Evasion rue Quincampoix - Laurence Biberfeld (2004)

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Evasion rue Quincampoix - Laurence Biberfeld (2004)

Message par stalker le Lun 11 Jan - 16:30

Beaubourg presque déserté, le Forum qui ne désemplissait pas, dégorgeant ses colonnes de passagers indistincts, le quartier Latin où ne se remarquaient plus que les squats murés. Les gens de la rue, pour la plupart, transhumaient vers ces lieux protégés du vent que sont les gares, les couloirs et les stations du métro, les galeries marchandes, les passages. Mais les plus jeunes, comme elle, préféraient encore marcher sans fin à ciel ouvert.

Photographies de Stéphanie Léonard.



Beaubourg presque déserté et le Forum plein à craquer, c’est signe que la culture bat de l’aile. Pourtant, dans les rues, les ruelles, les recoins de fonds de ruelles, ou plutôt dans les caves de cette société, on croise Lena (aux doigts d’or), Debussy (pourquoi l’appelle-t-on comme ça, cet étrange personnage qui ne cesse de répéter que les murs de la ville vont trembler, parce qu’ils suffoquent déjà ; on peut les entendre gémir en tendant bien l’oreille), et d’autres ombres encore animées, mais presque plus, à la sortie d’un pont, avec un saxophone, ou à la sortie des artistes d’un théâtre dépravé. Comme des corps en partance, ou en perdition, qui se frayent tant bien que mal des voies dans le dédale urbain qu’ils connaissent sur le bout de leurs doigts.

Sans cesse, ce petit roman de Laurence Biberfeld pose la question de la vie ou de la survie. Mais quel sens donner ici à l’une comme à l’autre ? Les saisons y changent-elles quelque chose, lorsqu’on a décidé de vivre dans la rue et qu’on a dix-sept ans ? L’odeur de la cocaïne est-elle si différente de celle de l’argent qui permet au Forum de ne jamais désemplir ? Et les effets des parfums de luxe si éloignés des façades grises des quartiers qui, selon Debussy, dissimulent mal la mort imminente ?
Des morts-vivants, dit-il. Les fondations de cette société tiennent solidement dans des mètres-cubes de cadavres vivants. Tout aussi nombreux sont ceux qui sont emmurés dans ces monuments. Un jour, tout ça éclatera, s’écroulera, et nous serons enfin libérés de leur indifférence. Ils seront bien obligés de nous voir.

A travers l’histoire de Lena, c’est le portrait d’un fragment de ville qu’ausculte ce texte, illustré de photographies qui semblent venir tout droit des oculaires de la fille errante, ou de ses compagnons de rue-route.
Il faut un temps pour pénétrer le corps du roman, peut-être le temps nécessaire à gratter les pierres taillées des maisons, pour en débusquer la sève empoisonnée. Un temps, puis l’écriture à la fois poétique, à la fois douloureuse, nous incruste. Un rythme à adopter, à accepter de suivre. Ou bien on capitule, et on se détourne. On revient vite se noyer dans le flux et le reflux du Forum. Ou bien on franchit le seuil des portes cochères et on évolue dans l’ombre où des figures étranges sont sculptées dans le granit. Où Debussy ne cesse de répéter que ça va s’effondrer.

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Re: Evasion rue Quincampoix - Laurence Biberfeld (2004)

Message par stalker le Lun 11 Jan - 16:53

Cette collection (Noir urbain) a été interrompue. Elle était dirigée par Claude Mesplède.
Elle comprend 15 titres, dont des romans de Claude Amoz, Marc Villard, JB Pouy, Marcus Malte, Georges Jean Arnaud...

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