Lavocam - Jan Thirion (2009)

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Lavocam - Jan Thirion (2009)

Message par stalker le Mar 5 Jan - 14:11

À Lavocam, du matin au soir, il lave les camions, lance à bout de bras.
Un véritable champion du nettoyage haute pression.
Sous les projecteurs. Avec la foule qui gronde et la fille de son cœur dont il porte les couleurs. Le combat peut commencer.
Autant de véhicules, autant d’adversaires à défaire.
Chaque jour, il remet son titre en jeu.
C’est du sport. C’est la guerre des nerfs, l’attaque musculaire, le champ de bataille articulaire.
On gagne ou on tombe. Kärcher au poing…




Un individu passe sous vos yeux, il n’a l’air de rien, il s’en va travailler, vous ne le voyez pas. Lui vous voit peut-être, mais ce n’est pas certain. Il ne porte pas encore sa tenue de travail, mais ça ne saurait tarder. Et si vous n’êtes pas chauffeur de camion, vous avez peu de chance de le voir à l’œuvre.
Il lave des camions. Toute la journée. Une véritable compétition, organisée, mais en premier lieu un sens à son existence. Un but. Et il n’a d’yeux que pour Coralie qui, elle, bosse dans les bureaux (derrière une vitre). Ils ne se parlent jamais (que se diraient-ils ?), ne savent rien l’un de l’autre. Et lui, lave des camions. Son temps libre ne lui sert qu’à « récupérer ». Rien d’autre. Ni passions, ni hobbies, ni opinions, si ce n’est le lavage des camions - et Coralie, qui le regarde sans doute. Et vous ne l’avez pas vu passer, car son monde intérieur est indétectable. Tout un univers que ce court texte exhibe dans le détail : une folie avérée ou une nécessité. C’est ça, ou bien tout s’effondre. Otez-lui son travail (sa mission) et vous lui ôtez sa raison d’être, de croire et d’agir. De se coucher le soir, de se lever le matin, de croiser dans l’ascenseur sa voisine dont il n’est, vraisemblablement, pas le genre.
Fantaisiste, à première vue. Excessif, sûrement pas. La version petit chef d’entreprise est envisageable, mais là il s’agit simplement d’un laveur de camion. Ou beaucoup plus que ça. On n’imagine même pas. Mieux vaut ne pas savoir, sans doute ; ça nous protège du grain des autres. Ça nous évite de penser qu’ils sont dingues et que c’est peut-être contagieux. Otez un petit boulon du moteur, et vous courez au désastre. C’est le sentiment qui peut nous effleurer à la sortie de l’exploration du quidam en jeu.

La différence entre les romans noirs de Jan Thirion et cette nouvelle, c’est que le noir ne se trouve pas dans le texte, mais tout autour. Il est là, latent, il maraude et n’attend qu’un faux pas pour s’abattre ; déborder et imprégner non seulement le personnage narrateur, mais le corps social tout entier. Et comme dans tous ses textes, son personnage est habité, sans doute parce qu’il a l’air si ordinaire et si bien sur lui.

L’éditeur présente la collection La porte à côté ici
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