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Message par zero le Lun 23 Juin - 10:59

Je me lance avec quelque chose de très brut, écrit en étant assis près d'une gare, juste un relevé de choses vues (et déformées).

tous ces toits d'un seul regard / trois personnes fixes seulement / et cette animation, le passage d'autres, qui feignent la dérive / deux grues jaunes au premier plan / deux grues rouges et blanches au second / les toits d'ici / un usage du temps / devant la gare depuis une heure je t'attends - dit-elle au téléphone / un autre, roulant un joint mais maladroit car les passantes : dévisagées / confort ou non d'être ainsi assis sur deux grands sacs / la voix que la distance déforme, annonçant un train ou une alerte / flics fois deux, toujours, qui fouillent au loin / les mots tu me plais, imaginés peut-être, que l'homme dirait à la fille assise sur ses sacs / même pas l'heure d'être seule / je condense les traces, formes et mouvements / ton blouson bleu et tes mots je les hais / depuis qu'on parle de la fin des corps / deux hommes perdus et hésitants / depuis qu'on sillonne les toits jusqu'à mélanger les quartiers / ce ventre énorme où il stocke sa bêtise / la guêpe autour des jambes et les grands gestes pour rien / les 32 fenêtres ouvertes du bâtiment miroir / les rafales / rire rire car tu vacilles sur ton vélo / qui nous regarde dis que personne ne nous regarde, nous dépendons de l'écart / des démarches étrennées / flics fois trois qui déambulent et soupèsent les excès possibles / tout ce que qu'on prévoit arrive enfin mais souillé / celui qui attend qui, qui pense à perte / la gêne car les regards se précisent / les gens d'ici / leurs spasmes en suspens / grandes tiges métalliques peintes en bleues / ils sont tous partis / non, celui à qui il manque 50 centimes pour acheter un livre, il faut y croire, je les lui donne / quelque chose est fini


**

(édition : mise en page groplienne)

tous ces toits d'un seul regard
trois personnes fixes seulement
et cette animation, le passage d'autres, qui feignent la dérive
deux grues jaunes au premier plan
deux grues rouges et blanches au second
les toits d'ici
un usage du temps
devant la gare depuis une heure je t'attends - dit-elle au téléphone
un autre, roulant un joint mais maladroit car les passantes : dévisagées
confort ou non d'être ainsi assis sur deux grands sacs
la voix que la distance déforme, annonçant un train ou une alerte
flics fois deux, toujours, qui fouillent au loin
les mots tu me plais, imaginés peut-être, que l'homme dirait à la fille assise sur ses sacs
même pas l'heure d'être seule
je condense les traces, formes et mouvements
ton blouson bleu et tes mots je les hais
depuis qu'on parle de la fin des corps
deux hommes perdus et hésitants
depuis qu'on sillonne les toits jusqu'à mélanger les quartiers
ce ventre énorme où il stocke sa bêtise
la guêpe autour des jambes et les grands gestes pour rien
les 32 fenêtres ouvertes du bâtiment miroir
les rafales
rire rire car tu vacilles sur ton vélo
qui nous regarde dis que personne ne nous regarde, nous dépendons de l'écart
des démarches étrennées
flics fois trois qui déambulent et soupèsent les excès possibles
tout ce que qu'on prévoit arrive enfin mais souillé
celui qui attend qui, qui pense à perte
la gêne car les regards se précisent
les gens d'ici
leurs spasmes en suspens
grandes tiges métalliques peintes en bleues
ils sont tous partis
non, celui à qui il manque 50 centimes pour acheter un livre, il faut y croire, je les lui donne
quelque chose est fini


Dernière édition par zero le Lun 23 Juin - 14:59, édité 1 fois

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Message par edmond Gropl le Lun 23 Juin - 14:52

lu et apprecié.

Ca serait peut être mieux sans les petits tirets diagonaux, en revenant à la ligne.

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Message par stalker le Lun 23 Juin - 16:37

Je préfère la première version, avec ses petits coups de hache entre les instants, les regards et les corps.

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Message par Replay le Mar 24 Juin - 11:23

Je cherche le smiley clap clap - applaudissements, ah oui, mais non.

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Message par Invité le Mar 24 Juin - 16:08

Lu et apprécié également! très original! Mais qu'est donc la mise en page groplienne !?!?

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Message par zero le Mar 24 Juin - 17:06

C'est une mise en page très particulière, très élaborée, qui consiste à obéir aux souhaits d'Edmond Gropl (c'est-à-dire, dans ce cas, de faire des passages à la ligne plutôt que de laisser le texte en "bloc").

Sinon, merci bien à ceux qui ont commenté, ce serait intéressant que d'autres se posent 30 minutes devant une gare (ou autre lieu où règne une animation proche) et réalisent le même exercice, j'aimerais bien voir les différences de traitement, de style et aussi les rapprochements possibles.

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Message par Varg le Mar 24 Juin - 19:23

30 minutes à regarder mes contemporains me semble une préfiguration de l'enfer que je ne mérite pas encore. ;-)

Je ne me risquerai donc, ni sur tes traces, ni sur celles de Perec et de son envoutant Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, beaucoup plus brut que ton texte et dont la poésie tenait dans cet amoncellement d'apparence sans valeur.

PS : Je préfère également la version slashée initiale.

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Message par zero le Mar 24 Juin - 19:50

Pardon pour l'enfer !
Mais pendant qu'on écrit une distance se crée, ça évite de trop se fixer sur des choses qui dans d'autres conditions pourraient être insupportables.

C'est vrai que Perec est très intéressant pour tout ce qui concerne le rapport à la ville, à partir d'Espèces d'espaces aussi il y a quelques exercices possibles. ( J'ai bien essayé de faire aussi brut que ce qu'il fait mais j'ai toujours cette tendance à en rajouter, pas toujours subtilement hélas).

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Message par Replay le Mar 24 Juin - 19:59

ah, non, on ne s'autoflagelle pas, hein.

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Message par zero le Mar 24 Juin - 20:05

Ah non, jamais, on constate seulement.

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Message par Varg le Mar 24 Juin - 20:22

zero a écrit:Pardon pour l'enfer !
Tu n'y es pour rien... L'enfer, c'est les autres (air connu)

zero a écrit:( J'ai bien essayé de faire aussi brut que ce qu'il fait mais j'ai toujours cette tendance à en rajouter, pas toujours subtilement hélas).
Non, non pas du tout. La poésie est recherchée dans ton texte (immédiatement dans la formulation) alors que Perec ne donnait que des formes brutes qui, accumulées, pouvait former un chemin poétique. Deux formes différentes d'épuisement et de production poétique (la troisième étant celle de ma journée de labeur terminée, sans poésie aucune...).

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Message par zero le Mar 24 Juin - 21:03

Bon, on va dire qu'ici j'ai été à peu près subtil alors, comme ça en plus ça fera plaisir à Replay.

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Message par stalker le Mer 25 Juin - 0:33

Un défi, pour Varg, pourrait consister à retranscrire à présent une journée de labeur en termes poétiques.

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Message par Varg le Mer 25 Juin - 9:39

stalker a écrit:Un défi, pour Varg, pourrait consister à retranscrire à présent une journée de labeur en termes poétiques.
A l'impossible nul n'est tenu... :-)

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Message par Replay le Mer 25 Juin - 9:58

à Paris,une fois, je les ai vus, les perecophiles.
Ils étaient assis à la terrasse d'un café et ils avaient chacun un cahier, un carnet, un bloc note, une feuille. Ils regardaient, ils écrivaient. Ils levaient le nez, les yeux, ils écrivaient. Je suppose qu'à la fin ils s'échangeaient leur texte et s'amusaient de leurs différences de vue.
ça m'avait donné l'envie de faire un site Internet (peut-être existe-t-il ?) où chacun décrirait de qu'il voit de sa fenêtre. Fenêtre de bureau, de chambre, de salle de bains. Un peu comme si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main. On aurait tout un monde en mots. Avec tous ces regards croisés, convergents, divergents, réfléchis, arriverait-on à trouver quelqu'un qui voit comme soi, qui le dise avec les mêmes mots ?

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Message par edmond Gropl le Mer 25 Juin - 18:10

Il me semble que l'écriture Slashée conviendrait si l'auteur vivait ses derniers instants, si par exemple la gare subissait une attaque de gaz sarin, d'Anthrax de gaz moutarde. Là il y aurait urgence, mais je trouve cette écriture Slashée (qui n'est pas celle de Slash le guitarist métalleux) s'accorde peu à ces instants de contemplation.

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Message par stalker le Mer 25 Juin - 18:58

Que de poésie dans ces techniques d'attaque, Gropl. J'imagine tout à fait la scène filmée dans cette gare, avec une voix off, saccadée, de plus en plus faible. Avec une BO des Guns n' Roses, peut-être. Cela dit, je pense que Zéro choisira autre chose. Vague intuition...

Petit extrait d'un livre où les signes de ponctuation interviennent de façon comparable :
...étendues sur de massives langues-plâtre... se pythie dans une feuille de r/ ... d ose bout dans la cuill/ ... m ère a caché ses trop petits dans le cul... il arrive qu'ils se trompent et empalent un des innocents...

Babylone-centre, de Jérôme Bertin (le corridor bleu)

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Message par zero le Lun 28 Juil - 12:47

Le conteneur où les lendemains de beuverie combien de bris, certains mettaient plusieurs minutes pour se débarrasser de toutes leurs bouteilles. Bruit du verre contre verre, épuisant, à qui jetterait le plus fort ses cadavres. Ce jour-là bruit manquant, c’était cette absence qui avait fait surgir la zone de silence. Je me souvenais des limites précises, des interdictions, tout le quartier dans un coma artificiel.

Je marchais pourtant depuis une heure dans ces rues, sans leur fond sonore mécanique, dans ces rues aphasiques. Mais non, ni les voitures prohibées, ni les chantiers au repos ne m’avaient tant troublé, troublé assez pour que je réalise. Seul le conteneur déserté, détail dans tout le tumulte tu. Peut-être que le reste n’était pas assez particulier, des sons dilués qu’on peut encore omettre ; peut-être étais-je simplement trop distrait, un autre jour et la zone de silence ne m’aurait pas échappé. Dans cet espace, dans le suivant, je savais maintenant ce que la ville n’avait plus à nous dire. Je faisais une liste imparfaite, le quartier moins les sirènes moins les cris, moins le grondement continu de la déchetterie, les tondeuses, les paroles, moins (pour qui voudra compléter). Incapable d’inventorier les couches sonores qui d’habitude s’ajoutent, je ne dérivais jamais que sur l’écorce.

Qu’en faisaient-ils les autres de cette journée, de ce silence en trop. Ceux que je croisais n’avaient pas de gestes une-fois-l’an, gestes qu’on réserve pour un tel événement, ils méditaient peut-être un peu plus, mais les mêmes allures. Je savais j’avais dit : cela ne changera que peu, instaurer une telle zone une journée, il faudrait en étendre ou la superficie ou la durée, il faudrait une expérience plus violente et qu’on nous fasse perdre langue.

Je me taisais et j’étudiais le silence - plutôt : les modulations qui persistaient une fois l’animation habituelle bannie. Il n’y avait pas que le vent, il y avait mais j’étais incapable de discerner quoi d’autre. Quelques piaillements bien sûr mais pas ces bruits plus espacés et discrets qui semblaient m’encercler. Me faisaient me rapprocher de haies à l’abandon, passer sous des buissons épineux ; je pensais : une embuscade sonore. Je ne sentais pas un mouvement et qu’importait, demain tout serait recouvert.

Je regagnais une avenue ; que le silence l’étire. Je percevais enfin des changements moins infimes. Longue, si longue l’avenue qu’aucun bruit ne venait segmenter. Bientôt toutes les distances ainsi modifiées, multipliées de n’être plus des fragments d’univers sonores. J’avançais, faisant naître des continuités nouvelles. Toute l’avenue arpentée à une même allure, hier encore je traversais ici des zones hétéroclites, accélérais devant le brouhaha de l’école, ralentissais ensuite pour saisir quelques notes le long du conservatoire. Et maintenant, comme si les divers morceaux du trottoir se recollaient sous mes pas. Il n’y avait plus ces timbres se succédant, réquisitionnant l’écoute. J’imaginais que toutes les rues se reformaient de la sorte, redevenant des étendues si lisses, interminables.

Si j’avais eu le temps, tout le quartier quadrillé pour en retirer d’autres troubles. Je savais j’avais dit : il ne sera pas question pour moi d’apaisement, d’une quiétude provoquée par le silence, il y aura trop à faire et les cris ils ne quittent pas la tête. J’attends que tout cela recommence. Qu’on nous lâche encore dans ce trou. J’en sortirai pareillement épuisé, d’avoir exploré sous les sons. D’avoir partagé le coma du quartier.

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Message par zero le Ven 19 Sep - 11:27

Des tiges métalliques surplombant la ligne de métro, ils s’en servaient tous trois pour leurs acrobaties mais demain la voltige dans un autre endroit, partout où ils pourront viser le désordre. Partout où nos corps bougent peu, où nos soupirs conformes ; et eux nous révéleront peut-être le pire de nos airs sereins. Ce jour-là ils passaient d’une tige à l’autre, ce qu’il fallait de faiblesses mimées pour inquiéter, se rattrapant toujours. Ils avaient d’abord des gants mais les retirant vite, pour que la peau se détache un peu et le montrer et des plaies aussi sales ne nous feront surtout pas regretter d’être ainsi agencés, sur le quai. Nous ne savions rien des figures qu’ils exécutaient, des noms, de la vue là-haut, elle devait être aussi triste.

Un saut, réception à une main, le tour de la tige, on croyait la voir s’affaisser.

Le métro arrivait, ceux qui le prenaient, ceux qui restaient par curiosité. Ceux qui attendaient pour les voir se faire déloger. Les trois acrobates continuaient, sans un regard vers en bas, sans le sermon la parole. A chacun de penser à son corps protégé. Ou de sourire, ou d’admirer, comme partout d’applaudir.

Ceux qui se lassaient, ceux qu’on avait prévenus et qui venaient de dehors, ceux qui voulaient demander. Ceux qui s’arrangeaient pour ne pas regarder.

En haut, de plus en plus vite, ils enchaînaient les figures, suant maintenant assez pour ne plus risquer que leurs mains calent. Chorégraphie plus élaborée, leur agilité et quoi d’autre, sinon certains de nous qu’ils paraissaient enfin heurter. Il fallait tout ce temps pour que des corps se dérangent, pour diverger. Ceux qui pressentaient trop l’opposition pour ne pas avoir envie de les rejoindre, se balancer.

Mais peu à la gestuelle contaminée, nous étions d’abord témoins d’un incident, il y en aura d’autres et des pannes et des affiches collées dans les rames qui nous ordonnaient de nous battre. C’est le lieu-même des distractions dérisoires, manières dont la folie de certains meublent les minutes. Voyez ce qu’ils ont inventé pour qu’on ne dorme pas, que l’on descende où les faits nous tiennent.

Dans quelques instants les acrobates s’échapperont, iront atteindre d’autres que nous, ne croyant ni à l’épuisement vain, ni au désordre soudain.

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Message par stalker le Sam 20 Sep - 2:50

J'ai l'impression d'avoir lu un court métrage, très court, concis comme un métro qui passe sans s'arrêter.

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Message par Hurlu le Sam 20 Sep - 12:10

C'est bizarre, il y a des tournures de phrases qui m'échappent, je ne sais pas dire si j'aime bien ou pas, mais j'ai le sentiment que c'est bien écrit.

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Message par zero le Lun 22 Sep - 18:00

J'ai l'impression d'avoir lu un court métrage, très court, concis comme un métro qui passe sans s'arrêter.

Oui, une tentative de faire quelque chose de plus "visuel", pour une fois.

C'est bizarre, il y a des tournures de phrases qui m'échappent, je ne sais pas dire si j'aime bien ou pas, mais j'ai le sentiment que c'est bien écrit.

Euh, merci ?
Plus sérieusement c'est sûrement le côté concis, ma tendance à "tronçonner" un peu partout.

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Message par zero le Mer 24 Sep - 12:40

- Ou pour tout autre chose, je ne sais pas.
- Dis.
- Pour, mais je n’assure rien, pour les cas où les sièges se détacheraient, même déambuleraient après. C’est la nuit, ils leur ont mis des gilets jaunes pour la nuit. On peut les éviter, les sièges habillés, n’importe qui voit assez.
- Oui, des masses fluorescentes mais j’attends encore de connaître les rues. Là, nuit et jour je ne vois que les voitures, les sièges vêtus de gilets.
-Voilà, il peut s’agir d’attendre, il s’agit, pour les rues et pour l’heure. Je ne dis pas que je ne pense jamais à les piéger. Mais tout ça, il ne faudrait parler que du concevable.
- Des sièges dans les villes, échappés.
- Oui c’est aussi incertain que cela, j’imagine bien. On parle de tels trajets secrets.
- Et impossible.
- Oui.
- Tu rigoles ?
- Depuis le début, peut-être.
- Alors.
- Alors je ne vois toujours pas, depuis des semaines que cela dure. Je pourrais étayer d’autres hypothèses, deux ou trois encore qui font probables ou trop éloignées des situations habituelles. On recommencerait alors : tu rigoles / depuis le début, peut-être.
- Alors.
- Alors j’ai laissé des messages, sur quelques pare-brise. Tu as dû voir ces papiers, mauvaise qualité et il a plu hier encore. J’attends qu’on me mente, ils mentiront sûrement.
- Oui, ils diront petit a ou petit b ou petit c.
- Petit a : c’est pour prouver qu’on l’a bien acheté ce gilet, on est toujours en règle.
- Oui, et petit b : je ne savais pas où le mettre, là on ne peut pas le perdre.
- Et le petit c : parce que le voisin, je fais toujours comme le voisin a fait.
- Ils te mentiront presque tous.
- Il suffit d’un, il dira que ce n’est pas une mode quelconque. Peut-être qu’ils y cachent tous quelque chose, sous ce gilet. Peut-être qu’ils divisent alors la foule en deux entités, qu’ils ne parleront plus qu’à ceux qui comprennent.
- Tu recommences, les hypothèses.
- Je sais, et la dernière, c’est ce que j’appréhende.
- Ça fait longtemps qu’ils ne te parlent plus.
- Mais c’est encore réversible. Je veux dire, je vois encore leurs lèvres résister, pour l’instant. Ils me voient trop pour que le silence tienne. C’est ce que je me disais, jusqu’à ces dernières semaines.
- Et depuis ?
- Depuis je bricole des hypothèses, changeantes autant qu’eux.

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Message par Replay le Mer 24 Sep - 13:41

Après la lecture de ton texte, j'imagine assez bien les sièges sortant des voitures, les appuie tête comme des têtes perchées leur long cou raide fait de deux tiges métalliques. Tous ces sièges vêtus d'un gilet fluo avec la même démarche (le même déplacement ?) flottant comme les zombis de La nuit des morts vivants.

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Message par zero le Lun 27 Oct - 11:32

Le mot draisine c’était un plan de Stalker.
Le mot barque un plan de L’Aurore.
Etc.

Il y avait d’abord eu ces associations involontaires, quelque soit son interlocuteur. On lui parlait, on voyait bien que d’autres images l’accaparaient. Une banque de plans, toutes les interférences possibles. Il n’avait même pas à piocher, à vouloir que les images s’interposent.

Le mot infirmière c’était un plan de Persona.
Le mot peinture, de Pierrot le fou.
Etc.

Et plusieurs mots par film, et quelques films qu’aucun mot ne contenait. Il savait bien pourquoi, des images qui n’avaient pas assez de force pour se propager. Qu’importe, il était peu à peu envahi. Hanté. On lui parlait doucement, pour laisser le temps aux plans d’apparaître puis d’être remplacés, nous ne voulions pas qu’ils se confondent. Qu’il ne puisse plus se dépêtrer d’une telle masse. Il nous faisait parfois signe : moins vite, moins vite, si vous saviez ce qui se superpose, toutes ces formes mêlées, ces personnages tassés, si vous saviez ce qui m’encombre.

Le mot poing, c’était un plan de La nuit du chasseur.
Le mot neige, de Gens de Dublin.
Etc.

Il avait fini par ne plus rien détailler, quels mots pour quels films, répétant qu’il n’était pas question de nous surprendre, de nous impressionner, vous savez je n’ai pas vu tant de films. Mais sa liste, sa longueur, on ne pouvait pas trouver assez de mots esseulés. Toute cette boue, on ne pouvait pas lui éviter.
Et le même mot renvoyant à plusieurs plans.
Et des associations souvent évidentes (il en était déçu), parfois plus obscures (il devait revoir le film pour comprendre, pourquoi ce détail et soudain : bien sûr, c’est cette image, pour ce qui s’y cache ou pour ce que j’aimerais en oublier).
On essayait bien de le retenir, quand il voulait se rendre au cinéma, tu sais ce que tu t’infliges et tu sais, ce sont des mots que tu nous retires. Il continuait, se préparait à de futurs liens. Jamais, jamais il n’essayait de les prédire ; cela prendrait quelques heures ou quelques mois, une nouvelle association, il allait attendre.

Puis se taire.
Ce n’était plus seulement quand on lui parlait ; lui-même, pensant au mot à faire surgir, déclenchait les interférences. Il lui fallait de plus en plus de temps pour se défendre ou pour se plaindre, le temps pour une image-mot de chasser l’autre, et toute colère, toute tristesse. Il parlait d’une manière si hachée maintenant.

Le mot hache c’était un plan de La Libertad.
Etc.

Il n’en pouvait plus de ces efforts, d’attendre, il balançait parfois toute une phrase et flanchait. Cerné. Il se taisait longtemps après. Refusait que nos gestes l’apaisent, nous refusait. Du doigt, il nous montrait la rue où nous volatiliser.


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