La tour - Schuitten et Peeters (1987)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La tour - Schuitten et Peeters (1987)

Message par stalker le Lun 22 Fév - 13:30

Giovanni Battista vit seul depuis des années sous les voûtes des niveaux supérieurs de La Tour. Mainteneur de son état, il doit lutter contre les injures que fait subir le temps à la monstrueuse bâtisse, bien peu aidé en cela par son administration. Cela fait des mois qu’aucun message, aucun matériel et pas l’ombre d’un inspecteur ne lui sont parvenus dans son ermitage. Après un énième éboulement Giovanni décide de quitter son poste pour descendre informer les niveaux inférieurs de la gravité de la situation. Commence alors une odyssée stupéfiante où le mainteneur découvre le monde d’en bas et élucide le mystère de La Tour. Accompagné de Milena, il va comprendre le rêve des hommes qui ont bâti la Tour et découvrir avec horreur ce que leur projet est devenu.



Outre l’aventure de l’Homme (Battista, nous-mêmes et tout le reste de notre espèce depuis la nuit des temps), c’est un périple graphique qui nous attend dans cet album. Mais c’est le cas de tous les fruits de la collaboration Schuitten et Peeters, notamment à travers ce cycle intitulé Les cités obscures, dont La tour est le tome 3. L’ensemble en comporte à ce jour onze, dont La fièvre d’Urbicande (T.2), L’enfant penchée (T.6) et La théorie du grain de sable (T.10 et 11).



L’œil savoure chaque case. Il se régale. C’est une véritable orgie de traits, d’ombres et de lumières. Les personnages sont littéralement happés dans les décors, mais ils survivent, tant bien que mal ; ils luttent pour rester debout, mais aussi pour comprendre comment on a bien pu en arriver là, après tous ces siècles écoulés, ces inventions, ces progrès, ces chefs d’œuvres, ces tentations et ces tragédies sans cesse répétées. Ils cherchent, ils questionnent. Ils désespèrent ou persistent.
Ici, l’Histoire de l’Homme apparaît sous la forme d’un dédale architectural. Voici à quoi ressemble le fruit de nos entrailles et celui de notre génie. Voici à quoi est vouée notre espèce, en version allégorie monumentale et inimaginable : une charogne, ou plutôt des ruines qui se défont à mesure qu’on les arpente, qu’on respire, qu’on avance vers cette lumière, là-bas, au fond. A mesure qu’on pèche ; autrement dit à la mesure de notre nature intégrale. Le divin se trouve ainsi confronté à la quête de tous les pouvoirs, mais aussi à la mort, au sexe et à la guerre.





Quoi de neuf ici bas ? Et que trouvera Battisti au fin-fond du gouffre circulaire qui l’attend au cœur des bases de la grande tour ? Tous les paradoxes de l’Etre Humain, il semblerait. Un choc violent qui survient lorsque le noir et blanc rencontre la couleur. Lorsque l’homme rencontre la femme. Le passé et le présent. L’Homme sa fin inéluctable.

stalker
Admin

Messages : 3379
Date d'inscription : 03/06/2008
Localisation : un hameau paumé

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La tour - Schuitten et Peeters (1987)

Message par stalker le Lun 22 Fév - 14:09

Beaucoup d'analogies entre cet album de bande dessinée et le film Stalker, d'Andreï Tarkovsky. On y retrouve une certaine forme de zone, mais traitée de façon assez différente, ou plutôt transplantée dans un autre siècle (moderne pour Tarkovsky, jonché de ruines industrielles). Le cadrage et la place laissée à l'Homme dans les espaces de Schuitten évoque également l'oeuvre de Caspard David Friedrich.

stalker
Admin

Messages : 3379
Date d'inscription : 03/06/2008
Localisation : un hameau paumé

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La tour - Schuitten et Peeters (1987)

Message par stalker le Mar 23 Fév - 6:15

Je note aussi que cet album nous épargne les grandes phrases moralistes et fatalistes auxquelles il se prêtait pourtant. Il est économe, modeste, et nous propose juste des pistes, toutes paradoxales.
Je note encore que le personnage principal, Battista, n'est pas un sexe-symbol, mais un bon gars joufflu, barbu et bedonnant (qui pue). Ni justicier, ni héros de quoi que ce soit. Même pas porteur d'une parole. Il cherche. Le scénariste a cette modestie exemplaire : il n'avance rien ; il constate ce que chacun est en mesure de constater aussi bien que lui.
Enfin, tout à sachant bien que ce n'est pas une bande dessinée qui changera la face du monde (en admettant que des individus lambda s'imaginent encore être en mesure de le faire, et même d'imaginer quel aspect un autre monde hypothétique pourrait adopter), je note que cette Histoire peut nous suggérer d'économiser nos propres grands discours et de rester sagement à notre place. En spectateurs un peu moins bavards et sûrs d'eux.

stalker
Admin

Messages : 3379
Date d'inscription : 03/06/2008
Localisation : un hameau paumé

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La tour - Schuitten et Peeters (1987)

Message par Searclaw le Mer 24 Fév - 17:15

Ma charmante et délicieuse compagne m'a fait découvrir cet album il y a de ça deux ans. Je l'ai trouvé particulièrement réussi, autant techniquement qu'intellectuellement. Il m'a beaucoup fait penser à une nouvelle de Borgès, "La Bibliothèque de Babel", que je ne saurais que trop conseiller à tous ceux qui ont envie de prolonger, quoique plus légèrement, leur voyage dans les monolithes métaphoriques de la connaissance.

Searclaw

Messages : 312
Date d'inscription : 04/08/2009
Localisation : Terre

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La tour - Schuitten et Peeters (1987)

Message par Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 4:52


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum