pondre des histoires sanglantes et hyper-excitantes (ou complètement nulles). C'est tellement facile de créer un tueur en série et de semer des victimes dans son sillage...

Tellement plus compliqué de dépasser le stade du "spectaculaire" pour aborder le personnage sous un angle social et psychologique, lié à une époque et à ce qui la caractérise ; la distingue des époques antérieures, etc. C'est à dire ne pas limiter les interrogations aux 300 pages d'un bouquin (qu'on referme et basta), mais d'ouvrir le champ, voire de le retourner contre le lecteur.
C'est toute la différence entre un serial killer méchant, dégoûtant et monstrueux que les autorités vont neutraliser de toute façon à la fin ; et un être humain qui peut ressembler à n'importe qui, qui en vient à tuer d'autres êtres humains.
On en revient au pourquoi, et le comment importe peu.
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